Castro Alves - français

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CASTRO ALVES

 

Je lis tes poèmes

Antônio Frederico de Castro Alves,

Seul, debout, face aux étoiles

De cette vaste nuit !

 

Toi qui écris des hymnes enflammées

Sur les murs des rêves !

Toi qui éclaires les mystères de l’amour

De la lumière de ton âme fascinante !

 

Tes poèmes, des nids solides

Faits de l’humble vigueur des herbes

Et de la nostalgique patience

De la boue où se forme la vie !

 

Nids d’hirondelles à la parfaite broderie,

Nids, dot riche de tant d’efforts majestueux,

Portant les envoûtantes initiales

Des jours où bouillonne le vin de l’amour !

 

Le vent du sud, le fidèle ami de tes révoltes,

Le cris du peuple rebelle

Mêlé aux battements douloureux

De ton cœur !

 

Fertilité rapide de tes exhortations,

Sourde continuité des rêves de triomphe !

 

Toi, Antônio Frederico de Castro Alves,

Si jeune, si imperturbable dans ta foi en la justice,

Si fier dans ton espérance de silex !

 

Je ne sais pas où tu dors à présent,

Quelles sont les fleurs qui ornent ta tombe,

Ce que je sais, ce soir,

C’est que tu te dresses comme un géant

Au-dessus de la terre

Et illumine du flambeau de ton immortalité

L’heure à laquelle je lis tes poèmes

Et serre contre mon cœur leur foi !

 

 

Je respire la sauvage odeur

De camomilles et de menthe de ta vie !

Toi qui changes la tristesse intenable

De tant d’existences ruinées

En sentiers abrupts qui mènent

Au cœur du printemps à venir !

 

Toi, dont la voix résonne comme une nostalgie

Après les notes sinueuses d’une ancienne nostalgie !

 

Ô, si les gens savaient

De quelles ténèbres de l’être

Naît la lumière de la vraie poésie !

Tes paroles qui t’arrachent aux tourbillons de la poussière

Et élèvent la dure beauté de ton âme

Jusqu'à l’éblouissement du soleil !

 

 

Que faire d’autre, Antônio, que faire d’autre,

Mon Ami, que thésauriser la chaleur de l’amour

Quand on n’est que Poète ?

 

Tout est là, Antônio,

Tout ce qui est lumière et vérité !

 

Athanase Vantchev de Thracy

 

Paris, le 20 mars 2020

Glose :

Antônio Frederico de Castro Alves (1847-1871) : poète et dramaturge brésilien, célèbre pour ses poèmes abolitionnistes et républicains. L'un des plus célèbres poètes du « condorisme », il a acquis le surnom de « O Poeta dos Escravos » (Poète des esclaves). Il a été membre de l’Académie brésilienne des lettres.

Condorisme ou condorismo est une part d'une école littéraire de la poésie brésilienne, la troisième phase romantique, marquée par le thème social et la défense d'idées égalitaristes. Les années 1860 et 1870 représentent une période de transition pour la poésie brésilienne. Alors que de nombreuses procédures de la première et de la deuxième génération sont maintenues, les nouveautés de forme et de contenu donnent naissance à la troisième génération de la poésie romantique, plus soucieuse des problèmes sociaux et d'une nouvelle façon de traiter le thème de l'amour. Fuyant l'égocentrisme des ultra-romantiques, les condoreiros développent une poésie sociale, engagée dans la cause abolitionniste et républicaine. En général ce sont des poèmes de tonalité grandiloquente, proche de l'oratoire, dont le but est de convaincre le lecteur et de le conquérir pour la cause défendue. Le condorisme est associé au condor ou à d’autres oiseaux, comme l’aigle, le faucon et l’albatros.