Statistiques
Blogspot            ancien site - cliquer ici / old website - click here            Poetrypoem

VUE DE DELFT (français / anglais)

PDF
Imprimer
Envoyer

VUE DE DELFT

« … visibilis pulchritudo invisibilis pulchritudinis imago est »

(« … la beauté perceptible est l’image de la beauté non perceptible »)         

            Hugues de Saint-Victor,

            In Hierarchiam coelestem expositio

 

            A Hendrick Terbruggen

 

Ce ciel serein de Delft, cette lumière dorée
Qui suavement s’arrache à l’ombre des nuages
Et subitement arrête son ample voyage
Sur les toits de sang transi de bleu igné.

 

Âme, je connais l’essence de cette sublime clarté
L’intime drapé de l’eau où se reflètent, tremblante,
La transparence des murs et la substance ardente
Du sable rose et jaune, des arbres mordorés.

 

Et ces clochers qui rêvent l’intense éternité
Dans un silence qui lie la vie à l’excellence
De ces figures humaines, figées dans l’élégance

 

D’un rêve jamais fini, d’une héraldique pureté !
Ce monde qui dit sans hâte ses songes et sa grandeur
Comme un poème limpide jailli des roches du cœur !

 

            Athanase Vantchev de Thracy

 

Paris, le 18 mars, Anno Domini MMVI

Glose :

Vue de Delft : un des plus beaux tableaux de Jan Vermeer, peint vers 1660.  Huile
sur toile, 96,5 x 117,5 cm. Ce chef-d’œuvre da la peinture flamande du XVIIe siècle
se trouve aujourd’hui à La Haye, Kononklijk Kabinet Van Schilderijen, Mauritshuis.
Signé « IVM »

Hugues de Saint-Victor (vers 1096 – 1141) : il fut considéré comme le plus grand théologien de son temps. Ses contemporains lui ont donné le titre de « nouvel Augustin ». D’origine inconnue, soit saxonne, soit flamande, Hugues entra chez les chanoines réguliers du monastère de Saint-Victor à Paris. L’œuvre qu’il nous légué est très importante : laissa est particulièrement importante. Elle témoigne de la vaste culture de ce maître à penser. Son célèbre Didascalion est consacré aux arts libéraux, aux sciences et à la philosophie. Mais c'est en théologie qu'il devait donner toute sa mesure. Parmi ses importants ouvrages il faut mentionner surtout son traité Des sacrements de la foi chrétienne  (De sacramentis fidei christianae ), véritable somme théologique où se déploie, dans toute sa dimension historique, l'économie du mystère chrétien, centrée autour de l'Incarnation. Cette théologie débouche tout naturellement sur une spiritualité, profondément influencée par celle du Pseudo-Denys l'Aréopagite dont Hugues a commenté La Hiérarchie céleste (In Hierarchiam coelestem expositio).

Hendrick Terbrugghen ou Hendrick ter Brugghen (Deventer 1588- Utrecht
1629) :
peintre hollandais, élève à Utrecht d’Abraham Bloemheart, un des maîtres
de la peinture maniériste de Hollande. Terbrugghen passe dix ans en Italie (1604
1614) où il étudie les œuvres de Caravage. Il rencontre les disciples de ce dernier :
Gentileschi et Saraceni. De retour à Utrecht, il devient maître de la fameuse Guilde
de Saint-Luc (1616), corporation de peintres. Ses peintures ont souvent trait à la
musique : Le Concert ; Le Duo ; La leçon de musique ; La Joueuse de luth ; Allégorie
de la Musique, la Muse Euterpe ; Joueur de luth ; Trois musiciens ; Charles Mouton,
le luthiste ; Sainte Cécile et l’ange ; Un joueur de théorbe, Joueur de luth chantant,
etc. Il compose aussi des oeuvres mythologiques (Mars endormi) ou religieuses
(Saint Sébastien soigné par sainte Irène ; La libération de saint Pierre ;
L’Annonciation ; L’appel de Matthieu
). Par rapport aux tableaux du Caravage, les
couleurs que Terbrugghen emploie sont moins contrastées, plus fines, plus subtiles.
Par certaines nuances de jaune et de rose, il annonce la peinture de Vermeer qui,
selon certains critiques d’art, a fréquenté l’atelier du maître.

 

ENGLISH : 

View of Delft

to Hendrick Terbruggen

 

This serene Delft sky, this gilded light
sweetly shaking off the shadows of the clouds,
suddenly halting its sweeping journey
on roofs numb with blood on roofs of igneous blue.

 

My soul, I know the essence of this sublime brightness
the intimate arrangement of the water's folds, trembling, reflecting
the transparent walls and the burning solidity
of the pink and yellow sand, the bronze trees.

 

And these bell towers dreaming intensely of eternity
in a silence that binds what lives to the excellence
of these human figures, frozen in the elegance

 

of a never completed dream, with the purity of heraldry!
This world that unhurriedly speaks its visions and its grandeur
like a limpid poem sprung from the rocks of the heart!

Translated from the French of Athanase Vantchev de Thracy  by Norton Hodges