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VICTOR JARA (CANTUM TUUM) - (français)

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CANTUM TUUM

In Memoriam Victor Jara

« Lucerna pedibus meis verbum tuum
Et lumen semitis meis » 

(« Ta  parole est un flambeau qui guide mes pas,
Une lumière qui éclaire mes sentiers »

        Psaume 119 (118), 105

 

 

Ange de la Miséricorde,

Voile, Ange suave, ton visage

De perce-neige ! 

 

Jette sur ton corps transparent,

Sur ton corps fait de pure lumière,

Le crêpe cramoisi du crépuscule !

 

Détourne de l’horreur ta tête de feu incandescent,

Toi, Rêveur de pleins horizons

Plus large que le cœur

Des Esprits de l’extrême innocence !

 

Sancti et justi, in Domino gaudete,

alleluia !

Vos elegit Deus in haereditatem sibi,

Alleluia!

 

(“Saints et justes,

réjouissez-vous dans le Seigneur,

allelouia !

Dieu vous a choisis pour son héritage,

allelouia !)

 

On a frappé à coups de crosses, à coups féroces,

On a tapé cruellement avec des barres sanguinaires,

Avec des barres barbares de fer rouillé

Le Chantre astral de la Divine Liberté !

 

On a arraché ses entrailles avec l’acier sauvage

Des brutales baïonnettes !

On a coupé à coups de pieux sanguinolents

Les mains mélodieuses du Poète !

 

Coulez, hâtez-vous, fleuve impétueux de sang,

Teintez-vous de mort, eaux violentes

De la face terrifiée de l’Océan !

Criez, hurlez époumonez-vous, montagnes épouvantées

Par la fureur inouïe des bourreaux !

 

 

Ange fastueux de la Musique,

Déchire tes vêtements de zéphire,

Arrache les cordes translucides de ta harpe,

Recouvre de velours noir tes trompettes !

 

Elle a cessé, Ange, Ami des Rhapsodes,

Elle s’est arrêtée de chanter la voix d’azur du Chili !

Qui, qui, Ange, Frère des brises matinales,

Qui à présent exaltera la Beauté,

Qui clamera la Justice

Aux quatre coins de l’univers endeuille?

 

On a plongé, Ange des pleurs,

On a enfoncé la dague haletante de la haine

Dans la gorge du Mélode des Andes!

 

Stabant justi  in magna constantia

adversus eos qui se angustiaverunt,e

et qui abstulerunt  labores eorum !

 

Les justes s’élèveront avec une grande force

contre ceux qui les auront accablés d’affliction,

et qui leur auront ravi les fruits de leurs travaux !

 

Ange de la Vie éternelle,

On a cogné sauvagement

De la double hache de la vengeance

La chair translucide de l’Aède :

Voici plongés dans le deuil les vastes forêts du pays,

Les vallées laborieuses, les vallées imbibées de sueur,

Les lits ravagés des rivières,

Les calices des lacs,

Les ports surchargés de bateaux,

Les maisons pleines de mains calleuses,

Les mines mangeuses de vie,

Les champs où erre le paysan affamé,

Le Ciel et la Terre, le matin, le midi, le soir, la nuit !

 

Livide flétrissure sur livide flétrissure,

Sang innocent sur sang innocent !

Désolation sombre dans la désolation sombre !...

 

Les colombes à bec et à pattes roses ont quitté, affolées,

Les sources de ses yeux

Beaux comme les cavaliers de l’Apocalypse,

La Cruauté déchaînée, un bandeau d’algues marron sur le front,

A coupé les branches émeraudes de ses bras !

 

Comme autour des chênes séculaires

Monte et s’enroule

Le lierre étrangleur

Ainsi la fureur des loups

A étranglé le corps robuste du Héraut!

 

Gaudent in coelis  animae Sanctorum,

qui Christi vestigia sunt secuti ;

et quia pro ejus amore sanguinem suum fuderunt,

ideo cum Christo exultant sine fine.

 

Les âmes des Saints qui ont marché

sur les traces de Jésus-Christ,

sont comblées de joie dans le ciel ;

parce qu’ils ont répandu leur sang pour son amour,

ils jouissent avec lui d’un bonheur

qui n’aura pas de fin.

 

Les embruns du Pacifique n’entendront plus

Les chants du divin Cithariste,

Ses paroles imbibées des larmes du peuple abrupt,

Ses petits mots vêtus de sa tendresse enfantine,

Ses poèmes ardents et savoureux

Comme les miettes du pain frais !

 

Ange de la Divine Bonté, ne regarde pas en arrière !

Laisse, Ange éploré, laisse

L’air sanglotant du Chili porter

Sur ses bras amoureux

Le corps déchiqueté du Héros !

 

Absterget  Deus omnem lacrymam

ab oculis Sanctorum.

 

Dieu essuiera toutes les larmes

des yeux de ses Saints.

 

Ô mon âme,

La nuit est tombée sur le vaste pays de la mer,

Et voilà les lucioles qui viennent

Couvrir de pâquerettes le linceul de l’Homme!

 

La volupté de la peur

Appelle en vain l’hideuse obscurité

Et l’irrévérencieuse démence

A son secours !

 

Mais que peuvent-elles contre la Lumière des lumières,

Contre l’Infini qui a pris place dans chaque cellule

Du corps crucifié ?

 

Oiseaux libres,

Ouvrez tous les pores de ma poitrine,

Emplissez-la d’hymnes de gloire !

 

Arbres pieux des jardins,

Laissez ouverte les maisons !

Je sais qu’Il reviendra,

Il reviendra recouvert de la toge immortelle

Des Confesseurs de la Justice,

Il reviendra pour réciter à nos tables modestes

Le Cantique des cantiques de l’Amour !

 

Sanctorum, velut aquilae,

Juventus renovabitur :

Florebunt sicut lilium in civitate

Domini.

 

La jeunesse des Saints sera renouvelée

comme celle de l’aigle ;

ils fleuriront comme le lis

dans la cité du Seigneur.

 

Amen!

            Amen!

                        Amen!

 

Ainsi soit-il! 

            Athanase Vantchev de Thracy

A Paris, ce jeudi 29 mai, Anno Domini MMVIII

Glose :

Cantum Tuum : le titre d’une hymne de l’Eglise qui signifie « Ton chant ». Le mot hymne est du genre féminin quand il s’agit d’un texte religieux, du genre masculin quand il s’agit d’un chant grec.

Victor Lidio Jara Martínez (1932-1973) : chanteur, auteur et compositeur populaire chilien. Membre du Parti communiste, il fut l'un des principaux soutiens de l’Unité Populaire et du président Salvador Alliende. Ses chansons critiquent la bourgeoisie chilienne (Las Casitas del Barrio Alto, Ni Chicha Ni Limona), contestent la guerre du Vietnam (El Derecho de Vivir en Paz), rendent hommage aux grandes figures révolutionnaires latino-américaines (Corrido De Pancho Villa, Camilo Torres, Zamba del Che), exaltent le peuple et l'amour (Vientos del pueblo, Te recuerdo Amanda).

Arrêté par les militaires lors du coup d’Etat du 11 septembre 1973, il est emprisonné et torturé à l'Estadio (stade) Chile (qui se nomme aujourd'hui Estadio Victor Jara) puis à l'Estadio Nacional avec de nombreuses autres victimes de la répression qui s'abat alors sur Santiago. Il y écrit le poème Estadio de Chile qui dénonce le fascisme et la dictature. Ce poème est resté inachevé car Víctor Jara est rapidement mis à l'écart des autres prisonniers. Il est assassiné le 15 septembre après avoir eu les mains brisées à coup de botte et de crosse de fusil.

Mélode (n.m.) : compositeur de chants religieux dans l'Orient chrétien. Le plus célèbre en est

Saint Romain le Mélode (V-VIe siècle ap. J.-C .). Saint Romain était originaire d’Emèse (aujourd’hui Homs), en  Syrie. Il devint diacre à Béryte (Beyrouth) puis vint se fixer à Constantinople, en 496 sous le règne d’Anastase Ier. On ignore la date de sa mort. Il est le plus grand hymnographe de l'Église byzantine.  Romain aimait les offices de l'Église, mais regrettait de ne pouvoir bien les chanter à cause de sa voix peu agréable. Un jour qu'il assistait à la vigile de Noël dans l'église des Blachernes, la Théotokos (la Mère de Dieu) lui apparut tenant un parchemin roulé qu'elle lui donna à manger. Aussitôt qu'il eut goûté cette nourriture particulière, il se mit à chanter à pleine voix un kontakion (composition musicale sacrée) que l'on chante toujours la nuit de Noël : "La Vierge aujourd'hui met au monde l'Eternel..."

Romain le Mélode passe pour avoir composé plus de mille kontakia (pluriel de kontakion) parmi lesquels on compte le fameux Acathiste à la Mère de Dieu , c’est-à-dire hymne que l’on chante debout.

Aède (n.m.) : du grec ἀοιδός / aoidós, du verbe ᾄδω / aidô, « chanter ». En Grèce antique, l’aède est un artiste qui chante des épopées en s'accompagnant d'un instrument de musique, la phorminx. Il se distingue du rhapsode, plus tardif, en ce qu'il compose ses propres œuvres. De ce fait, il est l'équivalent d'un barde celte.  La phorminx, en grec ancien φόρμιγξ / phórminx est un instrument de musique à cordes, ancêtre de la cithare. Elle était réputée avoir été inventée par Hermès avec une carapace de tortue et des boyaux de boeuf.

Le plus célèbre des aèdes est Homère. L’Odyssée  en présente également deux figures : le plus connu, Démodocos, qui chante à la cour d’Alcinoos, mais aussi Phémios, aède de la cour d’Ithaque (Ιθάκη /Ithakê en grec ancien), celle d’Ulysse. Ces deux personnages nous renseignent sur le métier d'aède : le barde chante devant une assemblée d'aristocrates réunis en banquet. Il puise parmi une large collection de thèmes bien connus, comme la guerre de Troie. Il choisit un épisode lui-même, mais le public lui réclame souvent tel ou tel thème favori. Souvent, ils commencent leur chant par un proème, c'est-à-dire un chant court servant de prélude à l'épopée principale. Les Hymnes homériques constituent une collection de tels poèmes. Dans la mythologie grecque Alcinoos, en grec ancien  Ἀλκίνοος / Alkínoos) est le fils de Nausithoos et le roi des mythiques Phéaciens.

Apocalypse (n.f.) : l’Apocalypse est le dernier livre de la Bible chrétienne. Étymologiquement, Apocalypse est la transcription d’un terme  grec ἀποκάλυψις, apokalupsis qui lui-même traduit l’hébreu  nigla lequel signifie « mise à nu, enlèvement du voile ou révélation ». Le livre commence en effet par les mots « Révélation de Jésus-Christ » (Ap. I, 1). C'est en ce sens que le texte présentera la personne de Jésus-Christ à son retour sur terre et les événements l'entourant. Le livre prophétise aussi bien sur ce qui est arrivé, sur ce qui arrive et sur ce qui doit arriver plus tard : « Écris donc ce que tu as vu, ce qui est, et ce qui doit arriver ensuite » (Apocalypse chapitre 1, verset 19).

Héraut (n.m.) : un héraut, ou héraut d'armes, est un officier de l’office d’armes, chargé de faire certaines publications (annonces) solennelles, ou de porter des messages importants.  Il existe quatre grades au sein de l'office d'armes :

-         le roi d’armes qui supervise une marche d'armes

-         le maréchal d'armes qui le seconde et est amené à le remplacer 

-         le héraut proprement dit 

-         le poursuivant d'armes, qui est un apprenti héraut

Chez les Grecs, ils sont appelés kérukes et chez les Romains, feciales, mais rien ne permet de prouver qu'il existe un lien entre ces officiers et les hérauts qui apparaissent au Moyen Âge. Ce lien semble avoir été créé au XVe siècle par les hérauts eux-mêmes afin de prouver l'ancienneté et la noblesse de leur office à une période où celui-ci était remis en cause. Apparue vraisemblablement au XIIe siècle (on relève une mention tirée de Chrétien de Troyes datant de la fin du XIIe siècle), les hérauts d'armes sont intimement liés au développement de l’héraldique d'où ils tirent leur nom.

Confesseur (n.m.) : le confesseur est un prêtre en tant que ministre du Sacrement de pénitence et de réconciliation. Anciennement, un confesseur était un chrétien proclamant sa foi au péril de sa vie : c'est un "confesseur de la foi". Le confesseur se distingue du martyr, effectivement mis à mort à cause de sa foi. Beaucoup de confesseurs figurent parmi les saints reconnus par l'Église. Le plus célèbre en est Maxime le Confesseur (580-662), moine et théologien byzantin.