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TÊTE D’APOLLON (français)

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TÊTE D’APOLLON

A Savinien

 

Cette tête du dieu, c’est vous, c’est votre clair visage,

Où, vague, le rêve imprime sa grêle mélancolie,

Vos yeux doucement baissés, vos lèvres où luit

La simple volupté de votre tendre âge.

 

                 Athanase Vantchev de Thracy

Glose :

Apollon : fils de Zeus et d'une  Titanide, Léto. La sœur jumelle d’Apollon était Artémis.  L'un des Hymne homérique  raconte en détails son histoire : Héra, jalouse d'une nouvelle infidélité de son divin époux, avait interdit à la Terre de recevoir Léto, enceinte d'Apollon et de sa sœur. Celle-ci errait donc en vain à la recherche d'un lieu qui l'accueillerait. Seule l'île d'Ortygie, nommée parfois Astérie, qui n'était pas fixe, put l'accepter, car son statut de terre flottant sur les eaux n'en faisait ni une île au sens propre ni une zone terrestre. Léto lui promit d'en faire une île fixe et purifiée ; celle-ci ne put cependant mettre au monde ses jumeaux et souffrit pendant neuf jours et neuf nuits des douleurs de l'enfantement ; en vain : Héra retenait subtilement Ilithyie, qui présidai, du haut de l’Olympe, aux accouchements. D'autres déesses, cependant, envoyèrent Iris, la messagère des dieux, afin qu'elle libérât Ilithyie de l'attention d'Héra, ce qu'elle fit. Léto put enfin accoucher, d'abord d'Artémis, qui l'aida à mettre au monde Apollon. La déesse Thémis, fille d’Ouranos (le Ciel) et de Gaïa (la Terre), une Titanide, offrit au nouveau-né le nectar et l’ambroisie et lui transmit de fait le goût de l'équité ; Ortygie, enfin fixe, devint une terre sacrée sur laquelle nul ne pouvait naître ou mourir, prit le nom de Délos, c'est-à-dire « la visible ».

Apollon et sa sœur ne sont pas proprement grecs. On considère qu'ils sont d'origine asiatique, ce qui, pour les Grecs, signifiait d’Asie Mineure. Le nom même de Léto pourrait venir du lycien, un dialecte indo-européen parlé autrefois en Anatolie, et signifierait, sous la forme Lada, « femme ». L'une des épiclèses (une épithète accolée au nom d'un dieu) d'Apollon, Apollon Lycien, conforte cette hypothèse. De même, l'arme d'Apollon et de sa jumelle, l'arc, n'est pas grec mais barbare (au sens grec du mot : étaient barbares tous les peuples qui ne parlaient pas le grec) ; il porte de plus, comme sa sœur, non pas des sandales, à l'instar des autres dieux, mais des bottines, type de chaussure considérée comme asiatique par les Anciens. En outre, il est, dans l’Iliade d’Homère, du côté des Troyens, peuple asiatique, et le rejet que subit Léto, que nulle terre grecque n'accepte, conforterait l'idée d'un dieu étranger. C'est paradoxalement peut-être le dieu le plus grec de tous, et son adoption rapide par les peuples hellènes a vite dissimulé ses origines lointaines.

Il est aussi possible que ses origines remontent au peuple dorien du Péloponnèse, lequel honorait un dieu nommé ’Aπέλλων / Apéllôn, protecteur des troupeaux et des communautés humaines ; il semblerait que le terme vienne d'un mot dorien, ἀπέλλα / apélla, signifiant « bergerie » ou « assemblée ». L'Apéllôn dorien serait une figure syncrétique de plusieurs divinités locales pré-grecques, de même que l'Apollon grec est la fusion de plusieurs modèles, dont Apéllôn ; il est d'ailleurs remarquable que son épithète de Lycien puisse être comprise comme « qui vient de Lycie » ou « qui protège des loups », c'est-à-dire que les deux origines, l'une asiatique et l'autre dorienne, se confirment en un seul terme.

Lorsque son culte s'introduit en Grèce, il est déjà honoré par d'autres peuples pré-hellènes, ce que l'Hymne homérique qui lui est destiné indique en signalant que les Crétois étaient ses premiers prêtres. Son premier lieu de culte est bien sûr Délos, capitale religieuse des Ioniens; c'est sous Périclès, au Ve siècle av. J.-C., que l'île passe aux mains des Athéniens, qui confortent son caractère de sanctuaire inviolable en y faisant interdire toute naissance et toute mort. Le culte d'Apollon s'était entre-temps répandu partout dans le monde Antique, de l'Asie mineure (le sanctuaire de Didymes, près de Milet, en porte la trace flagrante : c'est l'un des plus grands temples jamais bâtis dans la zone méditerranéenne) à la Syrie, sans parler des innombrables temples qui lui sont dédiés en Grèce même.

Ses épithètes (épiclèses) son nombreuses : ἑκηϐόλος / hekêbólos, « qui vise loin », ὑπερϐόρεος / hyperbóreos, hyperboréen), « de l'extrême Nord », ἀργυρότοξος / argyrótoxos, « à l'arc d'argent », ἑκάεργος / hekáergos, « qui repousse au loin » avec ses flèches, μουσαγέτης / mousagétês, « conducteur des Muses, musagète », χρυσολύρης / khrusolúrês, « à la lyre d'or », ἀλεξίκακος / alexíkakos, « qui éloigne le mal », λοξίας / loxías, « l'oblique » (pour Apollon comme dieu des oracles). Ses animaux favoris : le corbeau, le cygne, le coq, le loup, le serpent. Ses sanctuaires les plus célèbres : Delphes, Délos, Claros, Argos, Thassos. Les fêtes qui lui sont consacrées : les Karneia célébrées à Sparte (d’Apolon Kerneios, « potecteur du bétail »), les Actia (les Actia sont des concours, des jeux en l'honneur d'Apollon organisés à Actium, sanctuaire du dieu sur le territoire de la cité acarnanienne d'Anactorion, puis à partir de 31 av. J.-C. à Nicopolis d’Epire).

Savinien : prénom, du latin savinus, originaire des bords de la Save, rivière de Panonie. La Save est une rivière qui coule en Slovénie, en Croatie, en Bosnie-Herzégovine et en Serbie. C'est un affluent de la rive droite du Danube, qui conflue à Belgrade. Il est long de 940 km et son bassin mesure 95,720 km². Au temps des Romains il était nommé Savus. On considère souvent qu'il marque la limite nord des Balkans. Le saint patron des Savinien est un ami de Dieu, martyrisé avec sa sœur Savine lors des persécutions antichrétiennes sous l’empereur Aurélien (270-275 ap. J.-C.). Saint Savinien fut le premier évêque de Sens. Il passe pour guérir les aveugles.