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PLUS HAUT QUE LA HAUTEUR (français)

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PLUS HAUT QUE LA HAUTEUR



A  Jocelyne

« Moi je t'ai vue ; mais cela suffit … »


          Sœur Juana Inés de la Cruz


Ô mon amour,
Tu es la colline élancée,
La cime de la montagne rose,
Où fleurit la gracieuse églantine,
La source verdoyante
Où, souriante, l'aurore aux pieds de verveines
Pose l'aimable légèreté de son corps.

Ô mon amour,
Tu es la hauteur plus haute que la hauteur,
Le ciel au-dessus de tous les cieux!

Petite fée blanche,
Dryade duveteuse de neige bleue,
Sylphide de pins sauvage,
Naïade de jeunes perce-neige !

Ô, mon amour,
Tu es le blanc délire des bouleaux,
Le feu félin des maisons rouges
De la lande,
Le poème orange
Qui chante dans la gorge réséda
Des oiseaux.

Tu es, ô mon amour,
La perle rose d'un mot vif que l'on tait,
La note de soleil égarée dans les menthes du soir!

Petite fée blanche,
Dryade duveteuse de neige bleue,
Sylphide de pins sauvage,
Naïade de jeunes perce-neige !


Ô mon enfant,
Rêve doux, songe violent comme la vie,
Temps sonore qui s'enroule dans mes strophes,
Loi éternelle, lumière immuable
Des choses toujours simples et vraies !

Petite fée blanche,
Dryade duveteuse de neige bleue,
Sylphide de pins sauvage,
Naïade de jeunes perce-neige !


Tu es
La clarté immédiate,
Pleine et entière
De ce que je suis!

Toi, enchaînement irréfragable
De la pensée,
Promontoire de la langue
D'où voyelles et consonnes
Se jettent dans la mer
Du poème !

Tu es la vague qui embrasse le rocher,
La respiration haletante du printemps,
L'étroit sentier de l'oreille
Qui mène droit au livre du cœur !

Petite fée blanche,
Dryade duveteuse de neige bleue,
Sylphide de pins sauvage,
Naïade de jeunes perce-neige !


          Athanase Vantchev de Thracy

Paris, le 12 mars 2009

Glose :

Jocelyne :
prénom. Féminin du prénom Jocelyn. Du celtique Gos, « « Dieu » et ing, « fils ». Fils de Dieu.
 
Sœur Juana Inés de la Cruz (1651-1695) : l'une des poétesse les plus renommées de la langue castillane. Juana Inés María del Carmen Martínez de Zaragoza Gaxiola de Asbaje y Ramírez de Santillana Odonoju naquit dans une petite communauté rurale du Mexique, San Miguel Nepantla. Elle était la fille présumée d'un aventurier d'origine basque, Pedro de Asbaje, qui n'a jamais reconnu sa paternité, et d'Isabel Ramírez, propriétaire terrienne qui resta célibataire toute sa vie.

Jeune prodige, Juana Inés affirmera plus tard dans son autobiographie qu'elle aavait appris à lire dès l'âge de trois ans. Lorsque sa mère la prévint que les femmes n'avaient pas le droit d'étudier à l'université, elle fit part de son projet de se déguiser en homme pour accéder au plus haut degré de savoir. Enfant, elle dévorait tous les ouvrages qui tombaient sous sa main et se plaisait à écrire de la poésie. Elle rédigea sa première œuvre littéraire connue vers l'âge de sept ans. En 1660, elle quitta la campagne pour Mexico, où elle fut rapidement introduite dans les cercles des familles importantes de la colonie.
En 1662, Juana de Asbaje devint dame de compagnie de la vice-reine du Mexique, la Marquise de Mancera. Elle composa non seulement de la poésie, mais également des pièces de théâtre et des cantiques destinés à être chantés dans les églises. Juana était jolie, pourtant elle refusa le mariage. Elle espérait trouver dans la solitude d'un monastère le temps et le recul nécessaires pour mener une vie consacrée aux arts et aux sciences. Malgré son retrait du monde, elle continua de susciter l'admiration de ses contemporains. Deux de ses œuvres poétiques ont été traduits en français : Poèmes d'amour et de discrétion, La Délirante, 1987 ; Le Divin Narcisse, Gallimard, 1987.