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TARENTELLE (français)

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TARENTELLE

A Eulalie

« Heureuse, les yeux amoureux,
Mais des révoltes dans la voix… » 

            Paul Géraldy

 

Dansez syllabes,

Blanches, noires,

Avancez,

Obscurs désirs,

Que disent-ils

Les astrolabes

Au zénith et au nadir ?

 

Tournez, tulipes,

Rythmes épars,

Tarentules du savoir,

Thalès, Œdipe,

Doux safrans,

Pages des grimoires !

 

Les jupes des filles

Nuages blancs,

Les griffes du vent

Sur leurs seins,

Chants anciens,

Ire du temps !

 

Franchir les portes

De l’extase,

Mille escortes

De tourterelles,

Lèvres mortelles

De l’emphase !

 

Tournez, arbres,

Ruisseaux,

Livres, marbres,

Pastoureaux,

Strophes et poèmes,

Etourneaux,

Voiles, trirèmes,

Fiers bateaux !

 

Impalpable

Le parfum

Des véroniques

Dans les champs,

Lances et péplums,

Violents

Cavaliers

De l’été

Allez, tournez,

Virevoltez,

Tout s’en va,

Joies et peines,

Bouches de soie,

Tendres haleines

Des seringas,

 

Tout fuit

Hormis la vie !

 

            Athanase Vantchev de Thracy

 

Paris, le 19 mai 2008

Gloses :

Tarentelle (n.f.) : la tarentelle est une forme musicale traditionnelle provenant du sud de l'Italie. Connue dès le XVIIe siècle, elle a probablement des racines bien plus anciennes dans le culte des dieux antiques : certains chercheurs y voient une lointaine descendance des rites dionysiaques.

Particulièrement vivace, cette musique, accompagnée d'une danse effrénée, était jouée au cours de cérémonies qui pouvaient durer des journées entières, afin de guérir ceux que l'on croyait être victimes de morsure d'une araignée légendaire, la tarentule.  Les qualités thérapeutiques qu'on leur prêtait étaient également un prétexte pour perpétuer des danses d'origines païennes dans l'Italie catholique rigoriste  du XVIIe siècle.

Eulalie : prénom, du grec eulalia, « le beau chant ». La patronne céleste des Eulalie est sainte Eulalie, une jeune Espagnole du IVe siècle qui subit le martyre avec sa compagne, sainte Julia, à Barcelone. Eulalie est une des saintes les plus populaires en Espagne. Un poème de vingt-neuf vers en son honneur « La Cantilène de sainte Eulalie », traduit du latin en langue vulgaire vers 880, est considéré comme le premier texte de la poésie française.

 

Paul Géraldy (1885-1983) : pseudonyme de Paul Lefèvre, poète et dramaturge français. Il publia son premier recueil Les petites âmes en 1908. Il connut un très grand succès populaire - ce qui ne se reverra plus avant Prévert - avec son deuxième recueil Toi et moi en 1912.

Son théâtre est un théâtre psychologique traditionnel, qu'il revivifie grâce à une subtile appréhension des relations familiales au sein de la petite bourgeoisie intellectuelle de l'entre-deux-guerres. Sa poésie est sensible, parfois qualifiée de désuète (L'abat-jour), ce qui lui vaut alors un certain succès auprès du public féminin. Il livre ses confidences avec des mots de tous les jours (Vous et moi). Géraldy a malheureusement été omis de l'anthologie de la poésie française de Pierre Seghers, ce qui l'a rendu presque inconnu de la génération née après guerre. Le journaliste Jean-François Kahn le redécouvrira et le fera redécouvrir au public le temps d'une émission télévisée au début des années 80.