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CHANSON DE LA FILLE EN FLEUR (français)

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CHANSON DE LA FILLE EN FLEUR

          
          A Eurielle

Une jeune fille, visage en fleur,
De souche haute, de noble aise,
Germée fraîche, bouche en fraise,
Une jeune fille, visage en fleur !

Sur la seuillée, soleil danse,
Pas à gauche, deux à droite,
Le feu gerbe dans ses nattes
Sur la seuillée, soleil danse.

Frimousse rouge, frimousse blanche,
Frimousse de neige d'avalanche !
Serge beige des coudriers,
Salut, lutins des forêts !

Front de neige, prunelles bleues
Bouton de lin fin fleuri,
Eau de ciel, goutte de pluie,
Front de neige, prunelles bleues.
          
En nul breuil âme plus exquise,
Bouleau souple le corps frêle,
Le sourire, suave airelle,
En nul breuil âme plus exquise.

Frimousse rouge, frimousse blanche,
Frimousse de neige d'avalanche !
Serge beige des coudriers,
Salut, lutin des forêts !

Grelots d'or sa grêle voix,
Ramure en marsault les cils,
Hanche alerte, cambrure agile,
Grelots d'or sa grêle voix !

Bouche de miel, pas ondé,
Aulne fluet, gorge pure,
Elle s'en part, fière allure,
Bouche de miel, pas ondé !

Frimousse rouge, frimousse blanche,
Frimousse de neige d'avalanche !
Serge beige des coudriers,
Salut, lutin des forêts !

Ô vierge de la saussaie
En habits de sorsemaine,
Vie de ma vie, perle sereine,
Ô vierge de la saussaie !

Le temps va, le temps s'en va,
A clope-jarret, sans mot dire,
Aime-moi, ma rose, ma lyre,
Le temps va, le temps s'en va.

Frimousse rouge, frimousse blanche,
Frimousse de neige d'avalanche !
Serge beige des coudriers,
Salut, lutin des forêts !

          Athanase Vantchev de Thracy

Glose :

Eurielle :
prénom. De l'hébreu, sans doute une déformation d'« Uriel », nom d'un Ange de la Bible. La sainte patronne des Eurielle est une sœur du roi breton Judicael (VIIe siècle), vénérée à l'abbaye de Saint-Méen (Ille-et-Vilaine).

Aise (n.f.) : du latin adjacens, forme substantivée du participe passé du verbe classique adjacere, « être adjacent, voisin ». Etat d'une personne que rien ne gêne. Littéraire : contentement, joie. Avec des tressaillements d'aise. Les commodités de la vie : aimer ses aises. Aise (adj.) : toujours précédé d'un intensif : bien aise, fort aise, tout aise. Content : Nous en sommes bien aise (nous en sommes très contents). Je suis tout aise (bien content) de lui annoncer la naissance de notre fils.

Seuillée (n.f.) : terme ancien pour seuil, lui-même  du latin solium, « siège ».  Dalle de pierre ou pièce de bois en travers et en bas de l'ouverture d'une porte. Par extension : entrée.

Coudrier (n.m.) : du latin populaire °colurus. Noisetier. La baguette de coudrier du sourcier (personne censée être capable de découvrir les sources : radiesthésistes, rhabdomancien). . Plantation de coudriers : coudraie.

Germée (verbe) : terme ancien pour germe, du latin germen. Premier rudiment (premier élément) d'un être  vivant : gamète, embryon, graine. Œuf fécondé, en embryologie, - germe de l'œuf : cicatricule. Micro-organismes (virus,  bactérie, protiste) capable d'engendrer une maladie. Partie de la semence, qui en se développant forme la plante. Première pousse qui sort de la graine, du bulbe, du tubercule : plantule. Germes de blé, d'orge. Enlever les germes des pommes de terre : dégermer.

Frimousse (n.f.) : probablement de frime. Visage agréable (d'enfant, de personne jeune) : bouille, minois. Frime (n.f.) : du bas latin frumen, « gosier ». Visage, mine. Comportement volontairement trompeur : blague, comédie. C'est de la frime : bluff, esbroufe, fanfaronnade, vantardise. Frimer (verbe) : Chercher à en imposer, à se faire admirer : esbroufer, fanfaronner, parader, plastronner, crâner, se vanter.

Lutin (n.m.) : de l'ancien français neitun, « monstre marin », puis luitun, « démon malicieux », eux-mêmes du latin Neptunus, « Neptun », dieu de la mer, dont le nom figure dans une liste de démons du XVIIe siècle. Petit démon espiègle et malicieux qui est supposé se manifester surtout pendant la nuit. Enfant vif et espiègle. Lutin, lutine (adj.) : éveillé, espiègle, mutin (qui n'a pas le sens de la discipline).

Breuil (n.m.) : du bas latin brogilum. Bois taillis ou buisson, fermé de haies, qui sert de retraite au gibier. Nom ancien des cordages  servant à diminuer  la surface des voiles. Synonyme : cargue.

Marsault ou marsaux, marseau, marceau (n.m.) : du latin mas, maris, « mâle » et salix, salicis, « saule ».  Nom vulgaire d'une espèce de saule (salix caprea) commun dans les marais. Ses fleurs, très précoces, se montrent avant les feuilles. L'écorce de ces arbustes, très riche en tanin, est souvent utilisée pour le tannage des cuirs de Russie ; elle a été longtemps employée comme succédané de la quinine. Le bois, résistant aux intempéries, est employé comme échalas (pieux en bois que l'on enfonce dans le sol au pied d'un arbuste, d'un cep de vigne pour les soutenir : paisseau.  

Aulne ou aune (n.m.) : du latin alnus. Genre de bétulacées comprenant des arbres à bois léger. Synonyme : verne ou vergne. On en connaît une quinzaine d'espèces. L'espèce type est l'aune visqueux (alnus glutinosa). Résistant longtemps à l'action de l'eau, il peut être employé dans  les constructions.  

Sorsemaine (n.f.) : terme dialectal qui signifie semaine courante. En habits de sorsemaine : en habits ordinaires.

Saussaie (n.f.) : de l'ancien français saus, « saule ». Saulaie (n.f.) : du latin salix, salicis. Plantation de saules.

Clope-jarret (n.m.) : de cloper, « boiter, marcher en boitant, en traînant » (marcher clopin-clopant : cahin-caha), et de jarret. Jarret (n.m.) : du gaulois °garra, « jambe ». Région postérieure du genou de l'homme. L'endroit où se plie la jambe de derrière chez les mammifères ongulés. Morceau de boucherie constituant la partie supérieure des membres, la partie inférieure de la noix et de l'épaule. Jarret de veau (osso buco), de porc.  Bosse, saillie qui rompt la continuité d'une ligne, et spécialement d'une courbe, en architecture, en menuiserie. Coude formé par deux tuyaux.  Aller clope-jarret : marcher le jarret tendu.