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SONNET SANIEUX (français / anglais)

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Monsieur Jean-Sébastien DUPUIT

Paris, le 12 juillet 2000

Monsieur,

En réponse à votre lettre du 10 juillet 2000 par laquelle vous me faites savoir que le Centre national du livre dont vous assurez la direction me refuse, pour la cinquième fois consécutive en 20 ans, la bourse de Poésie, j'ai l'énorme plaisir de vous dédier, à vous, le Pétrone des lettres, le ci-devant sonnet. Il aurait plu à l'Arbitre des élégances. Je ne doute pas un instant qu'il plaira aussi aux vénérables membres de la Commission par vous désignés, inspirés, confirmés et guidés:

SONNET SANIEUX*

 

Non, c'est du sexe qu'il rêve, de durs Circassiens**

Ce minuscule énarque, couille-molle et cul sans queue!

Les lettres? Il s'en branle! Le rut des plébéiens,

Le sperme qui coule à flot, voilà ce qui l'émeut!

 

Et moi, niais stupide, comme le Poète du Rhin***

Je mets entre ses mains des vers qui chantent les cieux,

Les anges, les saints, les dieux, l'Empire des séraphins,

Les âmes virgiliennes, les livres somptueux!

 

C'est de hamam qu'il rêve, d'orgies, de sodomies,

Ce simoniaque pervers, cette crapuleuse vipère,

D'âcres relents et d'aines , de chambres délétères,

 

De voluptés putrides et de fureurs impies!

Et moi, le roi des sots, qui offre à ce nain

Des strophes de lumière, des vers azuréens!...

      Athanase Vantchev de Thracy

Glossaire:

Sanieux (adj.) : qui contient ou laisse écouler de la sanie. Sanie : matière purulente, humeur fétide mêlée de sang qui s'écoule des plaies infectées.

Circassiens: habitants de la Circassie, ancien nom du piémont nord du Caucase. Le dérivé circassien correspond soit aux caucasiens en général, soit plus précisément aux Tcherkesses qui habitent aujourd'hui la République de Karatchaïevo-Tcherkessie. Cette république fait partie de la Fédération de Russie. Intrépides montagnards, les Circassiens furent recherchaient par les Anciens pour leur grande volupté et leur extraordinaire endurance sexuelle.

Le Poète du Rhin: Friedrich Hölderlin (1770-1843), le géant de la Poésie allemande et le plus grand de tous les poètes romantiques européens. Délaissé par tous, oublié de son vivant, il sombra progressivement dans la folie dès 1804. Il n'avait, l'Ange du Verbe, que 34 ans. Dieu ne pouvait pas laisser subir à son envoyé séraphique les outrages du monde. Il le prit contre son coeur et le couvrit de la tendre et fluide gaze de l'oubli.

 

Voilà, Monsieur, une oeuvre digne d'une récompense! Non? Cela vous dégoûte? Oui? Non? Ce dont je suis sûr, Monsieur, c'est que mes vers, si délirants soient-ils, ne sauraient jamais vous dégoûter au point où votre ignorance de la Poésie dégoûte un vrai poète! Ce chef-d'oeuvre, j'en suis abondamment convaincu, viendra s'enchâsser comme une rare pierre précieuse dans le riche anneau de la superbe poésie érotique française.

Athanase Vantchev de Thracy

 

ENGLISH (translated by Norton Hodges) :

 

Letter to M. Jean-Sébastien Dupuit

Paris, 12 July 2000

Dear Sir,

In response to your letter of 10 July 2000 in which you informed me that the Centre National du Livre, of which you are the President, has refused me, for the fifth consecutive time in twenty years, its  poetry bursary, I have enormous pleasure in dedicating the enclosed sonnet to you, you who are undoubtedly the Petronius of contemporary letters. I’m sure Petronius himself, that arbiter of Roman taste, would also have taken great pleasure in it. I don’t doubt for a moment that it will also delight the venerable members of the Commission whom you appoint and whose opinions you inspire, affirm and guide:

Pustular Sonnet

 

No, it’s of sex he dreams, of brawny Circassians,

This graduate of our most prestigious university, who probably couldn’t get it up anyway!

Letters? He doesn’t give a fuck! Watching plebs going at it,

Floods of cum, that’s the only thing that stirs his tender emotions!

 

And still, poor fool that I am, just like Hölderlin

I place in his hands my lines that hymn the heavens,

The angels, the saints, the gods, the Empire of the Seraphim,

Souls as pure as Virgil’s, the richness of great books!

 

But no, he’s dreaming of the hamam, of orgies and sodomy,

 This money-loving pervert, this debauched viper,

Of acrid stenches and groins, of unsanitary bedchambers,

 

Of putrid pleasures and impious passions!

While I, the King of the Idiots, happily hand this intellectual pygmy

Poetry made from divine light, verses from the great Azure...!

 

And so there you have it, Monsieur, a work of art worthy of financial reward! What? You don’t think so? You find it disgusting? The one thing I’m sure of, Monsieur, is that these lines, outrageous though they are, could never disgust you to the extent that a true poet would be disgusted by your ignorance of Poetry! This masterpiece, I am thoroughly convinced, will eventually be set like a rare gem in the opulent ring of our country’s heritage of great erotic poetry! 

Most sincerely 

Athanase Vantchev de Thracy

Translated from  the French of Athanase Vantchev de Thracy by Norton Hodges

July 2009

 

 

Mis à jour ( Vendredi, 23 Juillet 2010 10:42 )