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SEPT CLAIRVOYANCES DU CŒUR (français)

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SEPT CLAIRVOYANCES DU CŒUR

A Sadakazu Fujii 

« Les mots du poète conservent du sens même lorsqu’ils sont détachés des autres et plaisent isolés, comme de beaux sons. On dirait des paroles lumineuses, de l’or, des perles, des diamants et des fleurs ».

            Joubert

 

I.

 

La libellule embrasse la tige des boutons d’or,

Les fleurs inclinent leurs faces vers la terre

Où le soir amoureux

Dépose sa vaste tunique de soie violette !

 

Le livre câpre réséda de l’eau

Entre des mains transparentes,

Et cette odeur jeune,

Cette odeur joyeuse d’anis vert dans la brise !

 

Rien d’autre, rien d’autre,

Absolument rien d’autre !

 

II.

 

Le poème, l’infinité des mots,

L’ombre des frênes sur le chant allègre du ruisseau

Où danse, insouciante du monde,

La compagnie  joyeuse des petites perches argentées.

 

Tu as, comme Pétrarque, la ferveur délicate

Des fontaines !

 

Et tu es au bord de vouloir aimer !

 

III.

 

Ose, ose, chante avec le vent

Vierge qui se joue

Dans les branches des chèvrefeuilles !

 

Que de chagrins muets dans chaque chose,

Que de papillons pavoisent de grains d’or

Les robes luxuriantes des calices !

 

Le jour finissant recommence l’éternité !

Toi, mêlant ta voix à la lumière !

 

 

IV.

 

Soudain tout devient si intense,

Les figures droites, les figures inclinées,

Les lignes verticales et les cercles pleins

De la pensée se confondent

Dans l’exaltation du langage !

 

Pourquoi pleures-tu ?

Que sais-tu de la saveur des pleurs

Et de source cachée où ils naissent ?

 

La joie qui est tout

Est la joie de tous les êtres

Depuis le commencement des jours

Jusqu’à cet instant pur et intime

Comme la chair du diamant !

 

Oui, tu te tiens au milieu

De la forteresse divine de ton cœur,

Dans la salle d’honneur de ton âme !

 

V.

 

Les hautes passes des mots

Sous les brumes violettes du matin

Puisent leur félicité

Dans les sources mêmes de ton chant.

 

Félicité de savoir que tout est tout

Que rien n’est oublié

Dans la grande unicité des éléments !

 

Ô géométrie de la vie usuelle,

Algèbre de la quotidienneté ordinaire !

 

Calme et inquiétude

Dans le médaillon du matin

Suspendu à ton cou.

 

VI.

 

Un seul murmure de feuille

Restaure soudainement

La mémoire des êtres aimés !

Un seul murmure d’âme !

 

Et c’est la résurgence

Inattendue de l’essence de la vie,

De la langue qui exprime

La grâce inespérée d’un poème

Qui se fait de plus en plus léger !

 

VII.

 

Et c’est la nuit,

La divine nuit de toujours !

 

Ô tendre joie

D’entendre le bruissement

Chaleureux des insectes,

Joie de vivre

Sous la douce clarté des étoiles

Voguant dans le ciel intérieur

De l’âme émerveillée !

 

 

            Athanase Vantchev de Thracy

Paris, ce jeudi 17 mai, Fête de l’Ascension, Anno Domini MMVII.

Glose :

Sadakazu Fujii (1942-) : poète japonais.

Joseph Joubert (1754-1824) : après des études à Toulouse et un passage chez les doctrinaires, Joseph Joubert s'installa à Paris en 1778. Il y fit la rencontre de Louis de Fontanes, avec qui il resta lié toute sa vie. Il devint le secrétaire de Diderot et travailla sous sa direction à l’« Essai sur la bienveillance universelle ». Il publia quelques articles, et écrivit de nombreux fragments qui ne virent jamais le jour. A partir de 1800, il exerça une profonde influence sur son ami Chateaubriand. L'auteur des « Mémoires d'outre-tombe » lui accorda même le privilège rare de le critiquer ouvertement. Joubert aurait probablement disparu sans laisser de trace de son talent si son neveu, Paul de Raynal, n'avait pris le soin de rassembler les carnets qu'il tenait régulièrement. Voici une des célèbres phrases de Joubert : « Quand je regarde l'Histoire, j'y vois des heures de liberté et des siècles de servitude ». Dictrinaire (n.m. et adj.) : mot dérivé de doctrine. Au XVIIe siècle : 1. Religieux de la congrégation des Pères de la doctrine chrétienne. 2. Nom donné, sous la Restauration, à des hommes politiques qui s'opposaient à la fois au principe de la souveraineté du peuple et à la monarchie de droit divin. Royer-Collard, Guizot étaient des doctrinaires. Adj. Le parti doctrinaire. L'école doctrinaire. 3. Péjoratif : Personne attachée à ses idées de façon systématique et bornée. Un doctrinaire. Avoir des positions doctrinaires. Par extension : suffisant, sentencieux. Un ton doctrinaire.

Libellules (n.f.) : du latin zoologique libellula, lui-même de libella, « niveau », à cause de son plané horizontal. Insecte archiptère carnassier (odonates), à tête ronde pourvue d’yeux globuleux à facettes, à corps allongé, aux quatre ailes transparentes et nervurées, qui vit près des points d’eau : aeschne ;  agrion ; demoiselle.

Bouton d’or : le nom de bouton d’or est couramment donné à plusieurs espèces de renoncules à fleurs jaunes. Autre nom : grenouillette ; fleur de l’impatience ; gobet du diable.  Les Allemand l’appellent Butterblume, c’est-à-dire « fleur de beurre ». Les renoncules sont un genre de plantes herbacées, annuelles ou vivaces, de la famille des renonculacées qui regroupe près de 1 500 espèces à travers le monde. Son nom dérive du latin rana, « petite grenouille », car certaines de ses variétés, aquatiques, poussent dans les marais peuplés de nombreux batraciens.

Anis vert (n.m.) : plante herbacée de la famille des apiacées, cultivée comme plante condimentaire pour ses feuilles et ses grains aromatiques. Nom scientifique : Pimpinella anisum. Nom commun : anis ; anis officinal ; anis musqué ; anis cultivé ; anis sucré ; pimprenelle anisée ; pimprenelle d’Égypte.

Câpre – Capparis spinosa (n.f.) : bouton floral du câprier (arbre ou arbrisseau à tige souple de la famille des capparidacées, à grandes fleurs d’un blanc rosé). La câpre est très présente dans la cuisine méridionale. Elle est confite dans du vinaigre, saumurée ou conservée dans le vin. Plus elle est petite, plus sa saveur est délicate et son arôme prononcé. Sa saveur aigrelette relève le parfum des mayonnaises, des salades et des sauces froides, comme la tapenade.

Rien d’autre, rien d’autre… : vers du grand poète portugais Fernando Pessoa.

Perche (n.f.) : du grec perkê. Poisson carnassier (percidées) d’eau douce, dont certaines espèces sont très estimées pour leur chair. Perche goujonnière : grémille. Perche noire : achigan ; black-bass. Perche arc-en-ciel. Perche de mer : serran.

Chèvrefeuille (n.m.) : du bas latin caprifolium, « feuille de chèvre, de bouc ». Sous-arbrisseau ou liame sarmenteuse (Caprifoliacées) à fleurs parfumées. Chèvrefeuille des bois, des jardins.