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SEIGNEUR, INSCRIS – MOI (français)

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SEIGNEUR, INSCRIS – MOI

 

A Heinrich Schütz

 

« Ubi plura nitent in carmine, non ego paucis offendar maculis »

(« Là où brillent un grand nombre de beautés,
je n’irai pas me choquer de quelques taches »)

          Horace, Art poétique, vers 351

Coeur, coeur de toutes les franches solitudes,
Cœur de tous les poignants abandons,
Ecoute cette musique divine,
Ces notes bleu lumière descendues
Comme des anges aux visages d’enfant,
En robe de neige rosée
Sur les prairie scintillantes des partitions.

Ce mélange ensorcelant
D’amour indescriptible et de crainte aveugle,
Le corps ouvert à la petite brise nue du soir,
Son mauve désir de vertige
Et le poème éblouissant
De cette musique séraphique
Qui s’idéalise par lui-même.

Cœur, colle de plus près à toi-même,
Résiste aux assauts du dehors,
Aux défaites tremblées de l’amitié,
Reste fidèle, envers et contre tout et tous,
Fidèle à la lumière du Verbe !

Cœur, écoute la sublime voix du Ciel,
La superbe précision des timbres dorés,
L’ondoyante et noble élégance de l’orgue
Et tous ces flots de clarté et de foi
Qui intime au chagrin de se taire.

Ecoute couler le double fleuve du temps astral,
Le temps qui ne peut être vu et lu que couché,
Lui, qui sait si bien éviter les effondrements de l’âme,
Accueillir et consoler !

Seigneur,
Seigneur des lilas et des roses,

Inscris-moi dans cette nuit accoisée
Au cadastre perpétuel des étoiles !

            Athanase Vantchev de Thracy

Rueil-Malmaison, ce dimanche 17 août, Anno Christi MMVIII

Glose:

Heinrich Schütz en latin Henricus Sagittarius (1585-1672) : compositeur allemand, considéré comme le plus grand musicien avant Jean-Sébastien Bach. Il étudia le droit à Marbourg  avant d'aller à Venise où il fut l'élève de Giovanni Gabrieli entre 1609 et 1612, puis de Claudio Monteverdi au cours d'un second voyage, vingt ans plus tard. Schütz fut, à partir de 1617, maître de chapelle à Dresde, avec des interruptions pendant la guerre de Trente Ans, jusqu'à son décès à l'âge de 87 ans d'une attaque cérébrale. Il travailla également à la cour du roi du Danemark à Copenhague, où il s'était réfugié à cause de la guerre.  

Il fut l'un des acteurs majeurs de la musique baroque allemande, écrivant de nombreuses œuvres sur des textes en langue vernaculaire. Il écrivit essentiellement des compositions religieuses et fut l'auteur, en 1627, du premier opéra allemand Dafne, dont la musique est perdue, mais dont le livret dû au poète allemand Martin Opitz subsiste. Sa musique fut profondément influencée par l’Italie dans sa polychoralité. Ses compositions devinrent plus austères avec le temps, probablement en partie du fait des conséquences économiques de la guerre de Trente Ans qui ne permettaient plus de jouer des œuvres de grande ampleur. Il ne semble subsister aucune pièce profane, ni même d'ailleurs instrumentale alors que sa réputation d'organiste était grande à son époque. Il influença substantiellement l'école d’orgue d’Allemagne du Nord, dont le plus célèbre représentant est Jan Pieterszoon Sweelinck.


Sagittarius, le « sagittaire » fut son surnom, rappelant l'auberge paternelle « A l'archer », qui en allemand se dit « Zum Schütze » consonant avec son propre patronyme.
Matthias Weckmann et Johann Theile comptèrent parmi ses élèves.
Ubi plura nitent… : ce vers d’Horace insiste sur le fait que la perfection n'existe nulle part, et qu’il faut savoir passer sur les taches qui se trouvent dans les meilleurs ouvrages, pour ne s'arrêter qu'aux beautés qu'ils renferment. Il n'y a que les ignorants et les hommes de mauvaise foi qui usent autrement de la critique.

Accoisé, accoisée (adj.) : du latin quietus, « calme », « tranquille ». Accoiser (verbe) : rendre coi, calme, tranquille. Accoisez tous les mouvements de votre intérieur pour écouter cette parole (Bossuet, Ev. 74e jour)