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SAINTE MARIE L’EGYPTIENNE (français)

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SAINTE MARIE L’EGYPTIENNE

A mon père Nicolas Vantchev de Thracy

 

"Abbé Zozime, ensevelissez ici le corps de la pécheresse Marie et priez pour elle. Je suis morte le vendredi Saint après avoir participé aux Saints Mystères".

           Inscription sur le sable tracée par Marie d’Egypte quelques     instant avant de mourir

«Ils ont erré deçà et delà, couverts de peaux de brebis et de peaux de chèvres, dénués de tout, persécutés, maltraités - eux dont le monde n'était pas digne - ils menèrent une vie vagabonde dans les déserts et les montagnes, dans les cavernes et dans les antres de la terre.»

           Saint Paul, Epître aux Hébreux XI, 37-38

I.

Vague après vague,
Cette douce musique de l’âme
Qui cherche à saisir dans chaque être
Le souffle éternel de l’immortalité !


Et cette clarté calme du cœur,
Le soir, quand les fleurs,
Ayant bu la lumière du soleil,
Répandent un murmure
En profondeur !

II.

Ô chair changé en rosée,
Impétuosité des passions
Fondue en souveraine gravité de vertu,
Fugue et feux de jeunesse
Devenus encens et parfums de violette.

Comment dire les larmes du commencement,
Les mots étincelants,
Les poèmes incandescent comme des charbons ardents ?

III.

Tu es là ce soir, femme,
Vêtue de la seule tunique imputrescible de ta foi,
Une palme d’amour dans ta main lourde de miséricorde,
Toi lumière immortelle
Dans la grande lumière du soleil du désert !

C’est l’été, âme silencieuse,
Âme qui te précipite dans l’eau des larmes,
Âme qui n’est plus que désir de vérité !
Toi, riche en soi, ciel immobilisé
Au cœur des semences,
Mes yeux ont mûri.

IV.

Je ne peux plus m’éloigner de toi,
Le jour fut si long
Et tout revient au commencement !

Je te regarde ébloui, exalté,
C’est l’heure d’aimer,
C’est l’heure exacte !

Ton âme assise au bord de fleuve
Et de l’herbe, beaucoup d’herbe autour.
J’écoute, sanglotant, la voix
Et quelle étrange merveille les mots
De ton silence !

V.

J’entends, à travers la face de l’air
La divine tendresse
Enfouie dans chaque syllabe de ton nom !

Je te remercie, ô soir,
De me donner ton âme, ton corps,
Ta vie.

Je te remercie, ô suave vibration du temps,
Toi qui dicte à ma main
L’humble éloge à un être
Devenu à jamais mystère illisible !

VI.

Toi, temps sur qui j’écris
Le tremblement de mes jours !
Boire les hauteurs du langage,
Marcher, la tête couronnée d’humilité
Vers la fête solsticiale !

VII.

Non, je te promets, Marie d’Egypte,
Je ne déshabillerai mes pensées
De ta splendeur !

   Athanase Vantchev de Thracy

Paris, le 14 juillet 2006

Père est mort le 14 juillet 1983. Mon père, l’être le plus dévoué que j’aie jamais connu.

Glose :

Sainte Marie l’Egyptienne vécut de 354 à 431. Sa vie nous est connue par saint Zozime, prêtre d’une laure de Palestine :

« Zozime raconte qu’un jour, vers 430, lorsqu’il marchait déjà depuis vingt jours dans les montagnes brûlées de soleil (vingt jours : ce devait être la mi-carême), il s’arrêta vers midi et s’assit sur une pierre, épuisé par la fatigue. Levant les yeux, il vit comme un corps humain qui se déplaçait!... Il se signa, l’apparition demeura : ce corps basané aux cheveux blancs s’avançait vers lui! Zozime se leva, et le corps qui se croyait seul fit demi-tour et s’enfuit! Zozime apostropha l’apparition : "Serviteur de Dieu, qui que vous soyez, je vous en conjure par le Dieu d’amour, arrêtez-vous et donnez-moi votre bénédiction. Que craignez-vous de ce pauvre vieillard que je suis?" Mais l’apparition continuait à s’enfuir. Zozime courut à sa poursuite et la rattrapa presque. Il s’aperçut alors que cette forme humaine était nue.

La forme humaine lui cria: "Je ne peux me retourner vers vous, je suis une femme! Mais jetez-moi votre mélote et je pourrai recevoir votre bénédiction". Zozime s’exécuta. Alors la femme s’avança vers lui et il la bénit. Puis il lui demanda de lui raconter son histoire que voici :

Marie était égyptienne. A douze ans elle quitta ses parents pour fuir à Alexandrie où elle se livra pendant dix-sept ans à la prostitution. Un jour, sur le port, où elle pratiquait le plus vieux "métier" du monde, elle vit plein de gens monter sur des navires et s’enquit de leur destination. Ils allaient fêter l’exaltation de la sainte Croix à Jérusalem. Elle s’embarqua pour « travailler » à bord. Arrivée à Jérusalem, elle continue à se prostituer. Le jour de la fête de la sainte Croix, elle voulut suivre la foule dans le sanctuaire, mais une main mystérieuse la repoussait et l’empêchait d’entrer. Marie resta seule à la porte. Se demandant d’où venait cette force inconnue, elle prit peu à peu conscience de son passé, de sa misère et se mit à verser des larmes. Levant les yeux, elle constata qu’elle se trouvait sous une icône de la Vierge Marie et elle la pria avec force, prière qui s’achevait ainsi : "Faites que, dès que j’aurai vu ce bois sacré où votre Fils a voulu souffrir la mort pour nous, je renonce au monde et à ses attraits et que j’aille là où il vous plaira de me mener, ô Vierge sainte, vous ma caution et mon guide". Marie put entrer dans l’église et se prosterna devant la sainte croix, puis retourna près de l’icône de la Vierge lui demandant de lui faire connaître le lieu où elle devait accomplir sa promesse. Une voix lui répondit :"Passe le Jourdain et tu connaîtras le repos". Marie se rendit au bord du fleuve où elle passa la nuit, puis franchit le Jourdain au lever du soleil.

Zozime la trouva là quarante-sept ans plus tard... Pendant les dix-sept premières années de cette vie au désert (autant d’années que dura sa vie pécheresse), Marie connut des tentations terribles. Elle supportait mal la faim, la soif, la chaleur, le froid; elle ne pouvait plus offrir aucune consolation à sa chair et revoyait tout le temps les égarements de sa vie passée. Au bout de dix-sept ans, elle trouva la paix et eut la certitude de son salut.

Marie acheva ainsi le récit de sa vie. Zozime la bénit. Puis elle lui demanda de garder le secret et de ne pas revenir en ce lieu jusqu’au carême suivant, mais de se rendre le jeudi saint avec le ciboire au bord du Jourdain pour lui donner le corps du Christ.

Le Jeudi saint suivant Zozime se rendit au bord du Jourdain et attendit... La nuit se mit à tomber; il se pensa indigne de rencontrer Marie et pleurait de déception. Marie arriva auprès de lui, marchant sur les eaux. Elle reçut l’eucharistie; ils prièrent tous deux puis elle chanta le « Nunc dimittis... », et demanda à Zozime de revenir le carême suivant au lieu de leur première rencontre en plein désert; ce qu’il fit. Il trouva Marie allongée par terre; il s’agenouilla; elle était morte. Il chanta les psaumes puis chercha un lieu pour l’enterrer et découvrit une inscription sur le sable: ""Abbé Zozime, ensevelissez ici le corps de la pécheresse Marie et priez pour elle. Je suis morte le vendredi Saint après avoir participé aux Saints Mystères".

Mélote (n.f.) : du grec mêlôtê (μηλωτή), peau de mouton, de chèvre. Tunique en poils, étroite et courte, portée par les bergers, les prophètes et les moines. Jean Baptiste a traditionnellement une mélote en poils de chameau. Les dernières pièces des habits des moines du désert consistaient en une peau de chèvre, que l'on appelle mélote ou pera (du grec pêra (πήρα), « sac, vêtement de cuir, besace »), et le bâton.