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ROSSIGNOL, MON ROSSIGNOL (français)

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ROSSIGNOL, MON ROSSIGNOL

A mon petit voisin Vital

 « Si je meurs, qu’aille ma veuve
A Javel près de Citron… »

            Jacques Audiberti

 

Rossignol, mon rossignol,

Joue-moi de ta voix,

Théorbe lacrymal des bois,

Rossignol, mon rossignol !

 

Sauve-moi de la malemort,

De la drue corneille qui graille,

Des gros corbeaux qui m’assaillent,

Sauve-moi de la malemort !

 

Or ça, mon doux rossignol,

Dis au torchepin ma plainte,

Au beau tremble ma complainte,

Or ça, mon doux rossignol !

 

Par franche droiture, ami,

Dis à la lune ma douleur,

Aux bouleaux, mes cris, mes pleurs,

Par franche droiture, ami !

 

A m’écouter, l’air frémit

En bonnes paroles, en caresses,

En grand’hâte, plein de tendresse,

A m’écouter l’air frémit !

 

Le bon frêne ébroue ses mots,

Il taille d’ahan la nuit,

Tisse en douce sa poésie,

Le bon frêne ébroue ses mots !

 

Rossignol, mon rossignol,

Chantourne en chantant ton cœur,

Gausse tes notes, chasse le malheur,

Rossignol, mon rossignol !

 

 

Athanase Vantchev de Thracy

Paris, le 23 mai 2006

Glose :

Rossignol (n.m.) : du latin lusciniola, diminutif de luscinia ; le « r » est obtenu par dissimilation du « l » initial : lusciniola donne rusciniola. Oiseau passereau (turdidés), de petite taille, au chant très mélodieux.

Vital : du latin vita, « la vie ». Le saint patron des Vital est le protecteur de la ville de Ravenne (Italie). Saint Vital fut martyrisé à la fin du Ier siècle. Il aurait été converti par saint Pierre lui-même. Fête : le 4 novembre.

Javel : village, aujourd’hui quartier de Paris, où se trouvait une usine de produits chimiques : eau de javel (anciennement lessive de Javelles).

Citron : surnom populaire du fondateur de la société de fabrication de voiture, André Citroën (1878-1935).

Jacques Audiberti (Antibes 1899- Paris 1965) : poète, écrivain et dramaturge. Fils d’un maître-maçon. En 1914, il commence à faire paraître poèmes et chroniques au Réveil d’Antibes. Edmond Rostand, à qui il a envoyé des poèmes, lui adresse ses encouragements ainsi qu’une photo dédicacée qu’Audiberti conservera longtemps. Il découvre avec émerveillement le cinéma. De 1918 à 1924, il travaille comme commis-greffier au tribunal de Commerce où son père a été nommé juge. En 1924, Audiberti monte à Paris. Il publie, à compte d’auteur, son premier recueil L’Empire et la Trappe. Il se lie d’amitié avec Jean Cassou, Valéry Larbaud et Léon-Paul Fargue. En 1938, son recueil Race des hommes, reçoit le Prix de poésie de l’Académie Mallarmé. A cette occasion, Audiberti rencontre Paul Valéry et Jean Cocteau.  En 1943, il se lie d’amitié avec le futur cinéaste Jacques Baratier. En 1952, Audiberti, l’écrivain italien Beniamino Joppolo et le peintre Camille Bruyen élaborent l’abhumanisme. François Truffaut réussit à convaincre le poète d’écrire des articles dans Cahiers du Cinéma. 1954-1964 : publication de romans et succès au théâtre. En 1964, Audiberti reçoit Le Grand Prix National des Lettres pour l’ensemble de son œuvre, ainsi que le Prix des Critiques. Souffrant d’un cancer, il subit une première opération. Correspondance avec François Mauriac. 1965 : mort de Jacques Audiberti quelques semaines avant la publication de son roman Dimanche m’attend.

Théorbe (n.m.) : de l’italien tiorba. Sorte de luth à deux manches, à son plus grave que celui du luth ordinaire.

Lacrymal, e, aux (adj.) : du latin lacrima, « larme ». Qui a rapport aux larmes.

Malemort (n.f.) : de l’adjectif male et de mort. Mort tragique, cruelle. Mourir de malemort.

Grailler (verbe) : de l’ancien français graille, « trompette ». Crier, en parlant des corneilles : crailler. Parler d’une voix enrouée : graillonner.

Torchepin (n.m.) : nom vulgaire donné quelquefois au pin de montagne mugho. Mugho (n.m. et adj.) : se dit d’un pin d’Europe que l’on regarde comme une variété naine du pin sylvestre.

Ahan (n.m.) : de l’italien affanno, « peine, souci », du latin populaire °affanare, « se donner la peine », lui-même du latin classique affanae, « sottises, choses embrouillées ». Effort pénible. D’ahan : avec peine.

Chantourner (verbe) : de chant et tourner. Découper ou évider suivant un profil donné. Scie à chantourner.

Gausser (se) : peut-être de l’espagnol gozarse. Se moquer ouvertement de quelqu’un ou de quelque chose. : railler, plaisanter.