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RHABDOMANCIE (français)

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RHABDOMANCIE

  (Incantation)

 

Fulvia,

Ne parle plus ! Ne bouge plus !

Non, je te l’ai déjà dit, ma tante,

Et répéter quarante fois

Quarante mille fois !

Je ne veux pas dans ma maison

De goétie !

 

Cette nuit,

Je vais interroger les cendres des morts,

Je ferai des herbes folles

Qui poussent sur leurs tombes

Un philtre thuléen !

 

Je voudrais, ma vieille Fulvia,

Retrouver un peu de l’ardente ivresse

De mes ancêtres

Qui dorment sous mes pieds papuleux,

 

Comme eux, ma tante,

Je veux boire la lune dans des tavernes,

Remplir mes mains calleuses d’étoiles tombées

Au bord des routes !

 

Je veux écouter, la poitrine brûlante

Comme un volcan,

La musique qui sourde

Des milliaires

Par miracle

Ou par l’improvisation

D’un oiseau d’augure.

 

Je veux purger ma chair dévorée par le feu,

Chasser de mon sang bouillonnant

L’acide de la colère rugueuse,

La fureur

Teintée de la sueur des esclaves!

 

Je veux, Fulvie, je veux ardemment

Trouver la source de l’amour,

La source qui coulait jadis dans la cour

De cette demeure !

 

Je la désire, ma tante,

Je l’appelle de mes vœux

Cette source !

 

Garde le silence, ne gigote pas,

Ma tante !

 

Je vais, de mes doigts peints de garance,

Arracher, morceau par morceau

La tunique de la fatalité !

Cette robe ample que moi-même ai cousue

De fils d’araignée.

 

J’ai envoyé hier

Mes chiens déterrer des mandragores

Qui poussent un cri affreux

Quand on les arrache à la terre !

 

Fulvia, ma vieille tante,

Souffle la flammèche de la bougie

Et que la magie

Commence !

 

Fuyez, races de vipères,

Hydre à l’haleine infecte !

          Athanase Vantchev de Thracy

Paris, le 11 juillet 2008

Glose :

Rhabdomancie (n.f.) : du grec rhabdos, « baguette », et manteia, « divination ». Mode de divination à l’aide de baguettes de coudrier. Arts de déceler  les sources, trésor, mines.

Goétie (n.f.) : du grec goêteia, « sorcellerie ». Dans l’Antiquité, magie incantatoire par laquelle on invoquait les esprits malfaisants. La magie noire n'est autre que l'ensemble des actions occultes faisant intervenir des forces destructrices, quelle que soit l'ampleur des ces forces, ou leur potentiel de destruction. Dans ce contexte prend place la goétie qui rassemble toutes pratiques tendant à évoquer une entité démoniaque. Il est à noter que ces forces peuvent être utilisées à des fins positives sans causer quelque souffrance à qui ou à quoi que ce soit (humains, animaux, végétaux, même minéraux, et bien sûr à toutes les entités peuplant les plans invisibles). Evidemment, cet exemple de magie noire positive n'existe pour ainsi dire qu'en théorie, mais elle existe.

Thuléen, thuléenne (adj.) : de Thulé, en grec Θούλη / Thoùle est le nom donné par le navigateur grec Pythéas à une île atteinte entre 330 et 320 av. J.-C. qu'il présente comme la dernière de l'archipel britannique et la limite septentrionale de son périple. Il s'agirait vraisemblablement de l'Islande, peut-être des îles Féroé, du Groenland ou du nord de la Norvège.

Pythéas indique, d'après Strabon, Géographie, I, 4, avoir atteint Thulé après six jours de navigation depuis les îles Shetland. Il la décrit, à des latitudes proches du cercle polaire, comme une île habitée où l'on pratique la culture du blé et l'élevage des abeilles. Les nuits d'été ne dureraient que deux à trois heures. Après une journée de navigation vers le nord, il prétend avoir atteint la banquise.  

Le terme de Thule figure notamment dans L’Enéide  du poète romain Virgile. Chez les Romains, Extrema Thule désigne la limite septentrionale du monde connu. Ptolémée le situe au 63° N de latitude dans son ouvrage Géographie. Durant l'époque médiévale, Ultima Thule est parfois utilisé comme le nom  latin du Groenland alors que Thule désigne l'Islande.

Au XXe siècle, les mouvements pangermanistes (Société Thulé) et l’extrême droite, dont l'écrivain français Jean Mabire, associent Thulé au mythique continent d’Hyperborée qu'ils considèrent comme le « berceau » de la race aryenne.  

Papuleux, papuleuse (adj.) : de papule, du latin papula, variante de papilla. Lésion élémentaire de la peau, caractérisée par une petite saillie ferme, de couleur rouge, rose ou brune, ne laissant pas de cicatrice.

Milliaire (n.m.) : dans la Rome antique, les bornes milliaires étaient disposées tous les milles romains, soit environ tous les 1 460 mètres sur le tracé des principales voies romaines d’Italie.

Race de vipère… : Enéide, VII, 25.