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RÊVES GANDIENS (français)

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RÊVES GANDIENS 

« Moi qui jadis sur un frêle pipeau modulait mon chant… »

            Virgile,

            Enéide, Premier vers du Livre Premier

 

Ah, mon Ami,

Nous sommes toujours perdus dans les rêves

Que module une simple flûte,

Dans l’air méridien,

 

Nous aimons, mon Ami,

L’air tressaillant de la lumière orgiaque,

L’odeur pyrique des bosquets, la douce lassitude

Que provoque la tendresse,

Les déesses invisibles à la promesse perpétuelle.

 

Nous attendons avec frénésie

La magie du soir

Qui sait d’une main audacieuse entremêler

La grâce de nos âmes

Au parfum latin des corps du Sud.

 

Oh, mon Ami, respirons

Cet éblouissement des fleurs dans les jardins,

L’haleine seigneuriale

De cette ville aux tourelles azurées,

Les feuilles charitables à fins ajours

Et leurs découpes émeraude !

 

 

Oh, mon Ami, nous qui aimons tant

Ces églises, ces vaisseaux célestes et leurs flèches

Fuyant vers le ciel,

Ces navires vibrant de foi virginale

Et de solitude trop terrestre,

Toute cette lumière de songes éternels,

De musique et d’images d’une irréalité savamment orchestrée,

Les chants rassérénés des cloches !

 

Nous rêvons, mon Ami,

Âmes ouvertes à la mélodie des champs généreux,

De mains calmes sur des objets immobiles

Posées avec élégance,

De sourire doux d’émotion,

De nappes blanches

Et de maisons pures, de murs peints

A la chaux,

De voix qui se taisent autour

De hauts candélabres d’argent.

 

Nous aimons admirer

Les corps des jeunes amoureux

Festonnés de marguerites blanches,

Leurs rires heureux qui s’écoulent

En une vaste multitude

De ruisseaux sonores.

 

Des rêves dans l’infini des rêves se perdant,

Des voix polyphoniques du silence

Des corps vaporeux dans la lumière vibrante de l’aurore,

Le mauve mystère épanoui

D’un songe venu d’un autre songe,

Frère d’un songe !

 

Que de mots purs, don aérien d’un jeune dieu !

Des soupirs de caresses

Sur nos gorges nocturnes !

 

Des strophes, dont la beauté nous voile les yeux !

Des affolements blancs et rapides

Comme des voiles sur la vague dorée !

 

Et cette chaleur du midi

Qui gonfle les solitudes mystiques des couvents !

 

Pour toi, ville de Gandie, je reprends un chant oublié,

Un très vieux chant,

Belle tresse de paroles douces

Qui ploie sous la brise des pensées.

 

Ô Ami, d’où nous vient ce vent léger

Fleurant le chèvrefeuille ?

Où en est la source vertueuse ?

 

Oui, mon Ami, nous aimons Gandie du ciel bleu,

Elégante, ocre, pure, dans l’écrin vert des orangers,

Incantée par le bruit amoureux de sa mer,

Les lignes mélodieuses de ses maisons

Inclinées avec des précautions infinies

Sur le livre sublime du soir.

 

Ô Beauté, toi qui vit toujours,

Toi qui ne naît jamais !

 

Et cette heure avancée, quand au loin,

Une voix se lève

Et son ombre hésitante perce les persiennes !

 

Nous aimons la nuit fantastique,

Cette nuit divine, suave comme un baiser !

Devenus mélodie,

Nous hissons sur nous pour nous défendre

Le riche bouclier de la lune !

 

Et nous succombons sous le charme

De cette poignante poésie populaire

Des étoiles,

Laissant courir notre mémoire

Vers les palais luxuriant,

Espérant encore y trouver

Des pages et des reines antiques.

 

            Athanase Vantchev de Thracy

 

Paris, le 24 février, Anno Christi MMVII