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PROTOMANTIS (français)

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PROTOMANTIS

(Monologue de la marquise  Gonzáles de Quirós)

 

A Vincent Garcia Rector de Vallfogona

 

Le vide, la solitude, la mort dans les vitraux,

Et ce palais livide peuplé de souvenirs,

Empire de rêves perdus, échos d’antiques désirs,

De rires évanouis dans l’ambre des sureaux.

 

Tout naît, mais rien ne meurt ! Or pourquoi cette peur,

Cette douloureuse frayeur devant le temps épars ?

Ô mémoire fidèle, sois mon haut rempart,

Ma part d’éternité,  mon immortelle valeur.

 

A toi, ma ville aimée, ma rayonnante Gandie,

Pays de mon enfance, je donne cette vaste demeure,

Accueille parmi tes murs, où bat toujours le cœur

 

De l’histoire austère le solennel récit,

L’orphique Protomantis, son trépied d’airain

Et Apollon Delphique, le père des arts divins !

 

            Ahanase Vantchev de Thracy

A Paris, ce dimanche 12 novembre, Anno Domini MMVI

Glose :

Protomantis : le site sacré de Delphes, qui se nommait anciennement Pytho, « la pourrie », certainement à cause de l’odeur nauséabonde de sa source sulfureuse, est située dans un site admirable de l’Étolie, à mi pente du massif du mont Parnasse. Au pied du mont couvert d’oliviers sommeille le magnifique petit port de Kirrha. Selon Eschyle, un culte à (la Terre-Mère) y était célébré dès le deuxième millénaire av. J.-C. avec l’oracle nommé Protomantis. Protomantis est donc la première prophétesse connue de l’Antiquité. C’est beaucoup plus tard que le site devint le sanctuaire d’Apollon Lycien qui y arriva sous forme d’un dauphin et lui donna son nom de Delphes (Delphousa).

Apollon : fils de Zeus et d'une  Titanide, Léto. La sœur jumelle d’Apollon était Artémis.  L'un des Hymne homérique  raconte en détails son histoire : Héra, jalouse d'une nouvelle infidélité de son divin époux, avait interdit à la Terre de recevoir Léto, enceinte d'Apollon et de sa sœur. Celle-ci errait donc en vain à la recherche d'un lieu qui l'accueillerait. Seule l'île d'Ortygie, nommée parfois Astérie, qui n'était pas fixe, put l'accepter, car son statut de terre flottant sur les eaux n'en faisait ni une île au sens propre ni une zone terrestre. Léto lui promit d'en faire une île fixe et purifiée ; celle-ci ne put cependant mettre au monde ses jumeaux et souffrit pendant neuf jours et neuf nuits des douleurs de l'enfantement ; en vain : Héra retenait subtilement Ilithyie, qui présidai, du haut de l’Olympe, aux accouchements. D'autres déesses, cependant, envoyèrent Iris, la messagère des dieux, afin qu'elle libérât Ilithyie de l'attention d'Héra, ce qu'elle fit. Léto put enfin accoucher, d'abord d'Artémis, qui l'aida à mettre au monde Apollon. La déesse Thémis, fille d’Ouranos (le Ciel) et de Gaïa (la Terre), une Titanide, offrit au nouveau-né le nectar et l’ambroisie et lui transmit de fait le goût de l'équité ; Ortygie, enfin fixe, devint une terre sacrée sur laquelle nul ne pouvait naître ou mourir, prit le nom de Délos, c'est-à-dire « la visible ».

Apollon et sa sœur ne sont pas proprement grecs. On considère qu'ils sont d'origine asiatique, ce qui, pour les Grecs, signifiait d’Asie Mineure. Le nom même de Léto pourrait venir du lycien, un dialecte indo-européen parlé autrefois en Anatolie, et signifierait, sous la forme Lada, « femme ». L'une des épiclèses (une épithète accolée au nom d'un dieu) d'Apollon, Apollon Lycien, conforte cette hypothèse. De même, l'arme d'Apollon et de sa jumelle, l'arc, n'est pas grec mais barbare (au sens grec du mot : étaient barbares tous les peuples qui ne parlaient pas le grec) ; il porte de plus, comme sa sœur, non pas des sandales, à l'instar des autres dieux, mais des bottines, type de chaussure considérée comme asiatique par les Anciens. En outre, il est, dans l’Iliade d’Homère, du côté des Troyens, peuple asiatique, et le rejet que subit Léto, que nulle terre grecque n'accepte, conforterait l'idée d'un dieu étranger. C'est paradoxalement peut-être le dieu le plus grec de tous, et son adoption rapide par les peuples hellènes a vite dissimulé ses origines lointaines.

Il est aussi possible que ses origines remontent au peuple dorien du Péloponnèse, lequel honorait un dieu nommé ’Aπέλλων / Apéllôn, protecteur des troupeaux et des communautés humaines ; il semblerait que le terme vienne d'un mot dorien, ἀπέλλα / apélla, signifiant « bergerie » ou « assemblée ». L'Apéllôn dorien serait une figure syncrétique de plusieurs divinités locales pré-grecques, de même que l'Apollon grec est la fusion de plusieurs modèles, dont Apéllôn ; il est d'ailleurs remarquable que son épithète de Lycien puisse être comprise comme « qui vient de Lycie » ou « qui protège des loups », c'est-à-dire que les deux origines, l'une asiatique et l'autre dorienne, se confirment en un seul terme.

Lorsque son culte s'introduit en Grèce, il est déjà honoré par d'autres peuples pré-hellènes, ce que l'Hymne homérique qui lui est destiné indique en signalant que les Crétois étaient ses premiers prêtres. Son premier lieu de culte est bien sûr Délos, capitale religieuse des Ioniens; c'est sous Périclès, au Ve siècle av. J.-C., que l'île passe aux mains des Athéniens, qui confortent son caractère de sanctuaire inviolable en y faisant interdire toute naissance et toute mort. Le culte d'Apollon s'était entre-temps répandu partout dans le monde Antique, de l'Asie mineure (le sanctuaire de Didymes, près de Milet, en porte la trace flagrante : c'est l'un des plus grands temples jamais bâtis dans la zone méditerranéenne) à la Syrie, sans parler des innombrables temples qui lui sont dédiés en Grèce même.

Ses épithètes (épiclèses) son nombreuses : ἑκηϐόλος / hekêbólos, « qui vise loin », ὑπερϐόρεος / hyperbóreos, hyperboréen), « de l'extrême Nord », ἀργυρότοξος / argyrótoxos, « à l'arc d'argent », ἑκάεργος / hekáergos, « qui repousse au loin » avec ses flèches, μουσαγέτης / mousagétês, « conducteur des Muses, musagète », χρυσολύρης / khrusolúrês, « à la lyre d'or », ἀλεξίκακος / alexíkakos, « qui éloigne le mal », λοξίας / loxías, « l'oblique » (pour Apollon comme dieu des oracles). Ses animaux favoris : le corbeau, le cygne, le coq, le loup, le serpent. Ses sanctuaires les plus célèbres : Delphes, Délos, Claros, Argos, Thassos. Les fêtes qui lui sont consacrées : les Karneia célébrées à Sparte (d’Apolon Kerneios, « potecteur du bétail »), les Actia (les Actia sont des concours, des jeux en l'honneur d'Apollon organisés à Actium, sanctuaire du dieu sur le territoire de la cité acarnanienne d'Anactorion, puis à partir de 31 av. J.-C. à Nicopolis d’Epire).

La marquise  Gonzáles de Quirós : dernière héritière de la maison des marquis Gonzáles de Quirós, elle légua le palais Vallier appartenant à ses ancêtres à la ville de Gandie qui y installa sa Maison de la Culture. Les Vallier étaient d’origine française, installés à Gandie au XVIIIe siècle. A l’époque de leur splendeur, les frères Jean-Baptiste et Louis Vallier firent construire une vaste demeure familiale à Gandie, au moment où la ville décida, en 1881, d’abattre ses murailles et de s’étendre vers le sud.

Vincent Garcia Rector de Vallfogona (Tortosa vers 1579 – Vallfogona de Riucorb, Conca de Barberà 1623) : « Rector de Vallfogona » est le pseudonyme que prit le prêtre de l’église Sainte-Marie de Vallfogona de Riucorb, Vincent Garcia, comme poète. Quoique ces œuvres complètes fussent publiées des années après sa mort, il  jouit, de son vivant,  d’une très grande popularité. Sa renommée fut si étendue que bon nombre de poètes catalans du XVIIe siècle s’appliquèrent à imiter son style, créant de la sorte un vrai phénomène appelé Vallfogonisme. Sa poésie, fortement influencée par les plus illustres poètes espagnols, traite une vaste gamme de sujets. Elle fut tour à tour amoureuse, narrative, mythologique. Sa langue, d’une rare élégance, son style ingénieux, son imagination débridée contiennent une bonne dose d’ironie. Certains de ses poèmes connurent une gloire retentissante : A una hermosa dama de cabell negre que se pentinava en un terrat amb una pinta de marfil (« A une belle dame sur une terrasse peignant ses cheveux noirs avec un peigne d'ivoire), Epitafi a la sepultura d'un gran bevedor que morí de gota (« Épitaphe sur la sépulture d'un grand buveur mort de la goutte), Temps (Le Temps), un sonnet d’une incroyable beauté.