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PROLONGATION PERPETUELLE (français)

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PROLONGATION PERPETUELLE

A Radko Radkov

In Memoriam

 

« L’enchaînement des choses est saint »

            Marc Aurèle

 

« C’est par l’extase que l’on arrive à la vision

Des choses telles qu’elles sont »

            Van Helmont

 

I.

 

Non, non, non,

Tu ne peux pas mourir, mon Ami,

Toi, le génie solaire à l’âme séraphique,

Resté longtemps à la merci du chagrin !

 

Toi qui voulus être,

Par mille sacrifices,

Par d’insondables avancées

Dans le temps personnel,

Le seigneur sublime de la Beauté !

 

Ô tant le cœur se trouble au bord de la douleur !

Ô pont flottant sur les blessures des mots,

Choses chères au regard qui glissent entre nos doigts lents

Juste à l’instant où l’on ferme la main !

 

 

II.

 

La vie saigne devant

L’irrévocable, l’exaltante unité des contraires,

Devant l’insidieuse multiplicité

Qui firent de toi joie pure au-delà de la joie,

Transparence  perpétuelle,

Exaltation lumineuse au-delà de l’opacité des mystères,

Des chemins, des urnes et des livres !

 

Ô mon Ami, Dieu n’est-il pas

Le plus attentif des lecteurs

Du monde qu’il a créé ?

Dieu, mon Ami,

Cette habitation extatique

Dans la si grande proximité de nos âmes !

 

A jamais immortelle,

Tes jours vacillent à présent là,

Où l’ombre est tremblement de silence,

Tes jours qui furent impatiemment collés

A la lumineuse sinuosité de chaque mot !

 

Déjà la lumière tombe,

Le ciel et les montagnes ne font qu’un abîme,

Et j’entends ta voix,

Si claire

Qu’elle me donne le vertige !

 

III.

 

Je te fais poème à présent, ô mon Ami,

Toi, devenu à toujours enchantement ultime

Et véhémence orphique du sang pur !

 

De fort loin me parviennent,

Dans l’obstination inquiète du soir,

Orchidées aériennes,

Par touches légères, par scintillement, tes paroles !

 

IV.

 

C’est l’heure des achèvements prophétiques !

C’est l’heure à laquelle,

Ouvrant la fenêtre sur l’infinité du temps,

Je contemple la suréminente dignité de ton être !

 

Ah, comme tu aimais rire avec les âmes humbles,

Comme tu voyais des cercles de lumière

Autour de leur cœur !

 

Tu savais si bien, ô mon Ami,

Que le chant invisible

Est la pure dimension intérieure de l’homme,

 

Que la beauté cachée au regard

Est inépuisable et simple,

Que le Pur des Pères de l’Eglise que tu aimais tant,

Le Helle de Heidegger, la Nettezza

De sainte Catherine de Sienne,

C’est ce Même primordial,

Entier dans son essence et intact dans sa forme,

C’est ce qui ne varie pas, ce qui reste,

Dans la prolongation perpétuelle de l’univers.

 

Toi qui, marchant pieds nus dans l’herbe matinale

Ou priant à genoux devant la Mère de Dieu,

Notre invincible, notre céleste Protectrice,

Savais habilement cueillir

La poussière éparse des pensées

Dans la roseur de l’aurore

Ou l’écarlate du jour qui s’éloigne !

 

V.

 

Non, non, non, mon Ami,

Tu ne peux pas mourir,

Toi, devenu pour l’éternité

La claire, la calme densité

Du Verbe essentiel !

 

Dehors, le soir fait respirer les eaux,

Et je suis triste

Comme une maison d’où ceux qu’on aime

Sont partis !

 

Et je tiens, humide de larmes et de lumière,

Le sourire de ta divine amitié

Dans mes pupilles !

 

            Athanase Vantchev de Thracy

A Paris, ce dimanche 20 septembre, Anno Domini MMIX

Je dédie ce poème à mon Ami de toujours, le poète de génie Radko Radkov, endormi dans la Paix du Christ le lundi 1er septembre 2009. Son corps repose au cimetière de la ville de Gabrovo, son âme s’est envolée vers le ciel en compagnie de l’Ange de la Poésie.

Glose :

Marc Aurèle (121-180) : empereur romain et philosophe stoïcien. Marcus Annius Verus (initialement Marcus Catilius Severus) prit, après son adoption par l'empereur Antonin le Pieux, le nom de Marcus Ælius Aurelius Verus. En tant qu'empereur, il se faisait appeler Caesar Marcus Aurelius Antoninus Augustu. Il régna de 161 à sa mort.

Marc Aurèle, « qui cultiva pendant toute sa vie la lecture, et l'emporta sur tous les empereurs par la pureté de ses mœurs, était fils d'Annius Verus, lequel mourut préteur ». (Julius Capitolinus, Histoire Auguste)

Son aïeul Annius Verus, consul et préfet de Rome, fut agrégé aux patriciens par les empereurs Vespasien et Titus,  pendant leur censure. Son oncle paternel, Annius Libon, fut consul ; sa tante Faustine l’Ancienne porta le titre d'Auguste ; sa mère Domitia Calvilla était fille de Calvisius Tullus, qui avait obtenu deux fois le consulat. Son bisaïeul paternel, Annius Verus, après avoir exercé la préture dans le municipe de Succube en Espagne devint sénateur. Son bisaïeul maternel, Catilius Sévère, fut deux fois consul et préfet de Rome. Son aïeule paternelle était Rupilie Faustine, fille du consulaire Rupilius Bonus.

À sa naissance, il porta d'abord le nom de son aïeul, et de son bisaïeul maternel Catilius Severus. Mais, après la mort de son père, Hadrien le nomma Annius Verissimus; et lorsqu'il eut pris la toge virile, il fut, son père étant mort, élevé et adopté par son aïeul paternel, sous le nom de Marcus Annius Verus.

Après la mort de son père, alors qu'il n'a que trois ans, l'empereur Hadrien le prit sous sa protection et demanda, en 138, à son fils adoptif, Antonin, de l'adopter à son tour ainsi que Lucius Verus, le fils de celui qu'Hadrien avait d'abord choisi comme héritier et qui venait de mourir. Après son adoption il devient Marcus Aelius Aurelius Verus.

Jean-Baptiste van Helmont (1579-1644) : était un alchimiste, chimiste, physiologiste et médecin originaire des Pays-Bas. Il a écrit toute son oeuvre en latin et eut le grand mérite d'établir un pont entre l’alchimie et la chimie.

Né à Bruxelles,  issu de la noblesse, Jean-Baptiste van Helmont décrocha son diplôme de philosophie à l'âge de 17 ans à l'Université du duché de Brabant (devenue l’Université catholique de Louvain). Jean-Baptiste van Helmont croyait fermement en l’alchimie et en la pierre philosophale. Il respecta l'enseignement du médecin et physiologiste anglais William Harvey (1578-1657) et celui de Galilée (1564-1642).

Helle : mot allemand qui signifie « l’Indemne ».

Nettezza : mot italien qui signifie « La Pureté », « Le Pur ».

Sainte Catherine de Sienne – Catarina Benincasa (1347-1380) : mystique, tertiaire dominicaine et théologienne italienne, née à Sienne. Canonisée en 1461, elle a été proclamée docteur de l’Eglise (en même temps que sainte Thérèse d’Avila) par le pape Paul VI, le 4 octobre 1970. Sa fête est fixée au 29 avril.

Ce docteur de l'Église ne savait pas écrire et ignorait le latin. Les œuvres qu'elle a dictées sont considérables par leur ampleur, leur contenu, et aussi leur importance dans l'histoire de la langue italienne.

Elle est la sainte protectrice des journalistes et des médias (Internet inclus) ainsi que de tous les métiers de la communication, en raison de son œuvre pour la papauté. Elle est co-sainte patronne de l’Europe depuis le 1er octobre 1999.