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PENSEES CREPUSCULAIRES D'UN ARISTOCRATE EGYPTIEN (français)

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PENSEES CREPUSCULAIRES D’UN ARISTOCRATE EGYPTIEN

 

« De naviguer dans les eaux

Dans la plus belle de toutes les paix

De gravir la montagne

Du champ de repos »

 

            Chant funèbre de l’Ancien Empire

 

 

I.

 

Ecris, ô scribe, ces paroles :

 

Né noble de haut rang, prince royal parmi les princes,

J’ai été officier d’infanterie,

Décurion, cinquantenier, centurions,

Chiliarque, général,

J’ai présidé aux destinés de la charrerie,

J’ai bâti et défendu les forteresses du Nord,

J’ai guidé le char royal,

J’ai été chargé de mission

De Pharaon, le Fils de nos Dieux,

A l’étranger.

 

Henou ! Henou ! La prière dans la joie !

Ecoute, ô vent, mes paroles,

Toi, le souffle de l’air

Imprégné de conseils

Et d’enseignements !

 

II.

 

Ô scribe vénérable, ne t’arrête point là,

Reprends le calame docile et marque :

 

Comme toi, ô jeune scribe,

J’ai été chargé par Pharaon de l’Ecriture

Des lettres divines,

Mon Maître céleste m’a nommé ensuite

Commandant de division et général.

 

Que soit éternel et vivant à jamais

Le nom de mon Maître Suprême,

Le Fils aimé de nos Dieux antiques,

Le Protecteur

Des Deux Terres sacrées de notre éternel Royaume.

 

Henou ! Henou ! Qu’il navigue dans la sphère visuelle,

Qu’il déverse sur nous les flots de la lumière impérissable !

Que chaque année le Fleuve de Vie, au jour premier,

Ramène l’enfant divin !

Henou ! La prière dans la joie !

 

III.

 

C’est lui, lui, mon enfant,

Qui m’a placé à la tête

Des prêtres et des dieux de notre vaste empire,

Interprète des choses cachées,

Hérault de sa Lumière qui rayonne

Et grandit comme une corne,

Représentant de sa Majesté en Haute et Basse Egypte,

Juge, prêtre de Maât, Mère divine, Vérité et Justice,

Régent, maire, vizir,

Responsable suprême du la Grande Maison,

Représentant personnel du Roi,

Mon Soleil, mon Dieu, le souffle de ma vie rapide,

Noun, l’Océan séparé en deux !

 

Henou ! La prière dans la joie !

Puis-je atteindre l’âge de cent dix ans,

Sans désordre, sans impureté,

Sans faute et sans mensonge !

 

IV.

 

J’ai admiré son visage

Voguant parmi les êtres célestes,

Lui qui fait sortir les légions des étoiles en les nommant,

Je l’ai vu mettre les gants et l’anneau,

Le bâton qui est le pouvoir, la vie éternelle

Et la parole sacrée.

 

J’ai porté le vase d’huile d’onction,

Le collier d’or,

Le châle sacré, le pagne à rayures,

Moi, proclamé par sa bonté

Régent du pays tout entier!

 

Henou ! La prière dans la joie !

Je me présenterai devant nos Dieux

En robe de lin,

Le visage pur,

La main rayonnante !

 

V.

 

Arrête là, mon ami, mon jeune scribe loyal.

N’écris plus, écoute ces paroles intimes,

Ces mots que je ne dis qu’aux roseaux,

Qu’à la brise qui court parmi leurs tiges

Mélodieuses :

 

A présent ?

 A présent, ô mon enfant,

Assis à l’ombre parfumée des figuiers,

Je goûte la caressante fraîcheur du soir,

Je regarde le vol harmonieux des ibis,

Cette beauté du monde

Qui est comme un rempart de mon cœur

Contre le silence de la tristesse !

 

Que d’autres maintenant

Secouent les branches de palmier, de cédrat,

De myrte et de saule

En signe de réjouissance devant nos Dieux.

 

Que je m’endorme ici, près du Nil nourricier,

Couché sur le lit maternel de la terre généreuse,

Dans un sommeil ultime,

Dans un oubli suprême.

 

Laisse-moi seul à présent, mon enfant,

Seul avant le grand, le pur,

L’insondable voyage

Vers la Vie sans fin ni bornes !

 

Henou ! La prière dans la joie !

Sacrifice de communion,

Que sois douce mon ascension

Vers la lumière

De l’éternité !

O briques de saphir,

Comme l’aspect du ciel,

En limpidité

Quand, face au Tout,

Chacun revient à son

Divin héritage !

 

            Athanase Vantchev de Thracy

Mardi 1er novembre – jeudi 3 novembre, Anno Domini MMV

Glose :

Décurion (n.m.) : du latin decurio. Dans l’Antiquité, chef d’un groupe de dix soldats.

Cinquantenier (n.m.) : du latin quinquaginta. Chef d’un groupe de cinquante soldats.

Centurion (n.m.) : du latin centurio. Chef d’un groupe de cent soldats.

Chiliarque (n.m.) : du grec ή χιλιάς, χιλιάδος, « mille ». On appelait chiliarque, chez les Grecs, un officier qui commandait un corps de mille hommes.

Charrerie (n.f.) : du latin carrus. Voiture à deux roues utilisée dans les combats. La charrerie en Egypte était appelée tA nt-Htry. Elle s’acquittait de deux tâches : protéger l’armée et charger l’ennemi avec des résultats bien imaginables. L’unité de combat était constituée d’un char (wrryt) et d’un couple de chevaux. Le char était formé d’une grande caisse de forme hémicylindrique avec la partie postérieure ouvert pour permettre au conduisant de monter ou de descendre rapidement. Le plancher était constitué de bandes de cuir entrelacées, recouvertes de peau animale ou d’un tapis d’étoffe très épaisse.

Les roues avaient le diamètre de 1 m environ et étaient munies de six rayons. Les destriers, rapides et vifs, étaient de taille moyenne. Sur le char il y avait le combattant (snni) et l’aurige (kTn = kú-śi-na). Le combattant maniait l’arc et les flèches tandis que l’aurige guidait le char.

Pendant la bataille, des deux côtés du char, opéraient les coureurs (pHrrw), armés de javelots et de boucliers.

La charrerie était formée de brigades. Chaque brigade comptait deux ou plusieurs escadrons. Un escadron était composé de 50 chars.

L’infanterie (mSa) était constituée de régiments (sAw). Chaque régiment comptait 200 hommes (recrues et vétérans), et était divisé en quatre bataillons de 50 hommes chacun.

L’armée était composée de divisions. Chaque division était un corps complet regroupant de régiments d’infanterie et de brigade de charrerie. Une division comptait de 4000 à 5000 hommes. Les divisions portaient le nom d’un dieu : Amon, Râ, Ptah, Osiris, Seth, etc.

Les généraux qui commandaient les divisions étaient soumis à Pharaon. Ce dernier était le  généralissime,  le commandant suprême des armées.

Hen ou Henou : mot égyptien qui signifie « La prière dans la joie ».

Les Deux Terres : la Haute Egypte et la Basse Egypte.

Maât : déesse égyptienne symbole de l’ordre cosmique, de la justice et de la vérité. Elle est considérée comme la fille du dieu solaire Rê (Râ) et comme la compagne de Thot. Elle symbolise l’équilibre de l’ordre de l’univers et établit le code de comportement des êtres humains. C'est grâce à elle que le monde fonctionne. Le premier devoir de Pharaon est de faire respecter la loi de Maât dans toute l'Égypte. Tout comme ses sujets, Pharaon obéissait à Maât. Les reliefs des différents temples le représentent souvent en train d’offrir aux dieux une petite statuette à son effigie. Le jour du jugement (la pesée de l'âme), la plume de Maât était déposée sur un plateau de la balance, et le cœur du défunt sur l‘autre, afin d'établir si celui-ci était sincère.

La Grande Maison : le palais de Pharaon.

Les gants, l’anneau, le bâton, le collier d’or, le châle sacré, le pagne de lin à rayures symbolisent le pouvoir suprême de Pharaon.