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PENSEES D’ANTAN (français)

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PENSEES D’ANTAN

A Yakup Yourt

« Ecoute dans mon cœur une voix qui s’élance »

            Thomas A’Kempis (1380-1471)

 

Elles reviennent, parfois, la nuit,
Dans la sublime solitude du dépouillement,
Les amènes pensées d’antan,
S’avancent
Dans la vacillante clarté de la chambre,
S’assoient et sourient !

 

Alors  la mémoire s’illumine d’une vie intense
Venue des racines les plus nouées de mon âme :
Aube éblouissante, oiseaux blancs,
Toits couleur de coquelicots,
Glycines, giroflées, lilas,
Murmures de voix vert d’eau… été
Qui frappe contre les sentiers

Souples du sang !

 

Leurs aimables regards
Secouent le jaune peuplier du vieux corps :
Un libre ailleurs, un ici
Pris dans les filets d’or de rumeurs anciennes,
Un chemin invisible vers moi-même,
Au plus profond,
Au-delà !

 

Baiser après baiser, grains de mots perdus
Après grains de mots ressuscités
S’ouvre la porte transparente
D’un temps immortel !

 

Ami,

 

« Ecoute dans mon cœur une voix qui s’élance. »

 

            Athanase Vantchev de Thracy

Paris, le 30 décembre 2004

Ce soir, le jeudi 30 décembre 2004, je reçois un émouvant message du poète Yakup Yurt. Je
le lis, mon cœur frissonne, tant la chaleur délicate que dégagent ses mots m’émeut. Je me
revois enfant, dans mon quartier, à Haskovo. Je suis pieds nus et joue dans la rue avec mes
copains, Bulgares d’origine turque : Zeki, Ahmed, Uksel. Nous avons à peine dix ans. Mère
nous appelle. Elle a préparé des tartines de pain arrosées d’huile de tournesol et saupoudrées
de paprika rouge. Envolée d’oiseaux innocents, nous courons vers elle, les yeux étincelant de
reconnaissance et de bonheur.

C’est ainsi qu’est né ce poème que je dédie à Yakup Yurt. En le couchant sur la feuille, je pensais aussi à l’immense poète français Théo Crassas et à son délicieux et encyclopédique frère Anastase.

Glose :

Yakup Yurt : poète belge d’origine turque, ami et traducteur en français du poète turc Üzeyir
Lokman
Cayci. « Nous sommes – m’écrit Yurt – comme les deux ailes d’un oiseau ».

Thomas A’Kempis (1380-1471) : Bienheureux. D’origine fort modeste, Thomas entra chez
les Jérômites ou Frères de vie commune à seize ans.  Cet ordre monacal fut fondé par un
des plus grands mystiques de l’Occident, le Flamand Gérard de Groote (1340-1384). Le
premier monastère des Jérômites naquit à Deventer, puis d’autres villes bâtirent leurs
couvents : Zwolle, Delft, Gand. La doctrine de l’ordre se propagea ensuite en Brabant, en
Flandres et même à Paris, où  elle influença Jean Standonck, le principal du collège de
Montaigu. Le célèbre éditeur belge Josse Bade (1462-1535), qui latinisa son nom en Jodicius
Badius,
fit ses études chez les Jérômites de Gand. Ce personnage hors norme fonda à Paris
(vers 1500) une imprimeries où furent édités un grand nombre d’ouvrages classiques grecs et
latins : Erasme, Budé, Ange Politien, etc.

 Thomas A’Kempis passa pratiquement toute sa vie  dans le monastère du Mont-
Sainte-Agnès, près de Zwolle dans les Pays-Bas. D’abord sous prieur, il devint ensuite maître
des novices. L’œuvre la plus extraordinaire du bienheureux Thomas fut la reprise des textes
de méditation de Gérard de Groote dont il recopia les textes et recomposa la disposition pour
en faire le livre qui, durant des siècles, connut les plus forts tirages après la Bible :
« L’Imitation de Jésus-Christ ». Il existe plus de soixante-dix traductions françaises de cet
illustre ouvrage.