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PÂQUES (français / anglais)

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PÂQUES

« Marie était restée dehors, près du tombeau, et elle pleurait. Tout en pleurant elle se penche
vers le tombeau et elle voit deux anges vêtus de blanc assis à l’endroit même où le corps de
Jésus avait été déposé, l’un à la tête et l’autre au pieds. « Femme, lui dirent-ils, pourquoi
pleures-tu ? »

          Evangile de saint Jean, XX, 11-13

 

Le temps incessant de l’azur,
Le Livre au-dedans,
Le cœur, l’amour et la mer,
L’immédiateté glorieuse de l’âme,
La larme qui voit et désire appréhender l’éternité!

 

Et cet enfièvrement de la pure plénitude
Dans le calice de la Vie indéfaisable!

 

C’est ainsi que parlent, unanimes,
Dans leur exaltation clairvoyante,
Les Pères de l’Eglise!
C’est ainsi que, dans leur extase absolue,
Les hauts mystiques de la foi chrétienne -
Astrolabe armillaire de la splendeur divine,

Prunelles imperméables à l’appel séduisant  de la mort!

 

Pâques !

 

Et cette boule de flammes poignantes dans la gorge,
Et cette infinie solitude de la chambre exsangue,
Et ce secret désespoir qui couvre de neige glaciale
Les naissants bourgeons du printemps!

 

Le silence, ce maître à vaste audience,
En connivence avec la violette frayeur du chagrin,

Qui habille l’ardeur séraphique de la main
De fleurs fanées et de satin funéraire!

 

Mais qu’y a-t-il enfin, ô mon âme?
Maintenant que le temps au Temps est égal

Et que l’homme passe l’homme,
Que le corps survit à son corps,

Que l’eau du cœur au cœur de l’eau
Montre le plus éblouissant des astres vivants ?

 

Et vous, que faites-vous, anges vêtus de blanc,
Dans le tombeau vide de sens
Pour le sens qui fuit ma raison ?

 

Pâques !

 

Et cette tristesse incendiaire dans les veines !

 

Mais non ! Souris, lèvre ardente
Où court, sur l’Echelle universelle de la Clarté,
Le libre bruit de tant de songes circulaires
Et l’immortelle lumière de tant d’espérance,
De tant de visages aimés avec passion !

 

Seigneur ! Pourquoi cette tristesse
Aux pieds du jour qui se lève ?

Pourquoi ce battement dans les douces
Ramilles du sang ? Ces larmes,
Ce chagrin indéfini qui frappe, infatigable,
La tempe innocente ?

 

Seigneur !
Ne dis rien, Seigneur,
Laisse ta bonté couler en dehors des syllabes !
Ne dis rien !
Je comprends tout ce que ton cœur veut révéler,
Tout ce que ton regard s’efforce de dire
Au-delà des sons et des mots !

 

Pourquoi ces pleurs insurpassables
En ce jour de joie perpétuelle ?
Pourquoi ?

 

Viens, ô brise, caresser ma face
De ta main consolatrice !
Viens, murmure léger d’âmes souriantes
Sur la poitrine suffocante !

 

Chuchotement d’or des pâquerettes
Autour du puits,
En ce jour inconcevable !

Âme,
Le Christ a ressuscité !
Il a vraiment ressuscité,
Ô Âme !

 

A Nouakchott, ce jour de Pâques, le 20 avril 2003, 21h.

ENGLISH : 

Easter

« But Mary stood without at the sepulchre weeping : and as she wept, she stooped down and
looked
into the sepulchre and seeth two angels in white sitting, the one at the head, and the
other at the feet, where the body of Jesus had lain. And they say unto her, Woman, why
weepest thou?”

            John XX 11-13

 

The incessant blue skies beating down,
the Holy Book inside the spirit,

 

my heart, my sacred love and the sea,
my soul living gloriously in the moment,
my tears which have sighted eternity and want to gasp it!

And this feverishness of pure plenitude
in the chalice of the Life that can’t be broken!

 

It is thus that speak, in there absolute exaltation,
the Church Fathers,
the high mystics of the Christian faith -
armillary astrolabes of divine splendour,
their pupils impervious to the seduction of death!

 

Easter!

 

And this poignant ball of flame in my throat
and this infinite solitude of my bloodless room
and this secret despair which covers with frozen snow
the burgeoning buds of spring!

Silence, this master of a vast audience,
is conniving with violet fear and grief,
to dress the seraphic ardour of my hand
with wilted flowers and funeral satin.

 

But, O my soul what is there for me in the end?
Now that Time is indifferent
and man passes man on the way to death,

now that other bodies outlive his body,
now that the waters of my heart shows me,
at the heart of water, the most dazzling of living stars?

 

 

 

And you, what will you do, angels dressed in white
in the tomb empty of meaning
about the meaning which flees my words?

 

Easter!

 

And this burning sadness in my veins!

 

No! Let my eager lips smile,
as I climb the universal bright ladder,
my lips, where the unloosed sound of so many repeating dreams
and the immortal light of so much hope
flows with the light of so many faces loved with passion!

Lord! Why this sadness
at the feet of the breaking day?
Why this fluttering in the small sweet branches
of my blood? This tears,
this vague grief tirelessly knocking against
my innocent temples?

 

Lord!
Say nothing,

Lord,
let your goodness flow beyond syllables!
Say nothing!
I understand all you want reveal,
all that your eyes are striving to say
beyond sound and word!

 

Why this tears that won’t let me pass through
on this day of perpetual joy?
Why?

 

Come, O breeze, stroke my face
with your consoling hand!
Come, faint murmur of smiling souls
climb onto my suffocating breast!

 
Golden whispering of daisies
around the well
on this day beyond conception!

My soul,
Christ has risen!
He has risen indeed,
O my soul!

Nouakchott, Easter Day, 20 April 2003, 9 p.m.

 

Translated from the French of Athanase Vantchev de Thracy by Norton Hodges