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ŒNONE ET PÂRIS (français)

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ŒNONE ET PÂRIS

 

« Quae satis apta tibi tam juste, Nympha, querenti »

 (Ô Nymphe, que puis-je opposer à tes justes plaintes ? »)

 

            Aulus Sabinus

 

Au Sud, tout est chaleur

Et parfum de mimosas !

Le matin léger, les roses splendides

Dans leur paisible virginité !

 

Au fond de l’aube, une voix ne cesse de chanter

Telle une source prise

Dans le vertige de son jaillissement !

 

J’ouvre la fenêtre,

Comme il est rose et souriant

L’air devant la maison !

 

Quelqu’un frappe à la porte :

Ce sont mes mésanges, mes amies d’hiver !

Elles sont venues me saluer

Et me dire leur amour !

 

C’est avec la lumière de l’été

Et le parfum des capucines

Qu’elles ont appris l’art d’aimer !

 

Au Sud, tout est chaleur

Et parfum de mimosas !

 

Univers enchanté, pur, enthousiaste,

Chant total ordonné dans ses plus minces détails !

 

Il soutient, généreux,  les jeunes branches des figuiers

Et la fragile architecture de mon poème

Faite de syllabes finement sculptées,

De mots articulés comme les arches d’une cathédrale !

 

Mots et syllabes

Qui gardent encore un peu de l’eau fraîche de la nuit

Dans leur grâce et leurs voix si sonores !

 

Eternité mouvante qui vient frapper à ma porte !

Heures qui ne veulent pas refermer l’histoire

D’OEnone et Pâris,

Et tiennent encore dans leur main,

Le visage enflammé de sang,

Le graphium !

 

Vie qui ne s’arrête jamais !

Mort qui ne veut pas mourir !

 

            Athanase Vantchev de Thracy

 

Paris, le 13 février 2008

Glose :

Œnone et Pâris : Œnone était la fille du dieu-fleuve Cébran qui coulait au pied du mont Ida, près de Troie, en Phrygie (ancien royaume qui se trouvait sur le territoire de la Turquie d’aujourd’hui). Rhéa, la Titanide, femme de Cronos, lui avait conféré le don de prophétie et Apollon, qui l'avait courtisée sans succès, lui avait appris l'art de soigner avec des simples.

Alexandre (Pâris), qui avait été exposé, c’est-à-dire abandonné sur le mont Ida lors de sa naissance, était devenu un beau jeune homme; il gardait le troupeau de moutons de son père adoptif, le berger Agélaos, et le défendait contre les voleurs et les bêtes sauvages. C'est à cette époque qu'il fut surnommé « Alexandre » (protecteur des hommes). Lorsqu'il vit la jolie nymphe, il en tomba immédiatement amoureux.

N'écoutant que la folle ardeur de sa jeunesse, il enleva Œnone à son père, l’emmena sur l’Ida où se trouvaient ses étables, et la prit pour épouse. Il se montrait très affectueux à son égard, et lui jurait que jamais il ne l’abandonnerait et qu’il l’honorerait toujours plus.

La nymphe lui expliquait que même s'il l'aimait très fort actuellement, viendrait le jour où il l'abandonnerait pour s'enfuir avec une étrangère qui serait la cause d'une effroyable guerre pendant laquelle il serait gravement blessé. Personne d’autre à part elle-même ne serait capable de le guérir. Mais il ne l'écoutait pas et préférait lui clore la bouche d'un baiser.
Le temps passa. Lors de sa participation aux jeux funestes, Pâris fut reconnu par sa famille et à partir de là les prédictions d'Œnone se réalisèrent. Il tomba amoureux d’Hélène qu'il enleva et épousa. Puis il dut participer à la guerre de Troie.

Dans la mythologie grecque, Pâris, en grec ancien Πάρις / Páris) était un prince troyen, le second fils du roi Priam de Troie et d’Hécube.  Alors qu'elle le portait, sa mère Hécube rêva qu'elle donnait naissance à un brandon enflammé qui mettait le feu à la ville. Un devin prédit également qu'il causerait la ruine de Troie. À cause de ce présage, Priam chargea son serviteur Agélas de tuer l'enfant. C’est ainsi que Pâris fut exposé sur le mont Ida de Troade.  

Œnone, pleine de rancœur, retourna chez son père pour élever le fils qu'elle avait eu d'Alexandre selon le poète Céphalon de Gergitha : « De l’union d’Œnone et d’Alexandre naquit un fils, Corythos. Ce dernier, devenu l’allié des Troyens, tomba amoureux d’Hélène ; elle le traitait avec beaucoup d’amour, parce qu’il était vraiment très beau. Son père, l’ayant découvert, le tua. »

Pâris fut blessé, exactement comme l'avait prévu Œnone, par une flèche d’Héraclès que lui décocha Philoctète. Il fut amené devant le fameux médecin Podalirios,  fils d'Asclépios et d'Epioné, qui se déclara incapable de soigner la blessure empoisonnée. Alors il se souvint des paroles de sa première épouse : « tu seras blessé et je serai la seule à pouvoir te guérir. » Selon les différents auteurs, il alla la voir sur le mont Ida ou lui dépêcha un messager pour lui demander d'oublier le passé, car il se considérait lui-même comme la victime des dieux, et de le soigner. Mais dans tous les cas, la Nymphe refusa de le soigner et lui fit répondre qu'il n'avait qu'à s'adresser à Hélène. Puis, prise de remords tardifs, elle partit pour Troie avec tous ses remèdes. Hélas, elle arriva trop tard pour le sauver.

De désespoir, elle se suicida. Ici aussi sa fin est différente selon les auteurs. Pour Apollodore, elle se pendit en voyant le corps sans vie de son époux. Pour Quintus de Smyrne, elle se fit brûler sur le bûcher de son époux allumé par les bergers pour honorer leur ami et leur roi.

Aulus Sabinus : poète latin, ami d’Ovide. Il vécut au temps de l’empereur Auguste.

Graphium : mot latin, du grec  grafion / γραφίον. Poinçon pour écrire sur la cire.