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Ô FEMME POETES DE LA DIVINE RENAISSANCE (français)

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Ô FEMME POETES DE LA DIVINE RENAISSANCE

A Audrey Baschet

« Come dir qual nel cor aggio disio ?
di che letizia io l’abbia ingombro e pieno? »

(« Et comment exprimer l’attente de mon cœur,
la débordante plénitude de sa joie ? »)

            Gaspara Stampa 

 

Ô vous, princesses des dieux,

Gracieuses diseuses de musique,

Vous qui vous êtes avancées,

Sourdement bouleversées et tremblantes,

Dans la beauté de la langue

Par le corps !

 

Pernette du Guillet,

            Louise Labé,

                        Gaspara Stampa !...

 

Vous qui avez marché

Sur les grimpants sentiers

De l’inassouvie mémoire,

Plus enfiévrées que les lyriques vierges

De l’enthousiaste Laodicée!

 

Vous, sœurs ardentes

De Wallada bint al-Mustakfil

De Cordoue !

 

Âme, cette vibration eurythmique

Entre les mots, ces cieux justes

Dans chaque vers,

La suave confession de la lumière

Et les noces perpétuelles de la vie

Avec la mort !

 

Comme sont chères à mon cœur

La musique de vos cœurs théophiles,

L’immédiate évocation de l’amour,

La douce nudité de vos chants !

 

J’aime cette vaste, cette confiance absolue

En la puissante splendeur des sentiments,

L’éclat celé de vos âmes !

 

J’aime la douloureuse tristesse

De vos mélodies,

Vos mains arc-boutées

Sur le destin !

 

Vous, femmes poètes de toujours,

Levain de l’aube,

Arbre d’alliance des cœurs purs !

 

            Athanase Vantchev de Thracy

Paris, le 12 juin 2010

Glose :

Pernette du Guillet Pernette du Guillet (vers 1520-1545) : poétesse française. Elle naquit dans une famille noble et épousa en 1538 un du Guillet. Elle rencontra le poète Maurice Scève au printemps 1536. Scève avait trente-cinq ans et elle seize. Pernette devint son élève. Leur amour impossible a été la source d'inspiration de ses poèmes, publiés post-mortem par son mari en 1545 sous le titre Rymes de gentille et vertueuse dame, Pernette du Guillet. La plupart de ses vers ont été écrits pour être mis en musique et chantés. Quant à Maurice Scève il publia Délie, un recueil de poèmes qu'il lui dédia sans la nommer.

Louise Labé (1524-1566) : poétesse française. Née Louise Charly. Elle fut surnommée « La Belle Cordière. Louise fait partie des poètes en activité à Lyon pendant la Renaissance. Elle était la femme de Perin, riche marchand de cordes, qui possédait plusieurs maisons à Lyon. Louise trouva dans la fortune de son mari un moyen de satisfaire sa passion pour les lettres. Dans un temps où les livres étaient rares et précieux, elle eut une bibliothèque composée des meilleurs ouvrages grecs, latins, italiens, espagnols et français. Elle possédait des jardins spacieux près de la place Bellecour où elle pratiquait l'équitation, sans toutefois monter son cheval en amazone.

Avec Maurice Scève et Pernette du Guillet, Louise Labé appartient au groupe dit « école lyonnaise », bien que ces poètes n'aient jamais constitué une école au sens où la Pléiade en était une. La lecture de ses œuvres confirme qu'elle a collaboré avec ses contemporains, notamment Olivier de Magny et Jacques Pelletier du Mans, autour de l'atelier de l'imprimeur Jean de Tournes.

Elle écrivit des poèmes à une époque où la production poétique était intense. La poésie française se donna alors des bases théoriques avec Du Bellay (Défense et illustration de la langue française, 1549) et se mit en place avec Ronsard, Olivier de Magny, Pontus de Tyard, et d'autres, suivant le modèle de Pétrarque et d'auteurs anciens tels que Catulle et Horace, ou contre eux. Chez Louise Labé, on remarque l'influence d'Ovide, qu'elle connaît bien, qu'il s'agisse des Métamorphoses ou des œuvres élégiaques. En particulier, ses élégies paraissent influencées par les Héroïde de l’auteur romain.

L'œuvre de Louise Labé, très mince en volume (662 vers), se compose d'un Débat de Folie et d'Amour (dans lequel Jean de La Fontaine a trouvé le sujet de l'une de ses fables), de trois Élégies et de vingt-quatre sonnets, lesquels expriment les tourments féminins de la passion.

Gaspara Stampa (1523-1554) : considéré comme la plus grande poétesse italienne de la Renaissance. Née à Padoue, Gaspara Stampa, vénitienne par sa mère, est de noble descendance milanaise par son père. À la mort de Bartolomeo, son père, joaillier de profession, Gaspara Stampa s’installa à Venise où elle vécut jusqu’à la fin de ses jours.

D’excellente formation humaniste, Gaspara excellait, ainsi que sa sœur Cassandra, dans la pratique du luth et de la poésie. Toutes deux exercèrent leurs talents en interprétant les poèmes de Pétrarque dont elles chantaient les vers. Noël 1548, Gaspara fit la connaissance du comte Collaltino di Collalto, pour qui elle s’éprit d’une passion violente. Mais son amant, ardent militaire au service du roi Henri, quitta l’Italie pour la France. Les absences réitérées et la froideur grandissante de Collaltino inspirèrent à l’amante délaissée et languissante ses plus beaux poèmes d’amour. Gaspara se consuma et mourut prématurément le 23 avril 1554, à l’âge de 31 ans.

La France a donné de très grandes poétesses femmes de cette époque : Marie de Clèves (1426-1487), Marguerite de Navarre (1492-1549), Catherine d’Amboise (?-1550).

Laodicée (aujourd’hui Latakieh en Syrie) : c’est la Laodicea ad mare des Romains. Ville ainsi nommée par Séleucos ou Séleucus Ier Nicator (Σέλευκος Νικάτωρ / Seleukos Nikatôr (« le Vainqueur ») – (305-280 av. J.-C.), roi de Syrie, en l’honneur de sa mère Laodice. Site auparavant d’Ugarit, la cité d’invention de l’écriture en alphabet par les Phéniciens.

Wallada bint al-Mustakfi (en arabe ولادة بنت المستكف) (Cordoue, 994 - id. 26 mars 1091), célèbre poétesse andalouse, princesse, fille de Muhammad al-Mustakfi Billah Muhammad III (976-1025), dernier calife omeyyade de Cordoue. Son enfance et sa jeunesse se passèrent dans une période de troubles et guerre civile en al-Andalus, qui survinrent après la mort du grand vizir Almanzor en 1002 et qui marquèrent l’agonie du Califat de Cordoue. Son père fut assassiné en 1025 à Uclès, ne laissant derrière lui aucun héritier mâle, ce qui ne fit qu’encourager chaque Wali à se proclamer émir, et ouvrir ainsi la première période des taïfas.

Wallada semble n'avoir subi aucune mesure répressive à l'avènement de la dynastie des Bani Jawhar à Cordoue. Elle a gardé son statut de princesse et a continué comme auparavant à organiser chez elle des salons littéraires "Majaliss Al Adab", où se rencontraient poètes, philosophes et artistes. Elle s’est consacrée également à instruction des filles de bonne famille.

Sa poésie est reconnue aussi fine et douce qu'elle l'était elle-même. D'après les récits historiques, elle portait une robe sur laquelle étaient brodés en or des vers d’amour. Elle prenait part aux joutes de poésie en exprimant ses sentiments avec une grande liberté et audace, ce qui lui a valu de nombreuses et dures critiques. Elle a aussi eu d’ardent défenseurs de son honnêteté, comme Ibn Hazm (994-1064), auteur du merveilleux Collier de la colombe, et le vizir Ibn Abdus, son éternel protecteur, apparemment resté à son côté jusqu'à son décès.

 

 

 

 

 

 

 

 

Mis à jour ( Jeudi, 15 Juillet 2010 15:09 )