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NEZÂMÎ (français)

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NEZÂMÎ

A mon grand-père maternel Athanase Roussinoff

 

Tu es la lumière, le raffinement extrême,

Le savoir caché au fond du savoir,

L’âme faite précision, l’œil plein de la gloire

Des âmes illuminées par la Clarté suprême.

 

Tu dis et aussitôt le monde devient splendeur,

Ether munificent où voguent, vêtus de fastes,

Les êtres et les choses et les pensées plus vastes

Que ce printemps fougueux dans sa sublime grandeur.

 

Tu es l’amour saignant changé en floraisons

De mots enluminés, de strophes ambrosiaques,

La grâce subtile du cœur, le chant du Zodiaque,

 

Le Livre des tendresses, l’essence de l’oraison.

Je t’aime, ami des roses, seigneur des Cinq Trésors,

Voix où mille voix exaltent le monde sonore!

 

            Athanase Vantchev de Thracy

Paris, le 19 juin 2006

Glose :

Nezâmî ou Nizâmî (Gandjeh dans le Caucase – actuelle République d’Azerbaïdjan – vers 1140 – id. 1206) : un des plus grands poètes persans de tous les temps. Son nom complet était Nezâm al-Dîn Abû Mohammad Ilyas ibn Yusûf Nezâmî. Sa biographie est très mal connue. On sait que sa mère Ra’iseh était persane, qu’il resta orphelin très jeune et qu’un oncle lui donna une éducation soignée, en même temps qu’à Mohammad Qevvâmî Gandjevî Motarrezî qui était son cousin ou son frère et qui, mort vers 1203 ou 1204, a laissé un poème traitant des figures rhétoriques de la poésie persane et quelques autres vers. Il s’agissait donc d’une famille de lettrés. Nezâmî, qui connaissait bien l’arabe, semble avoir voyagé dans sa jeunesse et c’est peut-être à Bagdad qu’il se serait familiarisé avec la littérature arabe dite d’adab.

Nezâmî contracta trois mariages successifs et c’est de l’un d’eux que naquit Mohammad, ce fils qu’il chérissait beaucoup et qu’il évoqua souvent dans son œuvre. Il subit l’influence de la doctrine echrâqî ou « de l’illumination » prêchée par le philosophe et mystique soufi Chehâb al-Dîn Yahyâ Sohrawardî (Sohraward 1156 – Alep 1191) dans son ouvrage fondamental Théosophie de l’Orient (Hikmat al-Ishrâq).

Nezâmî est surtout célèbre par ses Cinq Poèmes (Khamseh, littéralement « ensemble de cinq ») ou Cinq Trésors (Pandj Gandj) composés de cinq masnavis (poèmes didactiques). Ses œuvres furent illustrées par les plus grands peintres et calligraphes persans : Rezâ (1565-1635), appelé Rezâ ‘Abbâsî en l’honneur de son royal patron ‘Abbas le Grand qui régna sur la Perse de 1588 à 1629 ; ‘Ali-Rezâ ‘Abbâsî Tabrizî ; Mir ‘Ali Haravî ; Châh Qâzem Kateb ; Behzâd (XVe siècle), le maître incontesté de l’école de peinture et de calligraphie timouride ; Mohhamad Moqim, Sâdeki Bêg Afchâr (1533/34- 1612), etc. Les premières illustrations de l’œuvre de Nezâmî datent de 1318 ap. J.-C.

Nezâmî  partage son immense gloire avec un autre grand poète épique persan, Abû al-Qâsim Mansûr ibn Hasan Firdowsî ou Firdawsî ou encore Ferdoussi (Bâj, district de Tabarân vers 940 – id. 1020). Vers la quarantaine, Ferdowsi débuta la composition d'un immense poème épique : le Livre des Rois (Shâhnâmeh). Il reprit le projet du poète Abû Mansur Muhammad Ibn Ahmad Daqiqi (935 / 942 - 976 / 980) qu'il réorganisa et enrichit considérablement. Ferdowsi décida de faire hommage de son Livre des Rois au sultan Mahmud de Ghazni qui dominait l'Asie occidentale. On dit que le sultan comprit tardivement l'importance de l’œuvre du poète. Quand, vers 1020, la caravane de récompenses et de cadeaux arriva à la ville où Ferdowsi habitait, on venait de l'enterrer.