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MITIS UT COLOMBA (français / anglais)

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MITIS UT COLOMBA

(doux comme la colombe)

A Alain Santacreu 

 

« Dextera Domini fecit virtutem,

 dextera Domini exaltavit me :

 non moriar, sed vivam,

 ed narrabo opera Domini »

 

(La droite du Seigneur a manifesté sa puissance ;

La droite du Seigneur m’a élevé :

Je ne mourrais pas, mais je vivrai,

Et je raconterai les œuvres du Seigneur)

 

          Messe, Le IIIe dimanche après l’Epiphanie

 

Comme sont pleines de poésie

Les descriptions des armes

De toutes ces antiques familles

Qui firent la splendeur de la France,

Ah, mon cher Alain !

Je ne t’en citerai que trois

Pour rendre rêveuse ta pensée

Et illuminé de bonheur nobiliaire

Ton cœur ardemment généreux :

 

« D’azur à une fleur de lis d’or et

une fasce de gueules brochant sur le tout,

chargé à dextre d’un croissant d’argent cantonné,

Et à senestre d’un soleil d’or »

 

Telles sont, cher Alain, les armes

Du marquis Ripert d’Alauzier.

 

« De gueules  au chevron d’or, accompagné

De trois roses d’argent »

 

Telles, mon Ami, de Reynaud, comte de Montlosier !

 

« De gueules, à la fasce cousue d’azur,

chargée de trois besants d’or, accompagnée

de trois croix ancrées d’argent »

 

(Ce sont les armes de Ribaut de Laugardière,

du Mesnil, de l’Isle, noble famille originaire de Normandie,

où elle avait, au XVe siècle, le château du Mesnil,

baillage de Gisor, fief de Plainet-Armet

  

à hommage du roi ; en 1607, le château

du Mesnil-Saint-Jore, près Rouen, et,

en 1755, le fief de Laugardière, près Beaupréau.)

 

Je lis tout cela et je sens s’approcher de mon cœur

Les ressacs lumineux des mots héraldiques,

Les armées cuirassées des gestes des hauts croisés,

J’entends rugir le fleuve du temps nu

Et résonner les cliquetis des éperons d’or !

 

Ô aimable prévenance des mots oubliés !

Ô paroles qui éclairent de leur beauté innocente !

Ô belles paroles de notre langue surélevée,

De notre princière, de notre fleurdelisée

Langue française :

Honneur, dignité, estime,

Dévotion, vénération, décence,

Hommage, ovation et triomphe,

Honnêteté, conscience, droiture,

Dignité, exactitude, fidélité,

Franchise, intégrité, loyauté,

Netteté, probité, sacrifice,

Délicatesse, distinction, politesse,

Pudeur, pureté et sagesse !

 

Ces mots saintement glorieux,

Vertueux, auguste, vénérable !

Ces mots sacrés, mon cher Alain,

Lumière palpitante devenue matière sonore,

Ces mots martyrs sacramentels

Qui cueillent la clarté des fruits,

La splendeur des visages, la miséricorde des mains

Et l’angélique charité des champs de blé

Pour les transformer en offrande !

 

Ah, mon cœur, qu’es-tu ? Existes-tu

En dehors de cette transparence de la langue,

En dehors de ce mouvement extatique

Qui mène à la sublime

Perfection ?

 

Ami, je ne veux, non, mon âme ne veut

D’une vie éparpillée

En mille petites misérables éternités

De brève jouissance !

 

Que faire? Nous, errant jetés au milieu du monde

Jusqu’à la perte ?

Que faire, vous, moi, poètes que tout émerveille ?

Il ne nous reste que nous oublier dans l’amour,

Nous oublier totalement, nous ouvrir au fond ultime du ciel,

A l’extrême racine de l’existence !

 

Vivre, la grâce indicible

De rencontrer les choses dans leur pure virginité,

Au moment où elle renaisse de leur origine même.

 

N’ être que des voix qui chantent l’être des choses,

De toute chose, même en sachant, cher Alain,

Au Logos divin, révélé et indéchiffrable,

Tout empli de grâce et de vérité !

 

Qu’importe, Ami ?

Nous aimons, nous espérons,

Nous seront toujours lumière !

 

         Athanase Vantchev de Thracy

Glose :

Mitis ut colomba : doux comme la colombe. Devise du marquis Ripert d’Alauzier.

Azur (n.m.) : de l’arabe classique, lâzaward, lui-même emprunté au persan – lapis-lazuli. Terme de blason : le bleu, l’un des neuf émaux des armoiries. Les neuf émaux du blason comprennent sept couleurs et deux métaux :

Les couleur : 1. azur = bleu ; 2. gueules : rouge ; 3. sable : noir ; 4. sinople : vert ; 5. pourpre : rouge foncé tirant sur le violet ; 6.orangé ; 7. tanné : d’une couleur brun clair, brun-roux. Tan (n.m.) : du gaulois tann, « chêne ». Ecorce de chêne pulvérisée, utilisée pour la préparation des cuirs.

Les métaux : 1.or ; 2. argent.

Les figures du blason sont : 

  1. Les émaux (voir supra)
  2. Les partitions (les quatre partitions principales sont : coupé, parti, tranché, taillé / rebattements des partitions héraldiques principales : coupé, parti, tranché, taillé, fascé, burelé, bandé, coticé en bande, palé, vergeté, barré, coticé en barre / superposition des partitions principales : coupé et parti, écartelé, tranché et taillé, écartelé en sautoir, écartelé et sautoir, gironné, gironné de six pièces, gironné de dix pièces / les menues partitions : fascé et palé, échiqueté, billeté, bandé et barré, losangé, fuselé, fuselé posé en bande, endenté.
  3. Les fourrures (les fourrures sont : vair, contre-vair, gros-vair ou beffroi, menu-vair, vairé d’or ou de gueules, hermine, contre-hermine, erminois, pean, d’azur herminé d’or, d’or herminé de gueules) 
  4. La croix (croix écartelé, croix gironnée, croix de Saint-André, croix alésée, croix latine ou haussée, croix double ou de Lorraine, croix patriarcale, croix triple ou papale, croix pattée, croix aux extrémités pattée, croix pattée alésée, croix potencée, croix de Jérusalem, croix rosetée alésée, croix de Malte, croix fleurdelisée, croix de Toulouse, croix à huit pointes, croix celtique, croix ansée ou égyptienne)
  5. Les animaux (lion rampant, léopard, lion passant, léopard lionné, lion regardant, aigle, aigle bicéphale, aigle tricéphale, etc. ; les animaux fabuleux : dragons, licornes, griffons, basilics ; les animaux quadrupèdes : loups, ours, sangliers, taureaux, éléphants, chevaux, béliers, etc.)
  6. Les végétaux : la rose à cinq pétale (qui revêt la forme de l’églantine), la rose Tudor, le chardon d’Ecosse, le trèfle irlandais ; la réunion des trois symboles : la rose Tudor, le chardon d’Ecosse, le trèfle irlandais.

Fasce (n.f.) : du latin fascia, « bandelette ». Terme de blason : pièce honorable qui coupe l’écu horizontalement par le milieu et en occupe le tiers. Burelle (n.f.) : fasce rétrécie sur un blason. Honorable (adj.) : digne, estimable, respectable. Qui honore, qui attire la considération, le respect, ou sauvegarde l’honneur, la dignité.

Gueules (n.m.) : pluriel de gueule, du latin classique gula, « gosier, bouche ». Au Moyen Âge, petits morceaux de fourrure découpés dans la peau du gosier de l’animal et servant d’ornement. Terme de blason : la couleur rouge de l’écu.

Brocher (verbe) : de  broche, du latin populaire brocca, féminin de broccus, « saillant ». Instrument, pièce à tige pointue. Eperonner. Composer, rédiger à la hâte, sans soin (bâcler). Tisser en entremêlant sur le fond des fils de soie, d’argent et d’or, de manière à former des dessins en relief. 

Brochant sur le tout : en plus, de surcroît.

A dextre : à droite.

A senestre : à gauche.

Cantonner (verbe) : de canton, mot provençal qui signifie « coin, angle ». Etablir : faire séjourner des troupes en un lieu déterminer. Camper. Terme d’architecture : garnir dans les coins : Tour cantonnée de clochetons. Reléguer. Croissant d’argent cantonné : relégué dans un coin.

Chevron (n.m.) : du latin classique capra, chèvre. Pièce de bois équarrie sur laquelle on fixe des lattes qui soutiennent la toiture. Terme de blason : pièce honorable en forme de « V » renversé.

Besant (n.m.) du latin byzantium, monnaie byzantine d’or et d’argent répandue au temps des croisades. Figure circulaire d’or et d’argent.

A la fasce cousue d’azur : pièce honorable cousue - appliquée émail sur émail ou métal sur métal.

Ancrer (verbe) : de ancre, mot latin : ancora. Retenir un navire en jetant l’ancre. Enraciner, implanter. Trois croix ancrées d’argent : bien implantées.

 

ENGLISH

MITIS UT COLOMBA

  (gentle as a dove)

 

Dextera Domini fecit virtutem,
dextera Domini exaltavit me :
non moriar, sed vivam,
ed narrabo opera Domini’
 

(The right hand of the Lord has shown its power :
the right hand of the Lord has lifted me:
I will not die, rather I will live
and will recount the works of the Lord.)


        Mass of the Third Sunday after Epiphany

 

How full of poetry they are,
the heraldic descriptions
of all those ancient families
which created France’s glory.

Ah, my dear Alain! 

I will quote just three
to send you into a reverie
and light up your passionately generous heart
with the happy glow shed by nobility:

Azure with a fleur de lys or and
a fess of gules,
charged dexter with a crescent argent cantonné
and sinister a sun or.’
 

This, my dear Alain, is the coat of arms
of the Marquis Ripert d’Alauzir. 

‘Gules a gold chevron and
three roses argent.’

And this, my friend, that of Reynaud, Count of Montlosier! 

‘Gules a fess azur semé,
charged with three besants or and
three anchored crosses argent.’

(This is the coat of arms of Ribaut de Laugardière,
du Mesnil, de l’Isle, a noble family from Normandy,
which in the 15th century, held the château of Mesnil,
the bailiwick of Gisor, the fiefdom of Plainet-Armet
in tribute to the King; in 1607 they held the château
of Mesnil-Saint-Jore, near Rouen, and,
in 1755, the fiefdom of Laugardière, near Beaupréau.) 

I read all this and I feel flowing towards my heart
the radiant undertows of heraldic words,
the armoured batallions commanded by the high-born,
I hear the river of naked time roar
and I hear the clink of golden spurs! 

O kind considerate words!
O words which cast light with their innocent beauty!
O lovely words of our elevated,
princely, fleur de lys strewn
French language:

Honour, dignity, esteem,
devoutness, veneration, decency,
respect, praise and triumph,
honesty, conscience, uprightness,
dignity, correctness, fidelity,
frankness, integrity, loyalty,
propriety, probity, sacrifice,
tact, distinction, politeness,
modesty, purity and wisdom!

This holy glorious words,
virtuous, august, venerable!
These sacred words, my dear Alain,
pulsing light become resonant matter,
these sacramental martyred words
which gather bright fruits,
the splendour of faces, the mercy of hands
and the angelic charity of wheatfields
so as to transform them into an offertory!

Ah, my heart, what are you do? Do you exist
outside this transparency of language,
outside this ecstatic movement
which leads to sublime
perfection?

My friend, I don’t want, no, my soul doesn’t want
a life fragmented
into a thousand miserable little eternities
of passing pleasure!

What can we do? We who wonder unloosed in the middle of the crowd
until we die?
What can we do, you or I, poets amazed by everything?
The only thing left to us is to lose ourselves in love,
to forget ourselves totally, open ourselves to the ultimate depth of the sky,
to the deepest ground of human existence!

We can live, meeting with unutterable grace
things in their untouched purity
as they spring up again from their primordial origin.

We can be those whose only task is to sing the Being of things,
of all things, even as we know, dear Alain,
the divine Logos, which is revealed and can’t be deconstructed,
which is full of grace and truth!

What does it matter, my Friend?
We love, we hope,
we will always be light!

Translated from the French by Norton Hodges