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METAMORPHOSE (français)

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METAMORPHOSE

A Patrice de la Tour du Pin

« Souviens-toi de moi, Vie »

            Hilda Hilst

 

I.

 

Si belle est la nuit de mai !

Si pleine de l’esprit aérien des parfums !

 

Tu bats, mon cœur solitaire,

Mon cœur ouvert

Sur l’imperceptible révolution des étoiles.

 

Toutes ces choses extérieures

Dans mes pensées. Tout cet univers muet

Dans les frémissements des doigts !

 

Ô toutes ces latitudes, toutes ces longitudes

Du vertige ! Temps antérieur,

Eternel recommencement de tout dans le tout!

Perpétuelles métamorphoses de l’amour !

 

II.

 

Anthuriums rouges

De l’indéfectible syntaxe des sentiments,

Celle qui tresse les mots en guirlandes de purs sens,

Celle qui marie subtilement les objets vibrants

Et les concepts vaporeux !

 

Les mots qui font pousser leurs racines dans le sang

Et dans la chose et dans le regard qui contemple la chose 

Avec cette dramatique fébrilité

Qui rend possible la langue poétique !

 

III.

 

Vis, palpite, résiste, ô main,

Résiste pour la gloire des écrits,

Pour l’heure ardente de la venue de la Muse !

 

Main qui ouvre les armoires anciennes

Pour y ranger les plus beaux souvenirs

De notre âme !

 

IV.

 

Choisir une heure qui palpite !

Mais toutes les heures palpitent

Et plus que blanc est le visage de chacune d’elle !

 

Elles, incomparable unité du temps tout entier !

Elles qui réunissent les fleurs modestes de chaque seconde

Pour en faire le bouquet multicolore

De la table dominicale !

 

V.

 

Nuit de mai ! Nuit translucide !

Et cette chanson polyglotte des arbres !

Et ce couloir du temps qui mène à la mort,

Je veux l’ignorer cette nuit

De toutes les hautes transparences !

 

Ô feuilles, chantez bas, respectez ma douleur,

Vous savez combien j’aime la poétique

Des épiphanies de la lumière !

 

VI.

 

Âme, ignore cette nuit

Les visions crépusculaires du monde,

L’opaque écoulement du chagrin,

La vitesse impalpable de l’obscurité !

 

VII.

 

O métamorphoses de l’âme !

 

Je veux tant croire à la joie ultime

De ceux qui nous reviennent de loin,

De très loin,

Des entrailles terrestres de notre cœur,

Des pleurs anciens oubliés

Changés brusquement

En attendrissement

Irréversible !

 

            Athanase Vantchev de Thracy

Paris, le 15 mai 2007

Glose :

Patrice de la Tour de Pin (1911-1975) : poète français. A l’âge de 19 ans, il publia, grâce à Jules Supervielle, son premier recueil de poésies Quête de joie dans la Nouvelle Revue Française. Puis parurent aux Editions de Mirages, dirigées par Armand Guibert, L'Enfer (1935) et Le Lucernaire (1936). Il commença aussi à publier des poèmes qu'il rassembla plus tard en la Somme de poésie : Le Don de la Passion (1937) dans les Cahiers des poètes catholiques, les Psaumes (1938) chez Gallimard, La Vie recluse en poésie  (1938) chez Plon, Les Anges (1939) chez Monomotapa á Tunis, etc.

Pendant la Seconde Guerre mondiale, il fut fait prisonnier dès le 17 octobre 1939. Il resta en Allemagne trois ans. À son retour, il épousa sa cousine Anne de Bernis, et continua à publier la Somme de poésie.

Après la guerre, il vécut avec sa femme et ses quatre filles au Bignon. Il continua à travailler discrètement sur la Somme qui ne sera publié dans son entier en trois volumes qu'en 1981-1983. Il s'installa en 1963 à Paris où il publia le Petit Théâtre crépusculaire, le début du troisième tome de la Somme de poésie.

Hilda Hilst (1930-2004) : poète, écrivain et dramaturge brésilienne. Depuis 1963, cette femme extraordinairement talentueuse, vivait à Campanas, Etat de São Paulo, où elle est morte le 4 février 2004. Ses manuscrits sont conservés au Centro de Documentação Cultural Alexandre Eulalio (CEDAE) de l’Universidade Estadual de Campinas (UNICAMP). Son institution, à Campinas, s’appelle Instituição Hilda Hilst – Casa do Sol Viva, dont le directeur est l’écrivain José Luis Mora Fuentes. C’est un auteur d’une œuvre d’une ampleur et d’une diversité rare : elle a publié une vingtaine de recueils de poésies, des essais, des romans, des pièces de théâtre, des chroniques.

Anthurium (n.m.) : plante de la famille des Aracées, d'origine tropicale.