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MES HÔTES DIVINS (français)

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MES HÔTES DIVINS

« This is thy hour O Soul »

("C’est ton heure, ô Âme") 

         Walt Whitman (1819-1892),

         A Clear Midnight

 

“ Intelligence, donne-moi le nom exact des choses”   

           Juan Ramon Jiménez (1881-1957)

 

Catulle, Longfellow et Jiménez sont ce soir,
Ô âme aimée,
Mes tendres invités ! Compagnons suaves
De toute ma faste, de toute mon insondable solitude !

Ô âme aimée, ils sont là, penchés tout près du cœur !
Comme leur silhouettes, ombres douces, à peine visibles,
Laissent des traces de pure clarté et de parfums légers
Dans cette chambre triste où, par amour pour moi,
Ils sont entrés en franchissant le seuil silencieux ! 

Et voilà que je m’éveille, tremblant,
Entre mon corps le silence exact !

Ô doux Poètes, mes hôtes divins,
Vous m’avez appris l’antique magie des mots,
Les hauts mystères des strophes, la grâce des mètres,
La poésie intérieure des larmes
Et le langage sublime des premiers bourgeons printaniers !

Vous m’avez appris que les jardins, les moineaux, les livres
Sont des choses plus précieux que l’or, plus chers aux dieux
Que les conquêtes des empereurs et des rois !
Que les acacias où chantent les roitelets
Malgré la brume flottante de leurs feuilles fragiles
Et l’ample élégance de leurs grappes de fleurs,
Sont la face divine, la face réelle de toute mon existence !

Parlez-moi, mes hôtes aimés,
Versez vos âmes dans mon âme tremblante !
Parlez ! Laissez-moi boire tout envoûté
Les ruisseaux de vos voix, les renoncules de vos soupirs,
Les pourpres pivoines de vos amours
Et les iris de votre haute foi en l’éternelle jeunesse !

Emu,
J’appuierai ma face contre la blanche clarté de vos poèmes,
Clarté si dure, si dense, si vraie,
Contre vos mots sublimes, suspendus dans l’air crépusculaire
Comme des décors auliques d’une scène romaine !

Paroles,
Paroles qui sonnent dans l’âme comme des sabots de soie,
Paroles
Plus vraies que l’air qui brille,  qui tremble,
Qui luit et qui abreuve le sang !

Ô Paroles,
Fleuves vivants qui comme le temps
Ne reviennent jamais sur leur pas d’iris !

Ô mes hôtes inattendus, comme mon cœur
Se tend vers vos lèvres justes, tel un calice
Qui attend le sang ensoleillé de la vigne prodigieuse !

        Athanase Vantchev de Thracy

Paris, ce jeudi 7 avril, Anno Christi 2005

Glose :

Walter (dit Walt) Whitman (1819-1892) : poète et journaliste américain. Whitman est le poète d’un livre : Feuilles d’herbe (neuf éditions différentes de 1855 à 1892). Sa vie se confond avec l’histoire de son ouvrage, qu’il ne cessait d’enrichir à chaque édition (la dernière comprend quatre cent onze poèmes). Ayant quitté l’école à onze ans, il fut tour à tour typographe, instituteur, journaliste et enfin infirmier (1862-1865) pendant la guerre de Sécession. Selon J.M. Cox, Whitman est  « le poète de l’amour et de l’union, et en même temps de la mort et de la résurrection ». Il est le prophète de l’homme moderne. Ennemi du matérialisme, persuadé de l’avenir de l’Amérique et du rôle futur du poète, Whitman n’a pas fait mystère de son homosexualité, ce qui a nui à sa réputation jusqu’au XXe siècle.. On lui doit aussi Drum Taps (1865), poème sur la guerre civile, et Passage to India (1871) où il
envisage une vaste synthèse de l’Orient et de l’Occident. Whitman est considéré comme le plus grand et le plus original poète américain.

Catulle (Caius Valerius Catullus – vers 87 av J.-C – vers 54 av. J.-C.) : il est considéré comme le plus grand et le plus original parmi les « poètes nouveaux », imitateur des poètes alexandrins. Les poèmes lyriques inspirés par sa passion pour Lesbie sont considérés comme son chef-d’œuvre. Il a laissé en outre les Noces de Thétis et de Pélée, petite épopée mythologique dans le goût du poète, grammairien et érudit admis à la bibliothèque d’Alexandrie et à la cour des Ptolémées, Callimaque (vers 315 – vers 240 av. J.-C.), et Attis, étrange évocation des rites de la déesse Cybèle. Lesbie : nom poétique que Catulle a donné à sa maîtresse Clodia, femme du proconsul de Cisalpine Q. Metellus Celer (en 62 et 61 av. J.-C.). Le poète la comparaît ainsi implicitement à Sappho, la poétesse et l’amoureuse de l’île de Lesbos.

Henry Wadsworth Longfellow (1807-1882) : poète américain. Après des études à Bowdoin College où il se lia avec Hawthorne, et où, après 1825, il enseigna les langues étrangères, il visita la France, l’Espagne, l’Italie, l’Allemagne, contribuant à répandre en Amérique la culture européenne. Son premier recueil de poésies, Voix de la nuit, parut en 1839. Il fut suivi de Ballades et autres poèmes et  Poèmes sur l’esclavage (1842). L’histoire et le folklore européens et américains lui inspirèrent Le Beffroi de Bruges (1846), Evangéline qui évoque les Acadiens (1847), Hiawatha (1855), poème indien. Après la mort de sa femme Frances Appleon, son inspiration devint plus religieuse. Il traduisit La Divine Comédie de Dante. Quant à sa Divine Tragédie (1871), elle constitue, avec Christus (1872) et la Tragédie de la Nouvelle-Angleterre (1868), l’un des trois volets de La Légende dorée. Longfellow est un
classique du XIXe siècle. Il fut le premier poète américain à vivre de sa plume.

Juan Ramon Jiménez (1881-1957) : poète espagnol. Toute l’œuvre, toute la vie de Jiménez furent vouées à la poésie qu’il considérait comme une « religion immanente », sans credo absolu. Sa première période poétique est fortement influencée par le poète nicaraguayen Ruben Dario (1867-1916) et le symbolisme (Âmes de violettes, Nymphéas – 1900). Dans ses œuvres ultérieures (Sonetos espirituales, 1917), son lyrisme ouvre un monde intérieur de grande richesse. Ses derniers poèmes, plus métaphysiques, sont consacrés à la rencontre avec ce dieu  impersonnel et tant recherché : Dieu désiré et désirant (1949). Prix Nobel de
littérature (1956).