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LUCIDE APRES-MIDI (français / anglais)

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LUCIDE APRES-MIDI

A Davide Sassoli

  

Ami romain, je veux que mon poème
Sois une voie impériale, un voyage lucide
En un lucide après-midi faisant trembler les sens,
Une chaste errance aux sources de la pensée
Qui donne naissance aux mots, au chant, au rythme,
Un haut silence qui  dort au cœur des roses
Sous les caresses de l’air et des pénombres
Et l’affairement limpide des coccinelles !

 

Que ce silence fasse doublement partie
De la musique du Verbe, essence légère
Et pure image du monde,
Comme l’ombre fait partie de la clarté,
Ou comme le jeune visage de l’Ange de l’aube
Appartient au bloc de marbre brut !

 

Je veux que mon poème soit brûlure,
Intense pureté et violence exquise,
Une pleine adhésion aux cicatrices des êtres,
Une union exacte avec leur dense joie,
Une plante robuste battue par les tempêtes
En qui les éléments de l’univers
Ont réussi leur alchimie parfaite.

 

Ainsi, quand la nuit cruelle,
Assaillira mon corps de sa fureur,
Quand, frémissant encore, excoriés
Les cœurs agoniseront dans les ruelles
Des villes sans nom où règne l’affable vide,
Mes mots me protégeront, tels des soldats
D’une légion astrale qui ardemment combat
Les flèches féroces du grand désespoir.

 

Ami romain, je veux que mon poème
Soit l’empreinte saignante du faste visage
D’un dieu antique, ami des étoiles,
Qui marche insouciant sur le semis
Des galaxies et des planètes sans nombre.

 

Ciel de chair, sang vif et souffle neuf,
Un polyptique de Giotto, un palais,
Un Dôme léger conçu par Brunelleschi,
Où choses infimes et mythes impérieux
Vivent dans le temps
Et en dehors du temps !

                        Athanase Vantchev de Thracy

A Paris, ce vendredi 2 juillet 2004

Glose :

Excorier : du latin excoriare, de ex et corium, « cuir, peau ». Ecorcher, érafler, égratigner.

Giotto di Bondone (Colle de Vespigniano, Toscane 1266/7 - 1337 Florence) : peintre, sculpteur et architecte italien. Il fut élève de Cimabue (1240-1302), puis travailla vers 1296-1299 au cycle franciscain de l’église supérieure d’Assise. A Padoue, il décora la chapelle Scrovegni, couvrit de fresques l’église Santa Croce de Florence où il mit en valeur l’utilisation spatiale de la lumière et de la couleur. Il travailla partout en Italie : à Naples, à Milan, à Rome, à Rimini. En 1334, il devint maître d’œuvre des fortifications et du Dôme de Florence, et dirigea les premiers travaux du campanile de Santa Maria del Fiore. Partout il avait formé écoles et disciples (dont Daddi, T. Gaddi) qui réagirent à son influence selon leur tradition locale. Mais, après 1350, le giottisme tendit à une imitation formelle et académique. Giotto, lui, s’il avait appris de Cimabue, Cavallini, Arnolfo di Cambio, Nicola et Giovanni  Pisano, n’avait imité personne. Sa vision moderne de l’espace, sa manière d’individualiser les personnages,  liés dans un réseau de gestes, son sens de la nature et de l’humain, contrastait résolument  avec les conventions de la « manière grecque » et la perception médiévale. Un passage de Dante (Purgatorio) témoigne du rapide succès de ce réalisme. Giotto fut le précurseur de la Renaissance qui commença officiellement en 1401.

Brunelleschi (Filippo di ser Brunellesco, dit Filippo) – (Florence 1377 – id. 1446) : sculpteur et architecte italien. Il reçut une formation d’orfèvre, puis apprit à Rome, en ingénieur et en technicien, la leçon des monuments antiques et, de retour à Florence, se livra à des études de perspective que nous connaissons par L.B.Alberti, G. Manetti, P. del Pozzo Toscanelli (qui les appliqua à la cartographie). La grande coupole du Dôme de Florence, fut le fruit de ses recherches (1420-1436). Dans ses ouvrages religieux ou civils (hôpital des Innocents, ancienne sacristie et église de San Lorenzo, chapelle des Pazzi à Santa Croce, Santa Maria degli Angeli /inachevée/, Santo Spirito, palais du parti Guelfe), il fit régner une grâce exquise régie par le nombre, claire aux sens comme à la raison, dans un parti pris humaniste qui l’unissait, en précurseur, à ses contemporains : Masaccio et Donatello, son ami et son émule en sculpture.

 

ENGLISH :

Lucid Afternoon

For Davide Sassoli

 

My friend from Rome, I want this poem
to be an imperial way, a lucid journey
on a lucid afternoon that makes the senses quiver,
a chaste pilgrimage to the springs of thought
which give birth to words, music, rythm,
a lofty silence sleeping in the hearts of roses
caressed by the air, the half-light
and the limpid bustle of ladybirds.

 

Let this silence be double part of
the music of the Word, weightless essence
and pure image of the wold,
as shadows are part of light,
or like the young face of the Angel of the dawn
that will emerge from a block of uncarved marble !

 

I want this poem to burn,
to be intensely pure and exquisitely violent,
to be the sympathetic miror of other people’s scars,
to fit perfectly with their dense joy,
to be robust plant battered by storms
in which the elements of the universe
have attained there perfect alchemy.

 

Thus, when cruel night
assails my body with his rage,
when, still shuddering, flayed,
hearts lie dying in the alleyways
of nameless towns where the affable Void holds sway,
my words will protect me, like soldiers
of a starry legion passionately fighting against
the fierce arrows of profound despair.

 

My friend from Rome, I want this poem
to be the bloody trace of the favourable face
of ancient god, friend to the stars,
walking carefree over the seedlings
of galaxies and planets without number.

 

Sky of flesh, vigorous blood and new breath,
a poliptych by Giotto, a palace,

An airy Brunelleschi Dome,
where minute details and imperial myth
live in time
And outside of time !

 

Translated from the French of Athanase Vantchev de Thracy by Norton Hodges