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LES TROLLS (français)

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LES TROLLS

A mon frère bien-aimé Michel, paix à son âme

 « Celui qui combat à l’intérieur de lui-même ».

          Inscription runique sur l’ombon d’un bouclier de Thorsberg

 

Ils viennent souvent dans mes rêves, les trolls.
Je les vois manger du feu avec de grosses cuillers
En or serties de diamants.

Puis, ils se mettent à lire leur avenir
Dans les fines nervures des feuilles de bouleau.

Plus loin, à l’écart, se tient un vieux troll -
Il pose un sermonnaire sur un pupitre en chêne,
Se nettoie les dents en mâchant
Des marguerites
Et commence à marmonner
Des paroles que je ne parviens pas
A entendre. 

Les cœurs des trolls gonflent
Chaque fois qu’un coucou chante
Et font tressauter les herbes grasses.

Fatigués d’émotion,
Ils se couchent
Sous les pavillons des coulemelles
Et écoutent, en s’endormant,
Les poèmes runiques
Des aiguilles des pins !

Ils viennent souvent dans mes rêves, les trolls,
Chaque fois que la mort essaie de jouer aux échecs avec moi.

            Athanase Vantchev de Thracy

Rueil-Malmaison, ce dimanche 13 juillet 2008

Glose :

Troll (n.m.) : dans la mythologie des peuples scandinaves, le troll est un être vivant dans les montagnes ou les buttes (bergtroll). Ce sont des géants incarnant les forces de la nature, au même titre que les Titans.

Odin avait dû tuer Ymir, le géant dont il était né, pour assurer le règne des dieux et des hommes, selon un scénario rappelant la castration d'Ouranos par son fils Cronos et la victoire des dieux olympiens sur les Titans. Les trolls étaient des géants qui avaient surgi du corps d'Ymir. 

La christianisation de la Scandinavie a profondément diminué la taille des trolls et altéré la réputation de ces êtres qui étaient jadis plutôt considérés comme bêtes et naïfs que comme malfaisants. Comme l'Église n'arrivait pas à éliminer les croyances populaires, elle a fait du troll un être de petite taille (semblable aux lutins ou korrigans du folklore français) et surtout un monstre, souvent identifié à Satan dans les contes populaires. Le folklore scandinave a particulièrement bien résisté à l'hostilité chrétienne, et la fête païenne de Midsommar (qui a été christianisée en Fête de la Saint Jean) témoigne de la permanence des rites ancestraux.

Avec l'effritement de l'influence luthérienne en Scandinavie, le troll a cessé d'être considéré comme un monstre, sans pour autant retrouver sa grandeur ancestrale : c'est désormais une drôle de créature, à laquelle on attribue telle ou telle anecdote cocasse, qui sert à expliquer la présence d'une bizarrerie dans le paysage (rocher lancé par un troll, par exemple), ou dont on conte les aventures aux enfants.

En français, le mot aurait dérivé en drôle, en conservant l'essentiel du sens imposé par le christianisme (le comique, la bêtise, ou la méchanceté).

Ombon de bouclier de Thorsberg : l’ombon est la bosse, à l’extérieur du bouclier, qui cache et protège les attaches des boucles par lesquelles on tient le bouclier.

Runique (adj.) : écriture  employée par des peuples germaniques entre le IIe et XIVe siècle de notre ère. On a trouvé un grand nombre d'inscriptions runiques sur des poinçons, des anneaux, des fers de lances mais aussi et surtout sur des pierres. Il s'agit en général de textes très courts. L'une des inscriptions les plus longues, celle de la pierre d'Eggjum en Norvège, ne compte que 200 signes. La plupart des textes conservés ont été rédigés sur des stèles funéraires pour honorer un disparu.

Le terme rune semble indiquer qu'au départ l'écriture runique a dû être l'apanage d'une élite. On peut en effet le rapprocher du vieil islandais runar (secret), du vieux saxon runa (chuchotement) mais aussi de l'irlandais run et du gallois rhin (secret, mystère). On peut aussi songer à la complexité de la poésie scaldique dont l'objet explicite était d'en réserver la compréhension à quelques initiés.

Coulemelle / lépiote (n.f.) : champignon comestible.