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LES SOPHRONISTES (français)

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LES SOPHRONISTES

A François Boddaert

« L’air n’est plus que rayons tant il est semé d’anges »

            Théodore Agrippa d’Aubigné (1552-1630), Les Tragiques

 

L’odeur onéraire des très anciennes églises

Me remplit de transport, d’excitation, de fièvre.

C’est comme une vague spacieuse, étendue, épanouie

De fleurs très parfumées, de tiges scintillantes

Qui déferlent inopinément sur mes sens,

Sur mon cœur, sur mes pensées. Comme une vapeur

Rose, mauve, violette qui flotte librement

Dans tout mon être ouvert à la splendeur de l’éternité !

 

Je referme les paupières et, debout,

Au milieu d’un ruisseau d’eau safrané,

Je regarde admiratif les nids délicieux des pinsons,

Petites bulles de lumière et de musique

Suspendues comme des dentelles

Dans les arbres élégants de l’été.

 

Et mon cœur affolé se métamorphose

En antique vérificateur

Des poids légers de l’amour,

Petits lingots de cristal abandonnés

Sur le mouvant plateau

De la balance du destin !

 

Comme mon sang tremble

Devant le regard fatigué des icônes.

Comme il connaît,

A l’aide de la plus

Incisive transcendance,

Les lumineux estuaires

De ma mémoire !

 

Comme la tristesse des églises très anciennes

Fait vibrer, résonner et chanter

Chaque fibre fragile de mon corps !

Une hymne lancinante

Me soulève et me porte

Sur les éphémérides satisfactoires

Des ombres du jour !

 

Mains d’acacias couleur de miel,

Doigts de menthe matinale,

Rires des miens pareil à un ciel

 

2.

 

Sillonné d’éclairs vifs,

Coquelicots écarlates  dansant avec volupté

Parmi les roses anémones

Des mots purs !

 

Au-dedans, le linge très blanc

Parfumée à la douce lavande de Provence,

Et la chambre éclatante de propreté !

 

Oui, le silence immaculé des autels ouvre mon âme

A l’insondable, à l’indicible beauté des mystères !

La grâce des visages, le fini vertigineux

De l’exécution de traits,

La pureté des contours de l’iconostase,

L’huile hésitante qui transforme

En flamme les mèches des veilleuses,

En clarté l’ordonnancement sublime de la sérénité

Font courir librement à travers mon corps

Les saisons de l’année !

 

Alors, grandi de tant de vérité claire et intime,

Mienne jusqu’à la plus haute douleur,

Incontestable comme un saignement,

Je détourne mes yeux des livres dorés du néant

Et ferme mon ouïe aux lugubres élucubrations

Des vieux sophronistes de ma cité ruinée !

       Athanase Vantchev de Thracy

A Paris, ce vendredi 9 janvier, l’An du Christ MMIV

Glose :

Sophroniste (n.m.) : du grec sôphronistês, « conseiller, précepteur, moniteur ». Magistrat à Athènes qui avait les mêmes fonctions que le censeur de Rome.

Onéraire (adj.) : du latin onerarius, du verbe onero, « accabler ». Accablant, lourd, chargé de gravité.

Vérificateur ou vérifieur (n.m.) : du verbe vérifier, lui-même du latin tardif verificare, de verus, « vrai » et facere, « faire »,  examiner la valeur de quelque chose. Professionnel chargé de vérifier les différentes sortes de mesures (mensura en latin).

Satisfactoire (adj.) : terme dogmatique. Du latin satisfactorius, « propre à réparer, à expier les fautes communes ». La mort de Notre-Seigneur est satisfcatoire pour tous les hommes (elle répare, elle expie les fautes de tous les hommes).