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LES FLAGELLANTS (français)

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LES FLAGELLANTS

 

« Gratias agamus Domino Deo nostro. Dignum et justum est! »

 (« Rendons grâces au Seigneur notre Dieu. Cela est juste et bon » »)

             Saint Vincent Ferrier  

I.

 

Comme le regard de la biche

Qui quitte les bois et bondit dans les prés

Voit s’ouvrir devant lui

Des espaces imprévisibles,

Ainsi le flagellant

Plongé dans les abysses infinis de son être

Voit se déployer devant ses yeux

Un océan de lumière pure.

 

Terra tremuit, et quievit, dum resurgeret in judicio Deus !

 

(La terre a tremblé et s’est tenue dans le silence,

Lorsque le Seigneur s’est levé pour juger !)

 

 

II.

 

Sortir enfin des sortilèges

Des chambres vides de la pensée,

S’élancer dans les rues, prendre le large,

Franchir les limes de l’esprit,

Aller au-delà de son être,

Assurer par le sang qui coule de ses plaies

La divine continuité de la vie,

Arracher au déni de toute raison

Le Christ !

 

Ecouter, en gémissant,

Les inflexions prééternelles de l’âme

En quête du salut !

 

Tu nobis, victor Rex, miserere !

 

(Ô Roi vainqueur de la mort,

Ayez pitié de nous !)

 

III.

 

Avance, âme pénitente,

Dans un suprême acte de courage,

Le cœur battant la breloque,

Avec une insistance inébranlable,

Obéissant au lumineux besoin

De venir au bout de tes doutes,

Vers toi-même.

 

Sepulchrum Christi viventis, et gloriam vidi resurgentis !

 

(«J’ai vu le sépulcre du Christ vivant,

Et la gloire de Jésus ressuscité)

 

 

 

IV.

 

Autour de lui

L’extrême confusion du soir

Incite l’inexécutable décision de l’esprit.

 

Chaque coup du fouet est une pure négation

De la terrible désaffection de la tendresse,

De l’oubli qui marche au bras de la mort.

 

Surrexit Christus spes mea !

 

(Jésus, mon espérance, est ressuscité)

 

V.

 

Des voix célestes, des voix, des voix,

Remontées de la nuit des temps

Viennent inonder son corps

D’une joie intransmissible,

D’un souffle sublime de renouveau !

 

Et, comme les marques profondes

Taillées dans l’écorce des arbres par deux amoureux,

Ses cicatrices tranchées par la main de l’Amour

Dans la chair

Grandiront, remplies de lumière,

Avec les saisons !

 

Et les heures ne voudront plus dormir,

Elles entreront en lui,

Y resteront pour toujours,

Comme les mots, rayonnant de bonté,

Entrent dans la maison enchantée

D’un poème immortel !

 

Confitebuntur coeli mirabilia tua, Domine ;

Et veritatem tuam in Ecclesia sanctorum,

Alleluia, alleluia!

 

(Les cieux publient vos merveilles, Seigneur,

Et l’assemblée des fidèles la vérité de vos promesses,

Alleluia, alleluia !)

 

            Athanase Vantchev de Thracy

Paris, ce lundi 25 août, Anno Christi MMVIII

Les premiers flagellants apparaissent au XIe siècle. Saint Pierre Damien  est un des plus ardents à les propager. Le mouvement redouble de vigueur en Italie lors de la famine meurtrière de 1250, de la peste de 1259 et du conflit entre Gibelins et Guelfes. Durant la Peste noire, de telles pratiques contribuent à exacerber la population et à la pousser à persécuter les minorités qui seront accusées d'être la cause de l'épidémie en ayant contaminé les puits.
En 1268, ils forment une véritable secte, et Reinier, dominicain de Pérouse, est déclaré leur chef. Ils se répandent par la suite en Allemagne méridionale, en Rhénanie et dans le Sud de la France. Ce mouvement est vite condamné par l'Eglise qui le considère contraire au dogme.
Par la suite, le mouvement se radicalise. Les flagellants, parmi lesquels on pouvait à l'origine trouver des nobles ou des bourgeois, ne réunit plus que le petit peuple, et enfin est un refuge pour marginaux, criminels ou vagabonds. Le mouvement vire à l'anarchie et les flagellants réclament la destruction de l'Eglise, incitent le peuple à lapider les clercs, et s'en prennent finalement aux seigneurs et à tout ordre social. Conrad Smid s'autoproclame nouveau Messie, remplaçant le baptême à l'eau par un baptême par le sang.
Parallèlement, au XIVe siècle, le mouvement prend un nouvel essor, partant cette fois de Hongrie. Il se répand à nouveau en Allemagne lors de la peste de 1348.  
En France, Philippe V interdit l'auto-flagellation sous peine de mort. Le Pape, par sa bulle "contre les flagellants" de 1349, livre ces derniers à l'Inquisition. Conrad Smid et un de ses disciples favoris sont brûlés, et nombreux voient en cela "l'exil des deux témoins" dont parle l'Apocalypse, tués par l'Antéchrist et devant ressusciter lors du Millénium. Très affaibli, le mouvement subsiste toutefois sporadiquement.
En 1574, le roi de France, Henri III, s'enrôle dans cet ordre avec toute sa cour.
On trouve encore au XVIIIe siècle de ces fanatiques en Italie et dans le midi de la France.

Radicalisation du mouvement

Comme nous l'avons dit, ce mouvement se radicalisa. La supériorité spirituelle de leur martyre les rendait exigeants avec ce clergé "gras et corpulent".

Organisation

Ce mouvement, qui regroupe le petit peuple, semble avoir été assez bien structuré : "Frères Flagellants", "Porteurs de la Croix", "Frères de la Croix" ou "Blancs-Battus". Leur costume se composait d'un sarreau blanc frappé d'une croix rouge à l'avant et à l'arrière, ainsi que d'une capuche blanche. Les bandes comprenaient entre 50 et 500 membres, dirigés par un Père ou Maître qui recevait de chacun de ses disciples un serment d'obéissance totale le temps de la procession. Il pouvait confesser les frères, diriger leur pénitence et leur donner l'absolution.
En rejoignant les flagellants, les membres de cette sorte de confrérie s'engageaient à respecter un rituel :

  • voyager de ville en ville durant 33 jours
  • se flageller en place publique
  • prier Dieu
  • vivre de la charité
  • revêtir l'uniforme des flagellants qui consistait en une longue tunique noire pourvue d'un capuchon rabattu sur la tête et marcher pieds nus.

Dogme

Les flagellants, par leur martyre, pensaient sauver leurs âmes, mais aussi contribuer au salut de la chrétienté toute entière. Selon eux, une Lettre Céleste dictée par Dieu leur annonçait que ce dernier, cédant aux suppliques de la Vierge Marie et des Saints, offrait aux hommes une dernière chance de se racheter avant l'annihilation totale. Le mode d'expiation collective, indiqué dans la lettre, était la flagellation mutuelle, considérée comme imitatio Christi. Leur exemple devait être suivi par toute la chrétienté et, au bout de 33 ans et demi (symbole du temps passé par le Christ sur Terre), des saints, issus des rangs des flagellants, devaient mener les hommes vers un nouvel Eden.  

Processions

Les processions de flagellants duraient 33 jours et demi (durée qui correspond à l'âge auquel le Christ est supposé être mort). Pendant ce temps, les flagellants devaient obéissance totale à leur Maître, qui leur imposait une discipline de vie d'une rare dureté, à laquelle s'ajoutaient deux flagellations collectives par jour et une flagellation individuelle la nuit.


Le rituel de la flagellation publique, minutieusement préparé, est le même dans tous les ordres de toutes les régions. Impressionnant, il accordait aux flagellants l'admiration subjuguée des foules. Devant une église, installés en cercle, torse nu, les flagellants font siffler leurs fouets (lanières de cuir munis de piquants de fer) en cadence, aux sons des laudes, ces chants à ligne mélodique simple, aux paroles dépouillées, en langue vulgaire. « Vienne ici qui veut se repentir, sauvons-nous de l'enfer torride, Lucifer est un méchant gars ! ». Plusieurs fois, chantant des hymnes, les flagellants s'écroulent, les bras en croix, et pleurent, puis « par l'honneur du pur martyre » se relèvent et reprennent leur supplice. Leur corps ensanglanté, à la fin de la séance, n'avait plus rien d'humain.


Cette pratique est supposée suffisante pour atteindre le paradis, et les rites de l'Église n'apparaissent plus nécessaires aux fidèles. C'est pourquoi l'Eglise finit par ne plus les tolérer.


La procession de la Sanch à Perpignan : la confrérie de la Sanch (Précieux Sang du Seigneur)


Fondée en 1416, à l'instigation du dominicain Vicens Ferrer (saint Vincent Ferrier), la procession de la Sanch a survécu à six siècles d'histoire du Roussillon.

Cette manifestation religieuse, devenue un symbole de l'attachement des Catalans à leurs traditions, naquit à l'église Saint-Jacques de Perpignan, parmi les hortolans et les teixidors (les jardiniers et les tisserands) qui composaient deux confréries très implantées dans l'église paroissiale du Puig. Les confrères de la Sanch, pénitents et flagellants, se donnèrent deux missions essentielles : d'une part, accompagner les condamnés à mort au gibet et recueillir leurs dépouilles afin de leur assurer une sépulture chrétienne, ce qu'ils firent jusqu'au XIXe siècle ; d'autre part, organiser chaque Jeudi-Saint une procession commémorant la Passion du Christ, cette même procession que nous pouvons voir encore aujourd'hui parcourir les rues de la vieille ville. Revêtus d'un sac de pénitence noir et d'une cagoule (à l'image des cohortes de Flagellants qui suivaient saint Vicens Ferrer dans ses prêches), les pénitents de la Sanch, les caparutxes, portaient sur leurs épaules des groupes statuaires, les misteris, représentant les mystères douloureux du Christ. A partir du XVIIIe siècle, les Vierges des Douleurs, reconnaissables à leurs robes noires, et à leurs cœurs d'argent traversés de glaives, intégrèrent également le cortège, ainsi que la Soledat (la Vierge seule au pied de la Croix) et la Mater Dolorosa qui tient Jésus mort dans ses bras. Le déroulement de la procession, codifié et immuable, est le même depuis six siècles, accompagné par ces chants, d'une funèbre beauté, que sont les goigs de la Sanch.

A la suite de diverses interdictions, la procession de la Sanch se trouva confinée dans l'église Saint-Jacques. En 1950, grâce à Joseph Deloncle, avec l'appui du chanoine Mestres, curé de Saint-Jacques, de l'évêque du diocèse Mgr Bernard, et l'accord de la municipalité Depardon, la procession est revenue dans les rues de Perpignan, où chaque Vendredi-Saint la ramène fidèlement.

Chez les Russes, on appelait les flagellants des Chlistis, une déformation de Christis.

Breloque (n.f.) : petit bijou fantaisie qu’on attache à une chaîne de montre, à un bracelet. Batterie de tambour qui appelait les soldats à une distribution de vivres ou faisait rompre les rangs. Battre la breloque : fonctionner mal, être dérangé, cafouiller.

Limes (n.m. pl.) : mot latin qui signifie « chemin, frontière). Zone frontière d’une province de l’Empire romain. On écrirait mieux limès.

Saint Vincent Ferrier, Vicens Ferrer en catalan, Sant Vicent Ferrer en valencien : prêtre dominicain espagnol né en 1350  près de Valence (Espagne), célèbre pour ses prédications publiques. Il est actuellement le saint patron de la Communauté valencienne.

Son charisme et son influence populaire sont tels qu'il devient un personnage-clé dans les troubles politico-religieux liés au Grand Schisme d’Occident. Proche de Pedro de Luna, alors cardinal et futur Benoît XIII, Vincent Ferrier se rallie tout d'abord à la papauté d'Avignon, rejetant la légitimité d'Urbain VI dans son traité De moderno ecclesiae schismate. Il devient par la suite confesseur de Benoît XIII, désormais antipape et figure emblématique de la résistance à Rome. Mais, dans un souci d'union de l'Église, il finit par se résigner à abandonner la cause de Benoît pour reconnaître le pape romain. Son acte de renonciation officiel intervient en 1416, à l'époque où le Concile de Constance s'emploie à mettre fin au Schisme.

Infatigable prêcheur et évangélisateur de l'Europe pendant vingt ans, de 1399 à sa mort, il parcourt l'Espagne, l'Italie, la Suisse, et va même jusqu'en Écosse. Il est souvent accompagné d'une quantité impressionnante de disciples, au point qu'il doit essentiellement prêcher dans de grands espaces extérieurs pour pouvoir être entendu de la foule. On lui prête le don des langues, au vu de sa capacité à communiquer avec tant de peuples différents.

En dehors des questions papales, son rôle politique est particulièrement important en Espagne, où il aide Ferdinand de Castille à accéder à la couronne d'Aragon dans un contexte de succession difficile.

La France n'est pas oubliée dans ses missions, il en parcourt tout le Sud avant d'être appelé en Bretagne en 1418 par Jean V, duc de Bretagne. Il sillonne pratiquement toute la Bretagne de ville en ville pendant près de deux ans et revient à Vannes, épuisé, où il meurt en 1419.

Canonisé en 1455 par Calixte III. Fête le 5 avril.