Statistiques
Blogspot            ancien site - cliquer ici / old website - click here            Poetrypoem

LES DIEUX (français)

PDF
Imprimer
Envoyer

LES DIEUX

A mon grand-père Athanase

« Je célébrerai par mes chants Nyx, génératrice des Dieux et des hommes, Nyx, source de toutes choses, celle que nous nommons Kypris ».

            Hymne orphique

            Parfum de Nyx

 

Ce sont eux, les dieux immortels,

Les sources heureuses de toutes choses,

Qui enseignèrent à Orphée

La langue mystique du savoir céleste,

Et l’art sublime de la lyre !

 

D’eux il apprit, mon enfant,

Les mots  surnaturels et les hymnes sacrés,

La sagesse miraculeuse

Et les vastes secrets

De l’univers éternel !

 

Ils firent offrande à sa bouche

De sa voix originelle,

Celle, mon enfant, que sait reconnaître,

Entendre, adorer et aimer

Tout être bâti

Selon la loi de la Vérité pure !

 

De la surabondance de vie dans la lumière de ses vers,

Ce sont eux les orfèvres parfaits,

Eux qui gratifient d’une même et unique harmonie

Les mélodies qui coulent, lumineuses,

Dans le sang des plantes,

Dans les veines des animaux

Et les atomes de tous les éléments

De la terre !

 

Mers, océans et fleuves, rivages et montagnes,

Que sont-ils sinon

L’essence et les Figures

D’un monde à jamais immortel ?  

 

Ainsi parlais-tu, mon adorable

Grand père ! Et moi,

Enfant émerveillé

Par tes paroles ailées,

Je restais blotti contre toi

Sous l’aire des immenses étoiles

De l’été !

 

Jusqu’à l’heure tardive où grand-mère

S’écriait : « Le dîner est prêt,

Mes rêveurs ! »

C’était alors la chaude poésie

Du pain frais,

Des mets où l’âme de ma grand-mère Marie

Avait versé tout son amour,

Des murmures duveteux, des rires soyeux

De mes cousines et cousins !

 

La nuit, éveillé sous les gros draps de lin parfumé

Je répétais, dans une sorte de transe inassouvie,

Couché contre le cœur de mon cousin Athanase

Qui m’aimait tant,

Les mots à la saveur indescriptibles

Que tu avais déversés dans mon âme !

 

Ô mots, ô royaume des seigneurs invisibles,

Mots où mon esprit logeait toutes ses blessures !

 

Venez, ce soir, ô mots vivifiants,

Serrez-moi contre votre clarté protectrice,

Entourez ma grande solitude

Des rubans roses de votre chaude haleine d’autrefois !

 

Mots qui teintiez de vos couleurs douces

Tout ce que vous entouriez !

 

            Athanase Vantchev de Thracy

 

Ce mardi 26 septembre, Anno Domini MMVI

Glose :

Orphée : le plus grand poète de l’Antiquité, frère du poète Linos. Ce fils ou élève d'Apollon, ou du roi de Thrace Oeagre, et de la muse Calliope, fut dévoué au Dionysos dont le culte était très développé en Thrace. La harpe d'Orphée, qui initia les cultes mystiques orphiques, enchantait la nature. Toutes les créatures, fauves féroces et bêtes paisibles, arbres et pierres venaient à ses pieds écouter ses chants divins. Il fut antérieur à la guerre de Troie, précédant ainsi de plusieurs siècles Homère et Hésiode. Il accompagna les Argonautes en Colchide et apaisa les vagues ainsi que les esprits de l'équipage. Il initia ses compagnons aux mystères des Cabires, lors de leur passage à Samothrace, et endormit le serpent qui gardait le bois d'Arès et l'arbre sur lequel Jason s'empara de la Toison d'Or. Il recouvrit de sa lyre le chant des Sirènes qui menaçaient l'équipage et épousa Eurydice, une naïade ou une dryade qu'il aima passionnément. Sa lyre fut placée par Zeus parmi les constellations à la demande d'Apollon et des Muses, qui, de leur côté, accordèrent une sépulture à ses membres épars aux pieds de l'Olympe.

Tous les poètes et philosophes grecs (Pythagore, Empédocle, Thalès, Platon, Pindare, Théocrite pour ne citer que les plus illustres) ont glorifié ce prince de la Poésie en empruntant à sa philosophie l’idée de l’immortalité de l’âme et de ses multiples métempsychoses! Voici ce que dit de lui le grand Apollonios de Rhodes (vers 295-215 av. J.-C.) dans ses  Argonautiques, I, 23-34 : 

"Puis nommons en premier Orphée qu'enfanta, dit-on, autrefois Calliope, mariée au Thrace Oeagre, dans les hauteurs de Pimpleia. On dit que par le son de ses chants, il charma les durs rochers des montagnes et le cours des fleuves. Et les chênes sauvages qui jusqu'à ce jour se dressaient à Zonè, sur le rivage de Thrace, se mirent, jouets de ce courant magique, à marcher en rangs serrés tous ensemble, les mêmes arbres que, sous l'envoûtement de sa lyre, il fit descendre de Piérie. Tel était donc Orphée, que le fils d'Éson accueillit pour partager ses épreuves, en obéissance à l'ordre de Chiron, Orphée le prince de la Piérie des Bistones. »