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LES CYPRES D’AGAY (français / anglais)

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LES CYPRES D’AGAY 

A Béatrice 

« J’ai vieilli d’attendre, en vérité »

            Odysseus Elytis

 

Les cyprès portent haut leur cime,

Voie vivante entre lumière et humus.

 

Un chant immémorial, offrande d’un jour d’été

Inépuisablement clair,

Fait tressaillir leurs branches

D’où tombe sur ton visage couvert d’embruns

La douceur d’un soir de soie.

 

Comme tout est visible pour celui qui sait aimer :

Les volubilis bleus et roses, les anges,

Les lignes hésitantes de la pensée,

Le sourire des dieux, l’essence de l’âme !

 

A la manière dont scintille les vagues toutes proches,

Je devine que les loriots du jardin

Ont fait don de leur frêles voix aux pénombres !

 

Transparaît alors une maison pleine de rumeur,

Une demeure accueillante érigée en cathédrale de joie !

 

Se diluent, tout au fond de la baie,

Les harmonieuses collines de l’arrière pays.

 

Tout ému, je colle mon cœur contre tes mains

Pour que s’installe entre nous, totale et vaste,

La paix des mûriers verts,

Pour que, devenus murmure millénaire,

Nos noms ne meurent jamais !

 

            Athanase Vantchev de Thracy

Rueil-Malmaison, ce dimanche 26 août, Anno Domini MMVII

Glose :

Agay : petit village pittoresque de la Côte d’Azur, faisant partie  à présent de la commune de Saint-Raphaël (Var).

Odysseus Alepoudhelis dit Odysseus Elytis (1911-1996) : un des plus grands poètes grecs. A six ans, le jeune Odysseus entra à l’école privée D.N. Makris. Il y découvrit la culture allemande et s’initia au français. 1929 fut une année sabbatique entre école et université. L’adolescent découvrit le surréalisme. Il écrivit ses premiers poèmes. En 1930, il entra à la Faculté de droit d’Athènes. En 1935, Odysseus rencontra Andreas Embirikos qui revenait de Paris avec le surréalisme dans ses bagages. En 1939, il traduisit en grec Lautréamont et publia son premier ouvrage, Orientations. En 1942, il acheva Soleil premier. 1944, parution du Chant héroïque et funèbre pour un sous-lieutenant tombé en Albanie. En 1945, grâce à l’appui de Séféris, il fut nommé directeur des Programmes de la Radio Nationale, à Athènes. En 1948, il visita la Suisse, puis s’installa à Paris et fréquenta la Sorbonne, où il étudia la poésie. Il se lia d’amitié avec Gracq, Reverdy, Eluard, Breton, Camus, Jouve, Char, Ungaretti et Octavio Paz. En 1950, il visita plusieurs villes d’Espagne. Il rencontra les parents de Picasso à Malaga et à Barcelone. En 1953, il retourna en Grèce et repris ses fonctions de directeur des Programmes à la Radio Nationale. En 1959, il publia son grand poème To Axion Esti. En 1960, il reçut le Grand Prix National de Poésie pour To Axion Esti. En 1979, il obtint le Prix Nobel de littérature.

NB : Elytis vécut un certain temps dans la banlieue chic d’Athènes, Kifissia, où habitent aujourd’hui mes amis bien-aimés : l’éminent poète francophone Théo Crassas et son frère Anastase (Akis), tous deux hommes d’immense culture et ambassadeurs de la langue française à Athènes.

 

 

ENGLISH (Traduit en anglais par Peter Hill ) :

The Cypresses of Agay

 

 To Béatrice

 “I have grown old from waiting, truth to tell”

         Odysseus Elytis

 

The cypresses bear aloft their tops,

A living road between light and leaf-mould.

 

A song of immemorial age, the offering of a summer’s day,

A day inexhaustibly clear,

Sends a shiver through their branches,

Whence falls upon your spray-covered face

The softness of a silken evening.

 

O how all is visible for him who knows how to love:

The blue and pink volubilis, the angels,

The hesitant lines of thought,

The smiles of the gods, the essence of the soul!

 

By the way in which the nearby waves glitter

I divine that the orioles of the garden

Have gifted their frail voices to the twilight!

 

Then appears a house full of noise,

A welcoming dwelling, erected as a cathedral of joy!

 

At the far end of the bay dissolve

The harmonious slopes of the hinterland.

 

Impassioned, I press my heart against your hands,

That there may appear between us, whole and vast,

The peace of green mulberries;

That, having become a thousand-year-old murmuring,

Our names may never die!

 

      Athanase Vantchev de Thracy

Translated into English by Peter Hill