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L’EGLISE SAINT-MINA (français)

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L’EGLISE SAINT-MINA  

« Tu es la Pierre plus précieuse que l'or et l'argent,
toi, le Combattant fort, Abba Mina »  

            Prière copte adressée à saint Mina 

I.

Je reviens à toi, ma modeste, ma pauvre église,
Je reviens à toi après trois étés et sept soupirs !

Aujourd’hui, je veux célébrer dans tes murs mes morts,
Prier et perpétrer leur souvenir !

Je veux inscrire leurs noms aimés dans mon sang,
Je veux peindre dans l’oasis de mon cœur leur image,
Comme sur des minces planchettes de bois de figuier,
Les gens de Fayoum peignaient leurs défunts.

Ô mort qui pénètre dans le corps momifié
De bandelette en bandelette !

II.


La robe fine du jour flotte autour de toi
Comme les songes des amoureux au mois de mai,
Comme l’ensorcelant parfum d’un blanc bouquet de muguets.  

Tu m’invites, ma pauvre église,
Tu me convies
A l’invisible, au splendide banquet
Des martyrs et des saints
Avec des mots liquides comme les larmes
D’un cœur innocent.  

III.

Tu montres ton âme à mon âme
Avec cette indicible nostalgie
Que fait naître dans la poitrine d’un enfant
Le chant soudain d’un clocher solitaire
Oublié au milieu de la campagne.

Pudique, tu me souris, enfin,
Et voici que le temps entier devient
Splendeur,
Eclosion
Fulgurance,
Déflagration !

Ô ma pauvre église, si chère à ma mémoire,
Ma jeunesse est déjà un pays trop lointain !

Ô mon église abandonnée,
Mon Didascalée adoré,
Mon culte liturgique,

Mon sculpteur d’espérance,
Ma dévotion profonde et intime !

Ô temps de ma parfaite déférence,
Île taciturne de mon urgence morale ! 

            Athanase Vantchev de Thracy

Saint-Germain-en-Laye, ce lundi 16 mars, Anno Domini MMIX

Il y a, dans le minuscule hameau de Vassilissité, situé à quelque 70 km à l’Est de Sofia, en Bulgarie, une toute petite église blanche dédiée au saint thaumaturge Mina. Mes amis d’enfance, Yanko Yanev et son épouse Dora, ont leur modeste résidence d’été juste au-dessous de cette église. Je ne sais pas pourquoi ce modeste lieu de prière est devenu si cher à mon cœur.

Glose :

Saint Mina ou Minas, Ména ou Ménas (IIIe s. ap. J.-C.) : ascète et martyr copte. Son nom est plutôt Mina puisqu’en langue copte Mina signifie Amen.

Saint Mina est l’un des plus célèbres martyrs de l’Eglise orthodoxe. Depuis des siècles, il jouit d’une immense popularité. Du jour où les restes de cet enfant d'Egypte furent ramenés dans sa patrie, son culte prit des proportions extraordinaires. Mina était né dans la seconde moitié du IIIe siècle à Nikiou (aujourd'hui Menouf, en Basse-Egypte) de parents chrétiens. Il s'engagea de bonne heure dans la milice romaine et prit rang dans la Légion Rutilienne. Il conserva au milieu de ses compagnons d'armes toute la splendeur de sa foi et la volonté de sa vertu. Après quelques années de service en Egypte, il suivit à Cotyée, petite ville de la Phrygie (ancien royaume, aujourd’hui région de Turquie), le détachement auquel il appartenait.

Mina ne modifia en rien les pieuses pratiques de sa vie journalière, jusqu'au jour où l'édit des nouveaux maîtres du monde, Dioclétien et Maximien, persécuteurs des chrétiens, reçut lecture publique sur la place de la ville. Mina profita de cette occasion pour exécuter le projet caressé depuis longtemps de se retirer en ermite dans le désert. Après cinq années d'absence, le jeune homme, à l'inspiration de la grâce divine, se décida à frapper un grand coup. Il quitta sa retraite éloignée et entra à Cotyée un jour de grande fête. Alors que tout le peuple était assemblé dans l'amphithéâtre, il s'avança dans l'arène entre deux tournois et se mit à crier ce verset du prophète:

"J'ai été découvert par ceux qui ne me cherchaient pas, et j'ai été manifesté à ceux qui ne me réclamaient nullement ".

Le préfet Pirrus se fit amener l'inconnu et, après un long interrogatoire, mit à la torture le courageux confesseur de la foi. Finalement, il fut décapité. Son corps fut rapporté en Egypte lorsque la légion située à  Cotyée reprit le chemin de la mère patrie pour gagner la Cyrénaïque (auj. en Libye) où elle avait été transférée.

Une des plus belles icônes coptes présente saint Mina à côté de Jésus. Le Christ enserre l’épaule du jeune homme de son bras et semble heureux d’avoir pour disciple une telle personne. De nombreux miracles survinrent sur la tombe du saint.

L'empereur de Constantinople vit là l’occasion d’édifier une église autour de laquelle se développa une ville. Le culte de Mina se répandit dans tout le Bassin méditerranéen aux Ve et VIe  siècles : des églises lui furent dédiées à Rome, à Arles, à Cologne et dans plusieurs autres villes du monde chrétien. On venait d’Orient et d’Occident se recueillir sur sa tombe, et on emportait de l'eau ou de l'huile bénites dans de petites fioles de terre cuite appelées «ampoules ou eulogies de saint Mina». Au VIIe siècle, la conquête musulmane provoqua la ruine de ce haut lieu de pèlerinage. Ville et église disparurent. Dernièrement, sous l'impulsion du patriarche d'Alexandrie Cyrille VI (1902-1971), furent bâtis sur cet emplacement une nouvelle église et des bâtiments monastiques qui accueillent à nouveau de nombreux pèlerins venus du monde entier. Ceux-ci aiment à réciter les louanges de Mina :

 « Mina le Combattant, le Brave, le Fort, le Thaumaturge, le Béni, le Grand, le Martyr, le
Juste, l'Ami de Dieu, le Chaste... »

Cette richesse de titres que déversent sur le saint les hymnes coptes reflète son rayonnement en Egypte et bien au-delà.

Une belle prière est dite par les pèlerins :

« Saint Ménas a entendu la voix divine,
il a aussitôt abandonné le monde et ses gloires périssables,
il s'est livré à la mort et son corps a été la proie des flammes ;
il a accepté de terribles tortures à cause du Fils du Dieu vivant [...]
Tu es la Pierre plus précieuse que l'or et l'argent, toi, le Combattant fort, Abba Mina [...]
Nombreux sont les miracles que tu as accomplis en réponse à nos invocations.
Tu es venu comme un médecin guérir nos maladies.
Ton corps qui se trouve en Egypte
est une source intarissable de prodiges et de merveilles. »

Coptes (n.m.pl.) : du grec aiguptos, « égyptien ». Chrétiens d’Egypte et d’Ethiopie. Monophysites, les coptes forment une église autonome depuis le concile de Calcédoine (451) et suivent le rite d’Alexandrie (liturgie bilingue arabe-copte). Leur patriarche réside au Caire. On compte aujourd’hui environ 7 millions de coptes égyptiens. Officiellement autonome (1959) par rapport à l’Eglise égyptienne, dont la conquête musulmane l’avait isolée des siècles durant, l’Eglise copte éthiopienne regroupe environ 14 millions de fidèles. On trouve également en Egypte 150 000 coptes catholiques, issus d’un mouvement de ralliement individuel à Rome entamé au XVIIIe siècle et couronné en 1895 par la création d’une hiérarchie. L’art copte, d’inspiration gréco-romaine et byzantine, se caractérise par des proportions originales et par la simplification des détails (églises et monastères ornés de bas-reliefs et de peinture murale, bronze, textile. Voir Fayoum.

Didascalée (n.m.) : célèbre école catéchistique chrétienne d’Alexandrie datant du IIe siècle. Cette école fut fondée par le philosophe stoïcien né en Sicile, saint Pantène. Son successeur et disciple fut saint Clément d’Alexandrie. L’école avait pour but de rendre compatible la philosophie grecque et l’Evangile. Elle forma un grand nombre de théologiens et de Pères de l’Eglise. L’école accueillit saint Grégoire le Thaumaturge, saint Grégoire de Naziance, Athénagore, saint Athanase d’Alexandrie, saint Cyrille d’Alexandrie, l’historien Rufin d’Aquilée, saint Jérôme, l’auteur de la Vulgate, saint Basile de Césarée, etc.

Déférence (n.f.) : respect, considération portée à quelqu’un, estime, égards.