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LE TEMPS (français)

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LE TEMPS

« J’ai désigné nommément Betsalel, fils d’Ouri, fils de Hor, de la tribu de Juda et je l’ai rempli d’une aspiration divine, de sagesse, d’intelligence et de connaissance et d’aptitude pour tous les arts. Pour combiner les œuvres d’art, mettre en œuvre l’or, l’argent et l’airain ; travailler la pierre, l’enchâsser, travailler le bois, exécuter toute espèce d’ouvrages » 

            Exode XXXI, 1-5

I.

 

Entre le naître et le mourir, le sourire du Temps !

Le Temps de la soif des Seigneurs,

Le Temps de l’abondance des Princes,

La mémoire qui jamais ne meurt,

La mémoire qui porte la sève pleine de suavité,

La mémoire qui lève la semence

Et la porte jusqu’à la grammaire parfumée

Des étoiles !

 

Le Temps des scribes, des sculpteurs, des peintres,

Le Temps des tisserands, des couturiers, des orfèvres,

Le Temps des joailliers, des ciseleurs, des graveurs,

Le Temps des armuriers, des menuisiers, des charpentiers,

Le Temps des maçons, des architectes et des liseurs du ciel !

Le Temps des Poètes !

 

Toi, Poème des poèmes,

Regard de tous les regards,

Toi, inépuisable aménité des champs de blé,

Toi qui crées la langue du matin,

Toi, architecture somptueuse

De la musique du soir !

 

Amon, Amen, en Vérité !

 

II.

 

Le Temps primordial sans le temps,

Le Temps qui ne désire plus rien

Qu’être le Temps !

 

Toi, lumière des visages aimés

Qui laisses des traces sur les paumes haletantes

Des mains des Amants !

Voix claires, voix ondoyantes

Où coule la source infatigable

D’une montagne oubliée.

 

Amon, Amen, en Vérité !

 

Dans ton Nom, le fruit écarlate du figuier,

Toutes les constellations vivantes du ciel,

Toutes les semences généreuses de l’univers,

Tout l’amour des hommes sur la Terre !

 

Dans ton Nom est la lumière !

 

III.

 

Douce est la chevelure du fleuve sur les doigts,

Douce la marche des colombes sur la lèvre !

Horizon de lumière, cette pluie de pétales,

 

Le Temps du savoir ancien,

Le Temps de l’écriture pure !

La division ni l’unité n’importent

Dans ce Temps de glaïeul en fleur

Dans ce Temps caché au cœur des petites perles

De l’air! Et ces maisons anciennes

Qui traversent nos mots et nos silences !

 

Le Temps de l’autel à encens,

Le Temps du lit funéraire,

Du corset d’or,

Des pierres précieuses enchâssées !

 

Brises qui déliez les bourgeons

Et caressez les calices des giroflées !

Vous qui m’interrogez sans dire mot,

Les yeux pleins de ciel bleu

Sans trace d’ombre ni de nuage,

Bras tendus vers la face de l’année,

Pointant l’indéchiffrable !

 

IV.

 

Harpes, doubles flûtes, luths, tambourins,

Mesure de ce qui s’écoule, chante et revient,

Arpège de l’air reçu en héritage princier,

Rythmique

Et accords lumineux

Du souffle de la bouche qui dit

En créant !

 

Poèmes plus calmes et plus vastes que toutes les églises,

Poèmes qui perpétuez le commencement et la fin,

La racine et la tige,

Le savoir et la lumière du silence

Suspendus entre le ciel et la bouche !

Vie qui souris, aube qui chante

Contre la mince paroi de l’âme !

 

V.

 

Temps, puits de l’abîme !

L’Univers à tes pieds,

Temps, Seigneur de l’eau et du sable,

Sept fois et sept fois !

 

Temps vêtu de lin blanc,

Temps nu au seuil du Temps des temps

Qui est création et éternité !

 

Est-ce nous encore

Ici et ailleurs,

Dans les bribes des phrases sur les frises,

Dans le cris des ibis ?

 

Amon, Amen, en Vérité !

 

VI.

 

Le Temps pour Dieu

Qui rend le souffle et la parole, 

Celui qui donne existence aux voyelles

Et vie aux consonnes géminées !

 

Temps de l’incipit

Et Temps de l’excipit !

Temps qui se mesure à la postérité,

A ce qui jamais ne finit,

A ce qui est, à ce qui toujours recommence,

A ce qui reste à jamais

Inépuisable et vrai !

 

VII.

 

Perfection accessible à toute aile qui bat

A tout cœur qui s’ouvre aux hymnes des mésanges,

Au cri de l’effort, à la grâce des herbes !

 

Baisers de la haute Vérité sur la joue !

 

Cette joie de l’absence,

Cette divine légèreté de l’attente,

Ce tremblement des pages

Obscures et profondes,

Cette épaisseur mélodieuse des jours !

 

Ô Temps dans la voix des prunelles,

Choses dites qui êtes si lumineuses !

Choses ineffables 

Qu’on a effroi de contempler !

 

La Terre sainte, c’est l’Egypte,

La Terre promise, ce n’est point Canaan

Ce sont les rives sacrées du Nil

C’est tout ce qui se prolonge

Abondamment dans la miséricorde !

 

 

VIII.

 

Aux rituels des dieux d’Egypte :

Bénédictions et pleureuses attitrées,

Cendres et poussières,

Prières des morts,

Purification par l’eau sacrée,

Offrande de l’encens,

Port de la barbe en signe de deuil

Et d’affliction,

Bénédictions sur la nourriture consentie,

Repas mortuaire dans les temples,

Tombes à la pierre où l’on grave le nom du mort

Passage de l’âme dans l’au-delà,

Jugement dernier

Et Résurrection !

 

Mystère du monde

Dans le mystère du langage !

 

IX.

 

Ô Temps !

Nous connaîtrons les degrés du devenir,

Mania et pneuma,

Folie et souffle,

Loci vexati du Verbe,

Ces visages de cire dans l’atrium des nobles romains,

Ces pyrrhiques, ces trochées,

Ces dichorées qui aboutissent

A un rythme de danse !

Cette grandeur qu’on mutile

Par trop de brièveté !

Ces saveurs des vers frugalement adoucies,

Ces affections parfaitement policées,

Les rhombos que l’on fait ronfler

Autour de la corde !

 

Amon, Amen, en Vérité !

 

 

X.

 

Marées des jours, âme descellée des Livres,

Mer qui se redresse, s’élance, s’envole

Quand le vent danse sous la forêt

Des constellations en marche solennelle!

 

Ô Grande intumescence,

Eclatement des cataractes,

Renflement des eaux !

 

Le Temps,

Orbe de l’effluence lumineuse

Terme à terme,

Mot à mot !

 

Le Temps !

Et nous sommes encore debout devant l’Eternel !

 

            Athanase Vantchev de Thracy

A Paris, samedi 22, dimanche 23, lundi 24 octobre de l’An de la Résurrection MMV

Glose :

Amon, Amen : le mot « Amen » de la Bible (mot qui signifie « En vérité ») est une altération du nom du dieu égyptien « Amon ». Il date de l’époque de l’exode. Il fut généralisé par les scribes dans les malédictions et bénédictions, ainsi que dans toutes les prières monothéistes.

Moïse ordonne au peuple de répondre « Amen » à chacune des douze malédictions inscrites dans le Deutéronome (mot grec signifiant « la deuxième loi », cinquième livre du Pentateuque ; le Pentateuque, c’est la Torah des Juifs, composée de 5 livres : Genèse, Exode, Lévitique, Nombres, Deutéronome ») : « Maudit est l’homme qui fait une image sculptée ou une statue de métal fondu, chose détestable pour Yahvé (Adonaï), ouvrage des mains d’un ouvrier sur bois ou en métaux, et qui l’a mise dans une cachette. Et tout le peuple devra répondre et dire : « Amen ».

Yahvé est Adonaï. Adonaï est un mot égyptien, composé de « Adon », altération du nom du dieu Aton et de Aï. Qui est Aï ? Fils du Grand Prêtre Youya, frère de l’épouse du pharaon Aménophis III, général et Grand Prêtre proclamé « Père du Dieu » par le fils d’Aménophis III, Aménophis IV (Akhénaton), le pharaon mystique, fondateur du monothéisme.

Devenu pharaon après la mort d’Akhénaton et de ses fils Semenkharé et Toutankhamon, Aï, obligé de restaurer le culte du dieu Amon et d’abandonner celui d’Aton dont il fut le Prêtre Suprême, assigne comme lieu de résidence aux Yahouds, les prêtres égyptiens du dieu unique Aton tombé en disgrâce, la province égyptienne de Canaan. Les Yahouds (devenus les Judéens de la Bible) partent pour cette lointaine contrée accompagnés de leurs serviteurs (devenus les Hébreux de la Bible). Les prêtres s’installeront en Judée, leurs serviteurs peupleront le Nord. Cet exode se déroula de la façon la plus paisible, contrairement aux assertions des auteurs de la Bible. Aï, ancien monothéiste, fit même accompagner les Yahouds et leurs serviteurs par une armée. Le pharaon, grand homme d’Etat, voulait repeupler Canaan, cette lointaine province égyptienne, attaquée de plus en plus souvent par les Hittites, peuple indo-européen arrivé au IIe millénaire en Anatolie. Les Yahouds déifièrent Aï. Ainsi Aton-Aï (Aton, parce que Aï fut prêtre d’Aton avant de restaurer le culte à Amon) est devenu l’Adonaï de la Bible, écrite quelque 1000 ans après l’exode que l’on peut situer vers 1340 av. J.-C.

Géminé, e (adj.) : du latin geminatus, consonnes doublées, groupées deux par deux, disposées par paires. Synonyme : jumelé, e (adj.)

Incipit (n.m.) : mot latin, 3ème personne, singulier, indicatif du verbe incipere, « commencer ». Premiers mots d’un manuscrit, d’un livre. Catalogue citant les incipit (ou les incipits) des ouvrages répertoriés.

Excipit (n.m.) : mot latin, 3ème personne, singulier, indicatif du verbe excipio, « retirer », « s’échapper ». Les derniers mots d’un manuscrit. Le mot dans ce sens est rarement employé.

Mania et Pneuma : mots grecs : ή μανία, μανίας, « démence », «  folie » et τό πνεϋμα, πνεϋματος, « souffle ».

Locus vexatus : expression latine qui signifie « des blancs dans un manuscrit ancien », de locus, loci, « lieu, endroit, place » et vexatus, « endommagé », du verbe latin vexo, vexavi, vexatum.

Pyrrhique (n.f.) : du grec ή πυρρίχη, πυρρίχης, « danse guerrière » particulèrement en honneur à Sparte et en Crète, de πύρριχος, « rougâtre, roux ». Sorte de rythme guerrier.

Trochée (n.m.) : du grec τρόχος, τρόχυ, « course ». Pieds formé de deux syllabes, une longue et une brève.

Dichorée (n.m.) : du grec διχόρειος, διχόρειου, πούς διχόρειος, « pied de deux trochées »

Rhombos (n.m.) : du grec ρόμβος, ρόμβου, « tout objet de forme circulaire ». La toupie d’enfant. Timbale, sorte de tambour. Le rouet magique. Mouvement rapide et vibratoire. Ici, dans le sens d’instrument de musique.

Intumescence (n.f.) : du verbe latin intumesco, « se gonfler, s’enfler, croître, grandir ».

Orbe (n.m.) : du latin orbis, orbis, « toute surface circulaire ». Espace circonscrit par l’orbite d’une planète ou de tout corps céleste. Globe, sphère (d’un astre).

Effluence (n.f.) : du verbe latin effluo, effluxi, effuvere, « « couler de, découler, sortir en coulant. Emanation.