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LE ROSSIGNOL DE MAI (français)

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LE ROSSIGNOL DE MAI

A Jeton Kelmendi

« Tu ne sais du printemps que les fleurs… »

            Paul Géraldy

C’est tôt le matin que je l’entends. Ce délicieux filet de voix, cet éparpillement soyeux de trilles, ces éclats de lumière riches en nuances, ces allegros, largos, crescendos si précis, si vigoureux !

La nuit est claire et ondoyante comme du satin. Ce petit corps, devenu exaltation amoureuse, églogue, transport lyrique, frémit parmi les tendres feuilles printanières. Sa mélodie insigne, légendaire, mémorable, sa mélopée hyaline court comme un ruisseau cristallin de frissons d’arbre en arbre, de buisson en buisson, de fourré en fourré.

Tout dans cette nuit démesurée de mai semble fait de caresses, de limpidité, de duvet.

Le frêle, le gracile rossignol ! Toujours invisible, humble, dissimulé sous ses plumes monacales. Lui, dont l’amour n’est que musique et transport de notes translucides !

Je savoure, le visage baigné par le clair de lune, tour à tour les modulations plaintives de la flûte phrygienne, les susurrements du pipeau rustique, les courtes pauses blanches, pendant lesquelles l’air ému jusqu’aux larmes, reprend son souffle léger. Instants de calme violet, de détente élégiaque, de rêverie éperdue et de mystère bachique.

Non, ni la grive enchanteresse, ni le merle musicien, ni la grêle rousserolle verderolle,  ni la leste fauvette grisette à la tête recouverte de crêpe noir, ni le bavard hypolaïs polyglotte ne peuvent rivaliser avec son art aux variations infinies.

Lui, dont la gorge adamantine s’éparpille dans la pénombre avec une grâce vertigineuse. Lui, qui n’est plus que vibrations, battements d’ailes, ondes, oscillations. Tendre être métamorphosé en chant.

Et puis, on ne l’entend plus. Puis le cœur se couvre d’un lourd deuil automnal.

Il s’en va vers l’heureuse Afrique, vers les hautes nuits tropicales, vers l’immense chaleur des terres rouges. Là, où d’autres jeunes cœurs purs, naïfs, amoureux l’attendent, les yeux étincelant d’enthousiasme.  

            Athanase Vantchev de Thracy

Rueil-Malmaison, ce dimanche 7 décembre, Anno Domini MMVIII

Glose :

Hyalin, hyaline (adj.) : du grec ancien hualos/ ὕαλος, « qui a la transparence du verre ». Transparent.

Rousserole verderolle – Acrocephalus palustris  (n.f.) : oiseau de l’ordre des Passériforme, de la familles des Sylviidés. La rousserolle verderolle est la « soeur jumelle » de la rousserolle effarvate. La distinction visuelle est loin d'être évidente. Le critère « chant » est plus fiable. De façon générale, les deux espèces n'occupent pas le même habitat. Egalement de teinte brune, la rousserolle verderolle est plus blanche sur les parties inférieures, et davantage vert-olive sur les parties supérieures. Elle a les pattes claires. Le bec est légèrement plus court. La calotte est plus ronde.

Fauvette grisette -  Sylvia communis (n.f.) : oiseau de l’ordre des Passériformes, de la famille des Sylviidés. Petite et vive, avec les ailes rousses et la queue assez longue aux rectrices externes blanches. Elle chante souvent du haut d’un buisson ou lors d’un bref vol ascendant. L’un de ses chants se compose d’une petite phrase pleine d’entrain répétée en alternance avec de courts silences.

Hypolaïs polyglotte – Hippolais polyglotta (n.f.) : oiseau de l’ordre des Passériformes, de la famille des Sylviidés. Ses facultés d'imitation lui ont valu le nom de polyglotte. En effet, dans le babil incessant que délivre l'hypolaïs figurent des sons empruntés au registre d'autres espèces. Elle entame souvent sa composition sonore par quelques notes du  merle noir (Turdus merula), du moineau domestique, de la grive musicienne ou de l’hirondelle rustique. C'est une chanteuse assidue qui, absorbée dans ses vocalises, se laisse facilement observer.