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LA CHASSE DU ROI FINN (français)

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LA CHASSE DU ROI FINN

              ou

        LAI D’OSSIAN

 

« Le chant du merle du Bosquet du Tertre,
Le mugissement du cerf de la Falaise des Mûres,
C’est la musique qui endormit Finn de bonne heure,
Le canard du Lac des Trois Détroits. »

            Ossianique

 

Comme elle était étincelante l’armée du Roi
Et harmonieux le chant des femmes blondes,
Des jeunes filles à la forme parfaite
De la Cour de Scotia Major !
Qui pourrait oublier leur peau agatisée,
Leur chair coruscante,
Leurs flottantes chevelures faites de feu rouge !

 

Et tous ces adolescents au corps de dieu voyageur,
Corps de pur diamant, lèvres de pavots incarnats,
Jouvenceaux  ardents, adonis,
Ephèbes au regard d’aurore neuve !
Comme elle était effulgente cette jeunesse
Quand le crépuscule déployait ses flamboyants oriflammes !

 

Comme ils étaient splendides, les jours de chasse du Roi,
Beau était le chant mélancolique du cor,
Belles les sonorités des trompes !
Merveilleux étaient les chiens aux jarrets d’acier,
Forts, amènes et gracieux les valets en uniforme luisant !

 

Elles sont à jamais gravées dans ma mémoire faste
Ces courses rapides à travers plaines et forêts,
Monts et vaux ! Il vit et frissonne en moi
Le doux concert des merles au plumage luisant !

 

Non, je ne puis oublier les éclats de joie
De l’équipage somptueux du Roi,
Les nobles élans des cerfs,
Les pas rapides des biches minutieuses,
Les sauts des chevreuils amoureux
Et la grâce éblouissante des chevrettes hâtives,
Le cœur ardent des jeunes faons
Le courage de leurs aînés,
Les tendres daguets qui savouraient au printemps
 

2.

Le bourgeon odorant et croquaient de leurs dents brillantes,
En automne, le gland sucré et la faine farineuse,
Broutant, quand grogne le vent du Nord
Et tombe la neige transparente, l’amer lierre gras !

 

Comme le Roi aimait les petits chevaliers arlequins
Qui sifflent sans prendre le moindre repos,
Tant leur cœur de poète duveteux était plein de musique !
Et la grive dorée, la joyeuse grive orangée, celle aussi
Qu’on nomme musicienne, 
Les vanneaux huppés,
Le pluvier anxieux et impatient !

 

Comme il admirait les brocards soyeux
Quand ils sortaient des boqueteaux  au gagnage du soir !

  

Aujourd’hui, la tristesse me tient compagnie,
L’amertume s’égoutte sur le cœur des feuilles des bois.
Pourquoi se taisent-ils les merles de l’Irlande,
Pourquoi le désir de chanter fuit
Et tourne sa face éplorée à la brise ?

 

Ô vacarme des chiens du Roi,
Lévriers à la belle forme élancée,
Comme vous remplissiez de votre chant luxueux et suave
Les brumeux souvenirs de mon cœur affolé !

 

Oui, pourquoi s’est-il tu l’océan ?
Que sont-elles devenus les trompes
Joyeuses ? Je n’entends plus la douce musique des feuilles du chêne,
Le velouteux roucoulement des coqs de bruyère,
Les cors orné d’or et d’argent qui claironnaient sur les sommets ?

 

Pur est le son du soir, grave, léger, intrépide
Sous le baldaquin damassé du ciel ! Le doux soir qui admire
Les aigles au vol égal, le bramement rauque des cerfs fougueux
Et les loutres d’eau verte agitée, les loutres siffleuses ?

 

Je me souviens de vous, fouines délicates,
Fouines prestes et habiles,
Martres friandes des baies d’if et du fusain,
De framboisiers odorants et de miel fleurant
Les molles prairies de l’Irlande !

3.

 

Pourquoi sont-ils vides les paniers d’osier ?
N’y a-t-il plus de mains blanches
Pour cueillir les mûres mauves des bosquets,
Les framboises juteuses où, ivre, dort le soleil,
Le cresson souriant et l’ache sereine,
L’ail protecteur de malheur,
La véronique aux racines secrètes,
La canneberge qui rend inégalable à la douce cuisson
Le valeureux gibier ?

 

Le monde entier semble enfin dormir :
Loups, louves et louveteaux au fond de leurs tanières,
Les linottes chahuteuses dans leurs nids recouverts de duvet,
La biche somptueuse et son faon tacheté,
Les mares magnanimes, les iris sauvages au calice d’or,
Les fougères couleur d’incendie,
Le roitelet tissé de gentillesse et de grâce !

 

Sur l’herbe accueillante dorment à jamais,
A jamais, ô ma douce Irlande, les héros indomptables
De la glorieuse Fianna :
Oscar à l’armure cuivrée,
Eogan au javelot précis,
Caoilte aux pieds de brise,
Diarmaid à la face d’étoile, l’amant de la belle Graïne
Aux nattes de lin blanc,
Conchenn le druide, ami de nos dieux, à l’amitié souriante
Et à l’œil aimant qui voit l’invisible !

 

Ô temps bienheureux, temps évanouis !
Triste ce soir est mon cœur.
Triste mon ouïe qui n’entend plus couler dans l’air frais
Le cristal liquide de la grive,
L’eau claire des ruisseaux, l’heureux jappement des lévriers,
Les rapides des montagnes, la voix rauque du râle.
Le vol mielleux des abeilles, le cri effaré de la cane,
La sève des coudriers, le sifflement langoureux des linottes,
Les querelles des hérons, la nuit !

 

Tout en moi est devenu silence et chagrin !
Le vent froid siffle dans le soir glacial !
Lent est le Channon dans son lit qui s’en va vers l’océan.

 

Ô jour où le chant d’un petit oiseau
Rendait excellents et joyeux mon âme et mon cœur.
Ô jour où un mot gaélique faisait fleurir sur mes lèvres

4. 

Toutes les fleurs des printemps divins
De ma divine Irlande !

            Athanase Vantchev de Thracy

A Paris, ce dimanche 19 décembre, Anno Domini MMIV

Glose :

Ossian : poète légendaire d’Irlande, fils du barde et guerrier Finn (Fionn, Find), le héros
principal de la Fianna, qui aurait vécu au IIIe siècle. Ossian est une forme moderne du prénom
Oisin
qui signifie « faon » ou « le petit cerf », lui-même diminutif affectif de os, « cerf ». La
prononciation irlandaise de Oisin est « échine » ou « euchine ». Le terme irlandais pour
désigner le cycle de poésie attribué à Ossian est « Fiannuigheacht », devenu en orthographe
simplifiée moderne « Fiannaiocht ». Le cycle traite de la vie et des hauts faits de la fameuse
armée irlandaise, la Fianna ou Fiann, une troupe permanente qui fut détruite en 284 ap. J.-C. 

« Cette troupe partageait son temps entre la guerre, la chasse ou le repos avec divertissement.
– écrit le spécialiste André Verrier – Elle dépendait du roi suprême et avait pour obligation
principale la protection du pays contre les attaques d’un ennemi étranger… Sa relative
indépendance provoqua souvent des difficultés et finit par lui coûter l’existence… Dans la
treizième année du règne de Caïrbre Lifeachair, roi suprême, Finn, fils de Cum(h)all Mac Airt
et petit-fils de Tré(a)nmhor du caln Baoiscne (ou Baisgne), est tué à Ath-Breac par
Aichleach ». Oisin et son fidèle compagnon Caoilte (prononcé Kilti) Mac Ronain, du clan
Ronain de la Fianna, survécurent à cette bataille et la légende leur attribue une longévité telle
qu’ils auraient connu  l’apôtre Patrice ou Patrick (en irlandais Padraig), de son nom de famille
Sucatt dont la tradition porte l’arrivée en Irlande en 432. Cette rencontre des héros survivants
avec le saint civilisateur du pays est le sujet d’un récit émouvant en prose tardif (vers 1200)
qui renferme de nombreux poèmes. C’est l’Agallamh na Senorach ou Dialogue des Anciens.
Oisin et Caoilte y révèlent à saint Patrick les grands faits du paganisme et évoquent les
guerriers morts et les lieux de leurs exploits.

Peuplée depuis la préhistoire, atteinte par la civilisation mégalithique venue de Méditerranée,
l’île de l’Irlande fut envahie au IV e siècle par les Scots ou Gaëls (Gaedhils), population celte
apparentée aux Bretons de la grande île voisine (Grande-Bretagne). Cette époque reste mal
connue. La légende donne une transcription mythique des événements. On sait que la religion
des Gaëls était dirigée par des druides et qu’ils possédaient une écriture connue sous le nom
de ogham. On retrouve des traces de matriarcat dans leur civilisation. Cinq ou sept rois se
partageaient le territoire de l’Irlande. Ils obéissaient plus ou moins à un roi des rois, roi
suprême (Ard Ri). Les Gaëls vivaient en tribus ou clans  (tuatha) regroupés sous l’autorité des
rois provinciaux. Au Ve siècle, les Gaëls de l’Irlande vainquirent les Pictes qui habitaient
l’Ecosse et s’installèrent dans leur pays. Le christianisme provoqua une floraison de
monastères (Aran, Mor, Clonard, Clonmacnois, et autres) ; elle fut le fait de saint Patrick
(mort en 461)  et de nombreux fondateurs, dont saint Colomba, convertisseur de l’Ecosse.
Du VIe au VIIe siècle, l’Irlande connut un prestige unique en Europe : saint Finnian à
Clonard, les monastères d’Armagh, de Slane éduquaient le monde occidental : Alcuin y
alla étudier. Scot Erigène (« originaire d’Erin »), Fergal, Dicuil, incarnaient le rayonnement
d’une culture, tandis que les missionnaires irlandais essaimaient : saint Fursa à Péronne,
saint Fiacre près de Meaux, saint Kilian à Würzburg, saint Colomban à Luxeuil, etc.

D’après certains spécialistes, les Scots ou Gaëls, guidés par leur reine Scota, seraient venus de
l’Orient. Ils se seraient établis d’abord en Galicie (Espagne). De là, ils auraient envahi
l’Irlande. Selon la légende, la reine Scota aurait eu trois fils : Erin, Fodla et Banba. L’Irlande
devait porter leurs trois noms. Le nom de Scotia cependant fut donné à l’Est de l’Irlande. Le
pays lui-même était connu sous l’appellation Scotia Major. Les Gaëls conquirent plus tard
l’Ecosse (Scotia Minor). L’Europe appela longtemps les Irlandais Scotti.  C’est sous cette
appellation que furent connus les missionnaires irlandais. Le terme Celte est récent pour
nommer tous les peuples de même origine.    

Gaélique (n.m. et adj.) : le gaélique ou l’irlandais est la langue des Gaèls. Cette langue
descend d’une forme ancienne appelée le goidélique. Elle est parlée en Irlande, en Ecosse et
sur l’île de Man. Le goidélique possédait des caractères orgamiques consistant en encoches
et points gravés. Les langues celtiques se divisent en deux groupes : goidélique et
britonnique.  Font partie du groupe britonnique le gallois (parlé au pays de Galles), le breton
(parlé par les Bretons en France) et le cornique (très proche du breton, le cornique est parlé
dans le comté de Cornouailles).   

Shannon (n.m.) : fleuve irlandais.

Coruscant, e (adj.) : du latin coruscans, « brillant », « éclatant ».

Effulgent, e (adj.) : du verbe latin effulgeo, « briller, éclater, luire, être lumineux ».

Chevalier (n.m.) : du latin caballarius, d’après cheval, lui-même du latin caballus, « mauvais
cheval », qui a supplanté le latin classique equus. Oiseau échassier migrateur au bec droit
(charadriiformes). Synonyme : gambette (chevalier à pieds rouges).

Grive (n.f.) : peut-être le féminin, dans l’ancien français, de griu, « grec » ou, peut-être, le
dérivé du mot latin cribrum qui a donné grivelé. Oiseaux (passériformes)  dont le plumage est
brun plus ou moins clair, parsemé de taches noirâtres. Grive commune, musicienne ou grie
des vignes (vendangette).
Grosse grive (draine, jocasse) ; grive à tête cendrée (litorne,
tourd
) ; petite grive (mauvis). La grive chante, babille. Soûl comme une grive (par allusion à
l’habitude qu’a la grive de se gorger de raisin). Faute de grives, on mange des merles : faute
de ce que l’on désire, il faut se contenter de ce que l’on a.

Vanneau (n.m.) : de van, probablement à cause du bruit des ailes. Oiseau échassier de la
taille du pigeon (charadriiformes), à huppe noire. 

Merle (n.m.) : du bas latin merulus, lui-même du latin classique merula. Oiseau passereau
(passériformes) au plumage généralement noir chez le mâle, brun chez la femelle (merlette).

Merleau, le petit du merle. Merle noir, à plastron. Siffler comme un merle, très bien.
Ironique : un vilain merle, un beau merle : personnage peu recommandable. Merle blanc :
personne ou chose introuvable ou extrêmement rare (Mouton à cinq pattes).

Linotte (n.f.), variante linot (n.m.) : de lin (linum en latin), cet oiseau étant très friand de
linettes (graine de lin). Petit passereau siffleur, au plumage brun sur le dos, rouge sur la
poitrine. Tête de linotte : personne écervelée, agissant étourdiment et à la légère.

Roitelet (n.m.) : de l’ancien français roitel, diminutif de roi. Oiseau passereau plus petit que
le moineau. Le roitelet huppé.

Râle (n.m.) : du latin rasclare, « racler ». Oiseau migrateur (échassiers) de la taille d’une
bécasse. Râle d’eau ou râle noir. Râle des genêts, couramment appelé roi des cailles.

Gagnage : de gagner, lui-même du francique °waidanjan, « se procurer de la nourriture, du
butin, d’où « paître », « brouter », « vénerie ». Pâturage ; champ où le gibier va prendre sa
nourriture.

Damassé, e (adj.) : de damasser, lui-même de damas, « tissu fabriqué à la façon de Damas en
Syrie ». Tissé comme le damas, étoffe dont le dessin apparaît à l’endroit en satin sur fond de
taffetas et à l’envers en taffetas sur fond de satin. Acier damassé : travailler en damas ; moiré
et présentant l’aspect du damas.    

Coudrier (n.m.) : du latin populaire colurus. Noisetier. La baguette de coudrier du sourcier.
Coudraie (n.f.) : plantation de coudriers.

Cresson (n.m.) : du francique °kresso. Plante herbacée vivace, à tige rampante et à feuilles
découpées en lobes arrondis (cruciféracées), cultivée pour ses parties vertes comestibles à
goût piquant. Cresson de fontaine qui pousse dans les mares et les ruisseaux. Cresson
alénois
(altération de « orlénois », d’Orléans, urbs Aurelianensis en latin) : nasitort,
passerage.
 Cresson des prés ou cressonnette : cardamine. Cressonnière (n.f.) : lieu
baigné d’eau où l’on cultive le cresson.  

Ache (n.f.) : du latin populaire apia, lui-même du latin classique apium. Plante ombellifère,
herbacée, dont deux espèces sont cultivées comme alimentaires, le céleri à côtes et le céleri
rave.

Canneberge (n.f.) : étymologie incertaine. Plante des marais et tourbières des régions froides
(éricacées), arbuste à feuilles persistantes, à baies comestibles. Par extension de sens : la baie
rouge, acidulée (plus grosse que celle des airelles). Régional : atoca. Renne à la confiture de
canneberge
(plat norvégien). Poulet, dindes aux canneberges (plat des pays anglo-
saxons).