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LE TREMBLE (français)

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LE TREMBLE 

« Donc lorsque vous dites Je pense, vous dites Je suis ; et alors, en disant sous forme de conséquence : Donc je suis, vous n’ajoutez rien de plus que ce que vous avez présupposé ; ainsi vous prouvez le même par le même ».

            Pierre Gassendi, Recherches métaphysiques

 

Alors que penché sur les livres ioniques,

Je cherche à pénétrer les abysses émeraude

De la plus haute métaphysique

De la justice grecque,

Qualité pure, principe essentiel

De la splendeur humaine

Et source seigneuriale de toutes les vertus,

 

Dehors, sous le ciel sublime de Syracuse,

Ô mon tremble  chanteur,

Douce et rieuse, la brise ornée de nénuphars roses

Caresse ton cœur sculpté par les baisers des aubes

Et remplit de sa voix joyeuse

L’amoureux frémissement de tes feuilles.

 

Et la musique, œuvre souveraine d’Apollon,

Dieu solaire de l’Amour,

Envahit ton sang authentique

Et verse dans ton âme éthérée

Une harmonie radieuse

Née dans les contrées où habitent

Les dieux immortels.

 

En vain, ô mon esprit palpitant, tu cherches

A converser avec la sagesse élyséenne

Des ombres magnanimes du passé !

Regarde comme tout devient

Plus abrupt, plus reculé,

Plus distant et plus inaccessible

Dans les turbulences torrides de la pensée !

 

En vain tu évoques, tel Achille,

Le fantôme de Patrocle !

Toi qui sais, qu’évanescente,

La mort échappe à la tendresse

De nos baisers ?

 

Et que seule la Poésie pure,

Suprême présent de l’éternité,

Remue en nous les mers haletantes

Des siècles évanouis et tisse de mots d’or

Notre vaste liberté !

Oublie mes errances, mon arbre serein,

Réjouis-toi du souffle parfumé des marées,

Toi qui aimes la lumière des jours ordinaires,

Toi, mon compagnon aérien, qui connais,

Jusqu’à tes racines clairvoyantes,

Les lois impériales du Ciel

Et l’invincible suprématie

De sa taciturne perfection !

 

Comme toi, mon tremble léger,

Mon âme veut demeurer

Dans l’excellence de la Beauté

Maintenant et toujours

Eternellement

Et absolument !

 

Mon âme, ô mon arbre, ouverte

Comme la tienne

A la matinale intelligence

De l’Aurore !

            Athanase Vantchev de Thracy

Glose :

Tremble (n.m.) : du bas latin tremulus, « le tremblant ». Peuplier à écorce lisse, à tige droite, dont les feuilles à minces pétioles frissonnent au moindre souffle.

Pierre Gassend, dit Pierre Gassendi (1592-1655) : philosophe et savant français. Chanoine de Digne dès 1614, il enseigna les mathématiques  au Collège royal. Partisan du système de Copernic et admirateur de Galilée, il fut lui-même de nombreuses observations en astronomie et en physique. Adversaire d’Aristote et de Descartes (Objections aux Méditations, 1644), il renoua avec le matérialisme atomiste, le sensualisme et la morale d’Epicure (De vita et moribus Epicuri, 1647 ; Syntagma philosophiae Epicuri, 1649) toute en la nuançant de thèmes spiritualistes. Ami de Peiresc et de Mersenne, il fut au centre d’un petit groupe de « libertins érudits » qui comprenait Diodati, La Mothe Le Vayer, Naudé. Il influença  aussi Sorbière, le traducteur de Hobbes en français, et Cyrano de Bergerac. Fut-il libertin, athée, matérialiste ? Certains passages le font penser, mais d’autres montrent son orthodoxie religieuse. Entre critique et tradition, sa pensée a des aspects de compromis et d’ambiguïté de position, quand il expose les opinions d’Epicure notamment.