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LE COMTE DE VILLAMEDIANA (français)

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LE COMTE DE VILLAMEDIANA

! Oh ciega obstinction ! ! O duro transe !

(Ô aveugle obstination ! Ô dure transe ! »

            Don Juan de Tassis, comte de Villamediana (1582-1622)

 

Des fêtes perpétuelles, des tournois, des chasses,
Bijoux de diamants et jeux d’Eros splendides,
Costumes éblouissants, concupiscence alide,
Théâtre et blasphèmes, poèmes et rêves fugaces !

 

Ainsi vécut le comte, fils libre de l’audace,
Roi de la satire et alchimiste candide,
Les Erinyes changées en tendre Euménides
Par sa beauté solaire et sa fureur pugnace !

 

Ô main qui as plongé ta haine voluptueuse
Dans le printemps d’un sang ardent et intrépide,
Savais-tu en frappant de ta colère perfide

 

Que sous ce masque léger, que sous ces transes rieuses
Vivaient, plus beaux que l’aube, plus tendres que l’été
La Poésie céleste et l’Ange de la Beauté ?

 

            Athanase Vantchev de Thracy

Paris, ce lundi 6 décembre, La Saint-Nicolas, Anno Christ MMIV

Aujourd’hui, toute la chrétienté fête saint Nicolas, fête de mon père qui portait ce vigoureux
prénom signifiant « la victoire du peuple /sur l’ennemi/ ». Ô années somptueuses de mon
enfance ! Ô mon père, puis-je oublier ta divine gentillesse, nos humbles cadeaux, les chants
autour de la table dressée, avec tant d’amour et tant de sérénité, par ma douce mère ? La
lumière des bougies rouges, l’air chargé d’affection vaporeuse, les chants des Balkans qui
appelaient des larmes dans tes magnifiques yeux verts, nos rires moqueurs et aimants, la
tendresse des proches ! Oublierais-je le pudique baiser de ton coeur sur mon front avant le
sommeil ? Paix à ton âme, père !

Glose :

Don Juan de Tassis, comte de Villamediana (Lisbonne 1582 – Madrid 1627) : un des plus
grands poètes espagnols. Grand Courrier du Royaume, le comte descendait d’une illustre
famille bergamasque (de Bergame en Italie). A la fin du XIIIe siècle, Omedeo Tasso, son
riche ancêtre, organisa à son compte, un service du courrier à cheval qui disposait de sa
propre banque. Grâce aux papes et aux empereurs, ce service s’étendit vite à toute l’Europe,
jusqu’à ce que la famille Thurn und Taxis (Tassis), cédât ses droits à la Prusse de Bismarck.
« Un autre ancêtre de Villamediana – écrit Edison Simons -  Pagano della Torre, patriarche
d’Aquilée, fut, sans doute, protecteur de Dante. Dans l’arbre de sa généalogie … /fleurissent/
les noms de Torquato Tasso /un des génies de la poésie italienne/ et de la princesse Marie
/von Thurn und Taxis/
, dame de Duino et des Elégies /de Rilke/ ». Il eut comme précepteurs
deux humanistes : Bartolomé Jimenez Paton, qui lui dédiera plus tard, son livre d’alchimie
Mercurius Trismegistus (Mercure /Hermès/ trois fois grand - 1621) et Luis Tribaldos de
Toledo. Par décret du 4 décembre 1598 signé par Philippe III, Don Juan succède à son père
dans la charge de Grand Courrier du Royaume. En 1601, il épouse Dona Ana de Mendoza,
nièce du duc del Infantado. En 1605, il est banni de la Cour pour ses outrages à la marquise
del Valle. Il voyage en France et en Flandres, où il sert dans l’armée. 1607 : il retourne en
Espagne à la mort de son père. 1608 : deuxième bannissement pour ses excès aux jeux de
hasard. 1612 : Don Juan organise les fêtes en l’honneur des fiançailles du futur Philippe IV et
d’Isabelle de Bourbon. 1615 : retour à Madrid après un long séjour en Italie et à la Cour du
comte de Lemos, vice-roi de Naples. 1618 : troisième bannissement à causes de ses féroces
satires contre les ministres du roi. 1621 : début du règne de Philippe IV. Retour du comte à
Madrid. Il est nommé gentilhomme de la Maison de la Reine dont il est profondément
amoureux. 1622 : le 21 août, il est assassiné dans la rue au centre même de Madrid par un
tueur anonyme.

Alide (adj.) : du prénom « Ali ». Digne des grands nobles (les Alides) descendant de Ali,
cousin et gendre du Prophète, quatrième calife de l’islam.

Euménides (n.f. pl.) : du grec Eumenides, Eumenidôn, « les bienveillantes » sous entendu
Theai Eumenides, « les déesses bienveillantes ». C’est le nom flatteur des Erinyes (en grec
Erinuei, pluriel de Erinus, Erinuos), déesses violentes que les Romains identifièrent à leurs
Furies. Elle sont nées des gouttes du sang dont la mutilation d’Ouranos imprégna la Terre.
Les Erinyes appartiennent par conséquent aux plus anciennes divinités du panthéon
hellénique. Ce sont des forces primitives, qui ne reconnaissent pas l’autorité des dieux de la
plus jeune génération. Elles sont analogues aux Parques, ou Destins, qui n’ont d’autres lois
qu’eux-mêmes, et auxquelles Zeus lui-même doit obéir. Dès les poèmes homériques, leur
fonction essentielle sera la vengeance du crime.