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LE CIEL DU RIF (français)

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LE CIEL DU RIF 

« Ma terre est une lettre »

            Andich Chahid

 

I.

 

Le ciel étend son voile à semis de fleurs

Sur les somptueux cèdres du Rif.

Ta peau est suave

Comme la chair des fraises sauvages des fourrés,

Tu ris et toute la beauté du monde

Est dans le ruisseau vert de tes yeux !

 

II.

 

Ces visages de femmes amazighes

Plus doux que des poèmes de satins légers.

Et leurs mains d’ivoire d’autrefois,

Lumineuses

Dans la grande quiétude de leur silence.

 

III.

 

La démarche élégante des jeunes filles

Des hautes montagnes,

Cette odeur enivrante de violettes –

Lettres fines du tifinagh

Leur rire diaphane.

 

IV.

 

Andich vient avec le soir,

En tunique blanche cousue

Par les cantilènes des abeilles,

Brodée par les brises du Rif

Et son cœur est grand et pur

Comme la face de l’éternelle Tamazgha !

 

V.

 

Ici la beauté est dans toutes les prunelles

Des adolescents !

L’automne et ses jours de belles ordonnances

Baignent leur beauté fulgurante,

Leurs hanches minces et souples,

Leur poitrine de marbre blanc du Rif.

 

VI.

 

Dans ce pays magique,

Dans les plis de ses montagnes majestueuses

Les draps sentent le pin et la menthe

Maisons ouvertes

Comme des ailes de colombes

Dans la molle sérénité du soir.

 

VII.

 

La houle de la mer dans la bouche de Massirin,

Les heures sont douces comme des fruits !

Et son cœur n’a pas assez de baisers

Pour couvrir de sa tendresse vertigineuse

Ce pays qu’il aime à mourir.

 

VIII.

 

La récitation sillante des rouges-gorges le matin,

Le parfum de thé et de paroles aimantes,

La rose décence des sentiers et des champs,

L’abîme immobile des lits

Où dorment des enfants

Plus beau que le sourire de l’aurore.

 

IX.

 

La moiteur des corps presque nus des paysans,

Leurs têtes antiques qui rappellent Massinissa

Et Jugurtha !

Des chevelures couleur de vin et de cuivre

Où souffle le vent doré de midi

Et cette impression d’éternité

Dans leurs regards !

 

X.

 

Idir, écoute le synode serein des libellules,

Oublie un instant la signée des nuits,

Le temps et ses boucles perlées de résine de sapin,

Les rumeurs de l’argile et les légions des étoiles du Rif !

 

Couche-toi sur l’herbe molle des prairies

Et écoute, écoute sans pleurer,

Les suaves battements

Du cœur immortel de ta terre !

 

 

            Athanase Vantchev de Thracy

 

Paris, ce mercredi 5 novembre 2008

Glose :

Le Rif : du tamazight (langue des Imazighen, c’est-à-dire des Berbères) arrif, « rivage, bord ». Le Rif est une chaîne plissé du Maroc septentrional, arc montagneux bordant la Méditerranée du détroit du Gibraltar à l’Ouest à l’embouchure  de la Moulouya à l’Est.  Dominant au Sud-Ouest et au Sud la plaine de Gharb et au Sud-Est le couloir de Taza (Atlas tellien). Villes principales : Tanger,  Ceuta, Tétouan, Al-Hoceima, Melilla, Nador sur le versant Nord, Ksar el-Kebir, Ouezzane, Taza sur le versant Sud. Sa population, essentiellement composée de Berbères (Imazighen) rifains,  mena une opposition faroucheà la pénétration européenne au début du XXe siècle. Après la défaite espagnole d’Anoual (1921), l’offensive coordonnée des forces françaises et espagnoles à laquelle participère le général Noguès et Franco contraignit Abd el-Krim à se rendre (1926).

Les villes touristiques du Rif sont très appréciées des touristes, telles que Cala Iris (à l'ouest de Al-Hoceima), Tala Tazegwaght au sud-ouest de Nador dans le territoire de la tribu Ighzenayane, la côte entre Tetouane, Tanger et Ketama, Chefchaouen ou encore Saidia dans le territoire de la tribu Ayt Iznassen.

Fourré (n.m.) : massif épais et touffu de végétaux sauvages de taille moyenne, d’arbustes à branches basses. Fourré d’un bois. Fourré de broussailles, de ronces. Synonymes : hallier, taillis, buisson, maquis.

Tifinagh ou tifinaghe (se prononce tifinar) ou libyco-berbère est un alphabet utilisé par les Berbères (Imazighen). C'était autrefois un abjad, un alphabet consonantique.

Sillant, e (adj.) : du verbe siller qui signifie « produire un sifflement aigu et continu ».

Massinissa (238 – 148 av. J.-C.) :  son nom berbère est MSNSN-Massinissan, de mass « seigneur » et inassen « peuple », sur les inscriptions bilingues de Citra, actuelle Constantine en Algérie, appelé par les auteurs latins Massinissa. Il est le premier roi de la Numidie unifiéee.

Fils du roi (agellid en berbère)  Gaïa (G.Y.Y, inscription punique), petit-fils de Zelalsan et arrière petit-fils d'Ilès. Il naquit vers 238 av. J.-C. dans la tribu des Massyles (Mis Ilès). Il mourut début janvier 148 av. J.-C.

Massinissa, sans l'aide romaine, œuvra durant toute son existence à la récupération des territoires annexés par Carthage depuis son établissement en Afrique. Il contribua notamment largement à la victoire de la bataille de Zama à la tête de sa fameuse cavalerie numide.

Jugurtha (vers 160 – vers 104 av. J.-C.) : roi de Numidie. Il s'opposa durant sept ans à la puissance romaine entre 111 et 105 av. J.-C. 

Jugurtha était le petit-fils du roi numide Massinissa dont le tombeau se trouve à Citra (actuelle ville de Constantine en Algérie). Son père était Mastanabal, frère de Micipsa, tandis que sa mère était une esclave concubine. Comme il s'agissait d'un successeur potentiel, le fils légitime de Mastanabal, Gauda, étant maladif, Micipsa, son oncle, roi de Numidie à l'époque, voulut se débarrasser de Jugurtha en l'envoyant en Hispanie (actuelle Espagne) combattre avec les troupes auxiliaires de l’armée romaine.  Jugurtha se montra brave et courageux et les armées numide et romaine furent victorieuses à Numance.  Jugurtha se fit beaucoup d'amis à Rome, non seulement grâce à sa valeur, mais aussi, quand il le fallait, grâce à son argent, et ce fut  peut-être suite à des pressions des Romains que Micipsa finit par l'adopter trois ans avant sa mort, ce qui en fit l'un des héritiers du pouvoir. Après sa mort, le royaume fut partagé entre ses fils Adherbal et son fils adoptif Jugurtha.

Jugurtha, qui ne voulait pas voir le royaume de Numidie divisé de cette manière, n'accepta pas la décision du sénat numide. En outre, ses cousins ne l'appréciaient guère et ne se privaient pas de railler son ascendance peu glorieuse. La même année, Jugurtha fit assassiner Hiempsal, le jeune frère d’Adherbal. Le sénat ne parut pas offusqué par cet étrange décès et la Numidie fut alors partagée entre Adherbal et Jugurtha. Les deux hommes continuèrent néanmoins à se faire la guerre jusqu'en 113 av. J.-C., date à laquelle Adherbal fut assassiné par Jugurtha. En outre, ce dernier s'empara aussi de la cité de Cirta, massacrant les commerçants romains qui s'y trouvaient. Rome accepta mal que ses ressortissants se fussent fait massacrer ainsi et n'apprécia guère le fait que Jugurtha voulût mettre en place un royaume de Numidie fort et uni. Le consul Calpurnius fut alors envoyé en Afrique du Nord et le conflit dura jusqu'en 111 av. J.-C. (date à laquelle Jugurtha accepta de faire la paix).

À Rome, les avis étaient divisés sur la question numidienne : les optimistes  considéraient que la Numidie devait rester un royaume indépendant, les populares  considérant au contraire que la Numidie était une propriété du peuple romain. Jugurtha fut alors convoqué devant le Sénat romain. Ce fut alors que le consul Postimius Albinus proposa de régler le problème en donnant la couronne à Massiva, un cousin de Jugurtha. Ce dernier tua alors Massiva puis s'enfuit. Les hostilités reprirent. Postimius Albinus ayant été vaincu par Jugurtha à la bataille de Calama, il fut remplacé par un nouveau consul, Quintus Caecilius Metellus qui gagna son surnom de Numidicus au cours de cette guerre. Ce dernier fut secondé par le consul Caius Marius soutenu par les populares (Caecilius Metellus étant le patron de Marius). Caecilius Metellus sortit victorieux, s'emparant des villes de Zama et Thala et repoussant Jugurtha en Maurétanie (Maroc du Nord). Cependant, il fut relevé de son commandement en 107 av. J.-C. au profit de Marius. Ce dernier remporta de nouvelles victoires contre Jugurtha à Cirta et à Capsa (actuelle Gafsa en Tunisie).

Par la suite, en 105 av. J.-C.,  Jugurtha fut capturé par son beau-père Bocchus, le roi de Maurétanie, qui accepta de le livrer à Rome. Finalement, Bocchus reçut le titre d'« ami de Rome » et la Numidie ne fut pas annexée. Elle fut cependant étroitement surveillée en devenant un royaume client de Rome. Les Romains placent le maladif Gauda sur le trône, étant donné qu'il était le fils légitime de Mastanabal. Marius fut alors réélu consul en 105 av. J.-C. puis reçut les honneurs du triomphe lorsqu'il retourna à Rome. Quant à Jugurtha, il mourut, sans doute étranglé, en captivité dans la prison de Tullianum vers 104 av. J.-C.

Le conflit entre Rome et le roi numide nous est connu grâce à la Gurre de Jugurtha (Bellum Jugurthinum), ouvrage de l’historien romain Salluste.

Synode (n.m.) : du grec synodos / σύνοδος, lui-même de sun / σύν, « avec » et odos / ’οδός, « le seuil de la maison », mais une erreur courante le relie au mot grec hodos / ‘οδός, « le chemin ». Ce mot désigne une réunion, une assemblée délibérative.