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LE CHRIST CHEZ MARTHE ET MARIE (français / anglais)

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LE CHRIST CHEZ MARTHE ET MARIE

A Abraham Bloemaert

 « Omnis mundi creatura

Quasi liber et pictura

Nobis est in speculum »

 

(« Du monde chaque créature

Telle un livre ou une peinture

Est pour nous comme en un miroir »)

 

            Alain de Lille,

            Rythmus alter

 

Tout est si calme, si vrai, le Christ, les femmes, le pain,

Les mains et les visages, la lumière, les plis

Des soyeux vêtements baignant dans l’harmonie

De ces couleurs suaves comme un soir serein !

 

Cette tendre eurythmie, splendeur, éloge surfin,

Qui apparaît à l’œil dans sa parfaite essence,

Discours extrême du cœur, triomphe de la substance

Touchée par la pupille sublime de l’Hôte divin.

 

Ô Marthe, arrête ta hâte et ouvre ton ouïe

A la musique des sphères, à cette intimité

Où l’âme à l’âme révèle les fastes de la clarté,

 

Le sens de tous les sens, la source de tous les dits,

Et comme Marie, ta sœur, saisie de ravissement,

Contemple, coeur pressé, l’accomplissement des temps !

 

            Athanase Vantchev de Thracy

Glose :

Le Christ chez Marthe et Marie : œuvre de jeunesse de Vermeer. Tableau peint vers 1655. Huile sur toile, 160 x 142 cm, Edimbourg, National Gallery of Scotland. Signé “IVMeer”. L’épisode illustré est la visite du Christ dans la maison des deux sœurs de Lazare, Marthe et Marie. Dans l’Evangile selon saint Luc (X, 38-41), on raconte que pendant que la première s’affairait pour recevoir leur hôte, la seconde s’était assise aux pieds du Sauveur pour écouter ses paroles, dans une attitude de dévotion. Le thème est celui de l’opposition entre la vie active et la vie contemplative, entre les biens terrestres et les biens spirituels.

Abraham Bloemaert (Gorkum 164 – Utrecht 1651) : le peintre et le graveur le plus éclectique du baroque hollandais. Fils d’architecte, il fut un des élèves les plus talentueux de Gerrit Splinter (lui-même disciple de Franz Floris)  et de Joos de Beer. Il passa trois ans à Paris où il étudia sous plusieurs maîtres. A son retour en Hollande, il continua sa formation chez Hironymus Francken. En 1591, Bloemaert se rendit à Amsterdam où il passa quatre ans. Il finit par s’installer à Utrecht où il devint le doyen de la Guilde de Saint-Luc. Il excella plus comme coloriste que comme maître du dessin. Extrêmement productif, il peignit et grava un grand nombre de tableaux aux sujets historiques et allégoriques, des paysages, des natures mortes, des animaux et des bouquets de fleurs. Il compta parmi ses disciples ses quatre fils Hendrick, Frederick, Cornelis et Adriaan, les deux Honthorsts et Jacob Gerritz Cuyp. Parmi ses tableaux les plus connus figurent : La Prédication de saint Jean-Baptiste ; L’Allégorie de l’hiver ; L’Allégorie de l’automne ; L’Adoration des bergers ; Madeleine en extase ; Mercure, Argus et Io ; Bergeret bergère ; La Mort des Niobides, etc.

Alain de Lille (Lille entre 1115 et 1128 – Citeaux 1203) : son nom en latin est Alanus de Insulis. Ce que nous savons de ce grand théologien d’inspiration néoplatonicienne est qu’il étudia à Chartres, Montpellier et Paris où il fut élu recteur de l’Université. Alain de Lille écrivit plus de quarante ouvrages en latin. Son immense savoir lui valut le surnom de « Doctor universalis ». Il doit son renom à deux livres allégoriques : 1. De planctu naturae (« Les lamentations de la nature »), sorte de chantefable  mêlée de prose et de vers, imitée de la célèbre Consolation philosophique de Boèce. Cet ouvrage exerça une profonde influence sur l’auteur des premiers 4 028 vers du Roman de la Rose, Jehan de Meung ; 2. Anticlaudianus (« L’Anticlaudien »), poème de 6 000 hexamètres inspiré d’une légende grecque du Xe siècle, où il chante les quatre principaux artisans du monde : Dieu, la Nature, la Fortune, le Vice.

Eurythmie (n.f.) : mot grec εύρυθμία, « mouvement bien rythmé, cadence, harmonie ». Terme employé par Platon parlant de musique, de danse, de la parole, du style. En ce qui concerne le corps et le maintien : proportion harmonieuse, grâce, dignité. En ce qui concerne l’art du chirurgien : délicatesse de main. 

 

ENGLISH : 

Christ in the House of Mary and Martha

to Abraham Bloemaert

 

'Omnis mundi creatura
Quasi liber et picture
Nobis est in speculum.'

(Every creature in this world,
 like a book or a painting,
 is seen by us as if in a mirror.)

Alain of Lille,
Rhythmus alter

 

All is so still, so true, Christ, the women, the bread,
the hands and faces, the light, the folds
of silken garments bathed in a harmony
of colour mellow as a quiet evening!

This tender rhythmic grace, splendour, refined praise,
which the eye encounters in its perfect essence,
this testimony from the depths of the heart, this triumph of the substantial
touched by the sublime eye of the divine Host.

O Martha, don't hurry, open your ears
to the music of the spheres, to the intimate space
where soul reveals to soul the richness of the Light,

the meaning of all meanings, the source of all that's said,
and like your sister Mary, seized by rapture,
contemplate with an urgent heart the fulfilment of all the ages!

translated from the French of Athansase Vantchev de Thracy by Norton Hodges

17.11.06.

Mis à jour ( Samedi, 03 Juillet 2010 20:22 )