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LAYLA ET MAJNOUN (français)

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LAYLA ET MAJNOUN

A ma cousine Marie-Eudoxie

 

Dormez à tout jamais, amants évanouis

Dans la nuit des ombres qui couvre le désert.

Le temps agenouillé sur votre tombe amère

Déverse sa peine sincère dans l’âme des ancolies.

 

Et il murmure au vent le douloureux récit

De vos terribles vies victimes de la colère

D’un père intransigeant et d’une tribu austère,

Ennemie de vos caresses d’enfants endoloris.

 

Et que les anges étalent sur vos sourires tragiques

Les infinies splendeurs des sphères voyageuses,

Que le lion blessé et la gazelle  fugueuse

 

Viennent boire l’eau douce de vos paroles magiques.

Dormez, amants sublimes qu’unit l’éternité

Dans des poèmes plus purs que le murmure des blés !

  

            Athanase Vantchev de Thracy

Paris, le 21 juin 2006

Glose :

Layla et Majnoun : c’est la plus belle légende du folklore arabe. Il en existe plusieurs variantes. La plus poétique est sans doute celle qui nous est contée par l’immortel aède persan, Nezâmî (1140-1206). C’est l’histoire de l’amour impossible de deux jeunes bédouins, Laylâ et Qays et leur destin tragique. Leur amour enfreint les règles de la société dans laquelle ils vivent et ne peut aboutir à un mariage. Aussi Qays devient-il fou – d’où lui vient son surnom arabe de Majnûn, c’est-à-dire « fou ». Victime d’un chagrin violent, Qays se retire dans le désert parmi les bêtes qui lui manifestent leur amitié et leur dévouement. Layla est mariée par son père à un personnage nommé Ward ibn Muhammad al-‘Uqaylî. Dans le poème de Nezâmî, Qays et Layla font connaissance à l’école  où ils apprennent ensemble à lire et à écrire. Les parents de Layla s’inquiètent de l’amour naissant du jeune Qays  pour leur fille, car il est membre  d’une tribu rivale à la leur, les Banu ‘Amer, et l’éloigne de lui. Le père de Qays se voit opposer par les parents de Layla un refus formel lorsqu’il leur parle de mariage. Pour tirer son fils à la folie, il l’emmène à La Mecque. Mais sa passion croît avec chaque jour et il écrit poème sur poème. Malheureusement, Qays se lie d’amitié avec Naufal, un personnage qui a réellement existé. Il fut gouverneur de Médine et mourut en 702 ap. J.-C. Le drame de Qays se complique car Naufal est l’ennemi des Banu ‘Amer et vainc sa tribu lors d’un combat. Qays se sauve définitivement dans le désert et s’entoure d’animaux qui ont pu échapper aux chasseurs. L’histoire de Majnûn se fait entendre jusqu’à Bagdad et cela incite le jeune poète Sallâm à venir rendre visite à l’ermite amoureux. Peu après, l’époux de Layla meurt ; elle ne l’avait jamais aimé et peut maintenant retrouver son cher Qays. Mais le destin veut que Layla meure avant d’atteindre l’endroit où vit son amant. Elle rend son dernier souffle en répétant le nom de Majnûn. Peu de temps après, Majnûn vient pleurer sur la tombe de son amie entouré de ses amis les animaux. Il rend l’âme sur le tombeau de son unique amour. Après avoir quelque temps monté la garde devant leur tombe, les bêtes retournent peu à peu à l’état sauvage. Les deux malheureux qui s’étaient juré fidélité dans leur enfance, dorment désormais ensemble pour l’éternité.