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LE PRINCE HARUSPICE ETRUSQUE (français)

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LE PRINCE HARUSPICE  ETRUSQUE  

« Debout, seul comme avant, j’attends. »

            Manolis Anagnostàkis (1925-),

            Il manquait encore (in La suit 1)

 

Non, mon tendre Prince !

Tu ne peux pas mourir !

La mort de l’âme, mon Seigneur,

Passe mon douloureux entendement !

 

Je contemple la fresque élégante

Où le délicieux artiste anonyme,

Un Grec de génie, un peintre ami des dieux,

Venu dans notre cité de la lointaine Dodécanèse,

Amoureux de la splendeur absolue de ton âme,

A fixé à jamais la fascinante,

La vertigineuse aménité de tes traits !

 

Toi, ô grâce éclatante,

Toi, Vel Saties, le plus exquis

De tous les jeunes princes

De notre intrépide et généreuse Etrurie !

 

Cette immobilité mystique de ton corps, 

Ce ravissement éblouissant dans le regard,

Ce silence qui flotte et caresse

De son ambroisienne suavité

Les boucles candides de tes cheveux

Et semble t’élever

De perfection en perfection

Vers l’azur !

 

J’admire ta toge de soie phénicienne

Brodée de mille motifs figurés

Sous laquelle se dessine,

Avec une précision radieuse,

Le mouvement intime

De ton corps ! L’or filé de ton diadème !

La pourpre des brodequins gracieux !

Toute cette beauté inépuisable

Où s’égare mon amour !

 

Mais ton esprit, ô mon Prince,

Plane au-dessus de toute cette profusion

De luxe excessif ! Absent aux choses de la terre,

Ton âme, éprise de science divinatoire,

S’apprête à suivre le vol du frêle oiseau

Que va laisser partir, dans un instant,

 

2.

 

Le petit esclave Arnza !

 

Comme est chère à mon regard

Ta discrétion ardente,

Ton infinie dévotion,

La dilection passionnée de tes prunelles !

 

Je reste interdit, embrasé, confondu

Devant tant de haute magnificence !

 

Ô mon cœur, retiens sur les pages

De ton sang cette céleste vision,

Ces couleurs douces

Comme un matin de printemps !

 

Ô amour invisible, pareil à l’esprit errant

De la mer jamais apaisée,

Imprime sur mon âme

L’âme du prince haruspice de Vulci !

           

Que cesse cette douleur

Qui opprime ma poitrine !

Que seul comme toujours, debout,

J’attende le retour des dieux !

 

               Ahanase Vantchev de Thracy

J’ai écrit ce « soupir » en contemplant la fameuse fresque de Vulci, cité étrusque située au Nord de Tarquinia et de Rome. C’est le plus ancien portrait en pied de toute la peinture européenne. Vel Saties est un prince de Vulci, de la fin du Vie siècle av. J.-C. Il s’apprête à observer le vol de l’oiseau que va laisser partir son petit esclave Arnza. L’art de la divination était en effet réservé à la classe dominante. Vel Saties porte une magnifique toge : c’est la toga picta (la toge brodée de motifs figurés) que revêtiront plus tard les triomphateurs romains. La pluârt des insignes étrusques de la souveraineté seront repris à Rome, où ils deviendront l’apanage des magistrats républicains : faisceaux, chaises curules, diadèmes, etc.

 

A Paris, le 16 décembre 2003

Glose :

Manolis Anagnostàkis (1925-) : est un des poètes combattants les plus purs de la Grèce moderne. Ses poèmes constituent un journal de bord. Il est devenu la mauvaise conscience de sa génération, avant de se taire bien trop tôt.

Haruspice ou aruspice (n.m.) : du latin haruspex, haruscicis. Devin qui examinait soit le vol, soit les entrailles  des oiseaux pour en tirer des présages.

Etrurie (n.f.) : en latin Etruria. Province de l’Italie antique, , foyer de la civilisation étrusque, limitée au Nord par l’Apennin, à l’Est par le Tibre, au Sud et à l’Ouest par la mer Tyrrhéniennes et correspondant approximativement à l’actuelle Toscane. Elle fut entièrement soumise par les Romains au début du IIIe s. av. J.-C., puis réunie à l’Ombrie.

Dodécanèse (n.f.) : en grec Dodekànissa, ce qui littéralement signifie « les douze îles ». Archipel grec de la mer Egée, au Sud-Ouest de l’Asie Mineure, dont les principales îles sont : Rhodes, Kos, Kalymnos, Leros, Karpathos, Patmos, Symi.

Ambroisien, ne (adj.) : de ambroisie, mot grec qui signifie « immortelle ».

Brodequin (n.m.) : de broissequin ou brussequin, « étoffe teinte à l’écorce de noyer ». Chaussure d’étoffe, de peau, couvrant le pied et le bas de la jambe. Chaussure des acteurs de l’Antiquité.