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ET NOUS NOUS EFFACONS... (français)

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ET NOUS NOUS EFFAÇONS…

 

A Vladimir Vysotsky


« До свиданья, друг мой, до свиданья.

Милый мой, ты у меня в груди.

Предназначенное расставанье

Обещает встречу впереди. »

(« Au revoir, mon ami, au revoir, mon très cher,

Tu vis, tu respires à jamais dans mon cœur,

Le destin accompli par la main du Seigneur

Nous promet des rencontres plus fastes et plus claires. »

 

Sergueï Essenine,
Au revoir, mon ami, au revoir, mon très cher

 

« Frères humains qui après nous vivez,
N'ayez pas vos cœurs durcis à notre égard,
Car si vous avez pitié de nous, pauvres,
Dieu aura plus tôt miséricorde de vous… »

 

François Villon,
Ballade des pendus

I.

Ô poésie, toi qui viens à l’âme la nuit

Pour alléger la sinistre,

La poisseuse pesanteur du monde,

Tapisse de roses royales

Le silence éploré de mon cœur !

 

Mets ton ultime baiser

Sur les lèvres bleuies du poète,

Ton page étoilé, ton prince solaire.

 

Et vous, libellules, sœurs

De la nuit à la pureté fastueuse,

Approchez, je vous prie,

Emplissez de blanche lumière

Les mains à jamais jointes de l’Ami,

Faites-le respirer, libellules, faites-le chanter

Dans la sonore éternité

De ma poésie !

 

II.

 

Et toi, Ange de l’Aube,

Ange de la rosée et des larmes,

A présent qu’il dort

Dans le lit somptueux de ses chants,

Pose tes lèvres divines sur les lèvres bleues du poète,

Ton Frère en musique,

Ton Compagnon vêtu

Des sept couleurs de l’arc-en-ciel !

 

Fais-le, Ange,

Fais-le osciller

Jusqu’aux deux extrémités de son être.

 

III.

Pluies lyriques des âmes pures,

Vous qui buvez toujours le vin

De la lumière suave des rêves

Restez sans trêve assoiffés de baisers !

 

Tard, il est trop tard, ma Russie !

Réveille-toi, prends-le sur ton cœur millénaire

Toi, reine des neiges éblouissantes

Toi, ma Russie qu’il aimait tant !

 

Ô poèmes, petites barques fragiles

Que porte sur ses eaux mouvementées

Le fleuve incessant de la vie,

Des vies !

 

IV.

Ce voile léger du silence

Flottant sous le souffle invisible de la brise

Comme une révélation tangible d’un dieu caché

Derrières les formes, les sons et les mots,

Et désireux d’en boire toute la beauté.

 

Et cette Poésie flamboyante,

Chatoiement impérissable de l’âme,

Rayonnante dans son essentielle mobilité,

Planant sur son visage enfin accalmi

En signe palpable, en symbole céleste

D’élection !

 

V.

 

Et vient le vent du soir

Pour démêler les nœuds de tes cheveux rebelles

Comme un souffle de Dieu

Pour tendre le tissu blanc de l’éternité

Sur cette voix rédimée,

Pour surprendre l’évidence séraphique

Qui nous habite.

 

VI.

 

Toi, Volodia, toi qui savais,

En ta saignante intimité,

Que toute poésie

Est un aérien ordonnancement du monde,

Un avancement irrésistible du cœur qui sait aimer

Vers la résurrection

De la haute lumière

Qui vient d’un absolu

En nous semé dès l’origine !

 

Que de soupirs, de cris, de révoltes, de pleurs,

D’amour, d’inquiétude, d’enthousiasme

Dans la claire toile de tes chants

Que ta voix, déesse simple du quotidien, a tissée.

 

 

VII.

Toi qui, en te perdant dans le tissage de la miséricorde

Retrouvais spontanément les secrets du Ciel

Tissant le sens sacré

De l’existence !

 

Adieu, Ami,

Ainsi, à l’heure choisie par l’Ange,

Nous nous effaçons pour rejoindre

L’Arbre de la Vie sans mort

Ni souillure !

 

Attends-moi, là,

Debout, tendre, léger, souriant

A  l’ombre de ses branches immortelles !...

 

Volodia,

Volodia,

 

Dehors, bleues et éthérées,

Ondoient les cimes gracieuses

Des bouleaux et des sapins

Russes !

Athanase Vantchev de Thracy

 

Paris, le 2 septembre 1980

 

Je dédie ce poème à l’ami, au poète, au compositeur, au barde de l’âme russe.

Je me suis permis d’adapter librement les célèbres vers d’Essenine.

 

Glose :

Vladimir Vysotsky (Влади́мир Семёнович Высо́цкий) -  (1938-1980) : le plus célèbre poète et chanteur russe de la seconde moitié du XXe siècle.

Sergueï Alexandrovitch Essénine (Сергей Александрович Есенин) – (1895-1925) : un des plus grands poètes russe qui met fin à ses jours le 28 décembre 1925 à Leningrad. 

François de Montcorbier dit Villon, né en 1431 à Paris, disparu en 1463, est un poète français de la fin du Moyen Âge. Il est probablement l'auteur français le plus connu de cette période. Les romantiques en firent le précurseur des poèmes maudits. Le poète choisira son pseudonyme à partir du nom du chanoine Guillaume Villon, professeur de droit ecclésiastique à Paris, qui le prit en charge alors qu'il était jeune orphelin.

Les seules sources contemporaines dont nous disposons concernant Villon sont, outre ses propres écrits littéraires, six documents administratifs relatifs à ses procès. Ainsi, il faut soigneusement séparer les faits établis avec une quasi-certitude de la « légende Villon » à laquelle il a lui-même largement contribué en se mettant en scène dans ses œuvres.