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PERICHORESE (français)

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PÉRICHORÈSE

« …l’âme parvient à la suprême béatitude… en se plongeant au sein de la divinité déserte où il n’y a trace ni d’ouvrage ni d’image… »

            Maître Eckhart,

            Predigten

 

Toi, mon maître Tertullien,

Toi, ô cœur pur,

Âme enthousiaste,

Tu fus le premier à

Prononcer le mot de trinitas.

 

Le Père, le Fils, le Saint-Esprit !

 

Âme, comme sont subtiles

Les chemins ondoyants de la pensée,

Les îles flottantes du cœur humain,

Les cieux des pupilles qui scrutent les mystères,

Les purs horizons de la parole

Où le vent vient altérer sa soif.

 

Ô roses, vivez, fleurissez,

Ouvrez vos bouches tendres

A la claire lumière du matin,

Ô roses !

 

A quoi bon tant de savoir ?

 

Il suffit à la main la douce caresse de l’eau,

Les chants innombrables des vagues,

Le satin que l’aube dispense,

La chanterelle du luth de l’air,

Le pétillement des libellules

Sur les plumes endormies des sarcelles !

 

Il suffit à la lèvre aimante

Le suave vélin du soir des mots,

La bonté légère

Comme une aile de papillon !

 

Il suffit au corps pour croire

L’immense nuit blanche de l’été,

La lune qui lave la fatigue des bras

De sa belle lumière !

 

Il suffit à l’esprit de boire

La note cristalline d’un oiseau amoureux

Qui supplée à son indigence !

 

 

Ô saint Athanase,

Toi qui fis de ta vie

Un livre d’exil,

Un poème de savoir,

Ne savais-tu pas

Que l’amour enveloppe

Tout de son émanation suave

Sans rompre le rythme du temps ?

 

Cette nuit, je lis ton Symbole extatique,

Et ma gorge est pleine de jasmins,

D’étoiles et de centaurées !

 

Et toi, Maître, du cœur d’une giroflée,

Tu regardes mon âme

Couler de ma bouche

Et la lumière jaillir de l’ombre

Sans discontinuité,

Sans rupture.

 

Vox turturis audita!

 

Ô chant qui meurt dès que tu nais

Dans le bleu de l’épaisseur du matin !

Dès que ta voix se tait, ô âme,

Dieu commence !

 

Mais pourquoi, pourquoi,

Ils là, toujours présents

Dans mes songes,

Les cavaliers fougueux de la Beauté

Qui passent et repassent

Et cisèlent sur mes tempes

Des poèmes éternels !

            Athanase Vantchev de Thracy

Paris, vendredi 25, samedi 26, dimanche 27 janvier, Anno Domini MMVIII

 

Glose :

Périchorèse (n.f.) : du verbe grec περι-χορεύω : perichoreouo, « danser autour de… ». C’est sous ce terme que les Pères grecs pensaient l’unité de la Trinité que saint Jean Damascène enferma dans la célèbre formule : « l’immanence mutuelle du Père, du Fils et du Saint-Esprit ». Le Moyen Âge  produisit les premières élaborations conceptuelles autour des notions telles que la circumincession de saint Bonaventure et l’intériorité réciproque des trois personnes divines de saint Thomas d’Aquin. Les théologiens contemporains  tâchent d’élaborer une théologie renouvelée de la périchorèse trinitaire, refondée sur l’Évangile et en prise avec les enjeux œcuméniques de la pneumatologie.

Tertullien (IIIe siècle) écrit à propos de la trinitas : « Ainsi, la connexion du Père dans le Fils, et du Fils dans le Paraclet (le Saint-Esprit – la note est de moi), produit trois cohérentes personnes, qui sont distinctes l’une de l’autre. Ces trois sont une essence, mais pas une personne, comme il est écrit «Moi et le Père, nous sommes un», en respect de l’unité de substance, mais pas en singularité de nombre ».

Les théologiens reconnaissent que la Trinité est un grand mystère échappant à la possibilité d’une explication complète.

Saint Irénée de Lyon (IIe siècle) écrit dans son livre  La prédication des apôtres et ses preuves :

« Or, voici ce que nous assure la foi telle que les presbytres, disciples des apôtres, nous l’ont transmise. Tout d’abord, elle nous oblige à nous rappeler que nous avons reçu le baptême pour la rémission des péchés, au nom de Dieu le Père, et au nom de Jésus-Christ, le Fils de Dieu, qui s’est incarné, est mort et ressuscité, et dans l’Esprit-Saint de Dieu. Par elle, nous savons que ce baptême est le sceau de la vie éternelle et la régénération en Dieu, afin que nous soyons, non plus seulement les fils des hommes mortels, mais aussi les enfants de ce Dieu éternel et indéfectible. Nous devons nous rappeler que Dieu est l’être éternel, qu’il est au-dessus de toutes les choses créées ; tout est placé sous son domaine. Tout ce qui dépend de lui a été créé par lui. Dieu n’est pas maître et seigneur de biens d’autrui mais de ce qui lui appartient. Tout est à lui. Voilà pourquoi Dieu est le Maître souverain et tout vient de lui ».

(…)

« Voici la règle de notre foi, la base de l’édifice et le fondement de notre conduite : Dieu le Père, incréé, insaisissable, invisible, Dieu unique, créateur de tout ; c’est le premier article de notre foi. Quant au second, le voici : c’est le Verbe de Dieu, le Fils de Dieu, Jésus-Christ, notre Seigneur, qui est apparu aux prophètes en la forme décrite dans leurs oracles, et selon l’économie du Père. Par lui, tout a été fait ; à la fin des temps pour récapituler et contenir toutes choses, il s’est fait homme, né des hommes, il s’est rendu visible et palpable, afin de détruire la mort et de manifester la vie et rétablir l’union entre Dieu et l’homme. Quant au troisième article, c’est le Saint-Esprit, par qui les prophètes ont prophétisé, les pères ont appris les choses divines, les justes ont été guidés, dans la voie de la justice ; c’est lui qui dans les derniers temps a été répandu d’une manière nouvelle sur l’humanité, pour ramener à Dieu l’homme renouvelé sur la terre ».

Centaurée (n.f.) : du grec kentauriê.  Plante herbacée (composées) dont de nombreuses espèces croissent spontanément en Europe (barbeau, bleuet, chardon)

Saint Athanase d’Alexandrie (295-373) : voici le fameux Symbole de saint Athanase, l’une des création les plus profonde de l’esprit humain :

« Quiconque veut être sauvé doit avant toutes choses tenir la Foi Catholique.
Quiconque ne gardera pas cette Foi entière et inviolable périra certainement à jamais.


Or c’est ici la Foi Catholique : Que nous adorions un Dieu dans la Trinité, et la Trinité dans l’Unité ;
Sans confondre les Personnes et sans diviser la Substance.
Car autre est la Personne du Père, autre est celle du Fils, autre est celle du Saint-Esprit.
Mais la Divinité du Père, du Fils et du Saint-Esprit n’est qu’une, leur Gloire est égale, leur Majesté coéternelle.
Tel est le Père, tel est le Fils, tel est le Saint-Esprit.
Le Père incréé, le Fils incréé, le Saint-Esprit incréé.
Le Père infini, le Fils infini, le Saint-Esprit infini.
Le Père éternel, le Fils éternel, le Saint-Esprit éternel.
Et cependant ils ne sont point trois éternels, mais un éternel.
Comme aussi, il n’y a point trois incréés, ni trois infinis, mais un incréé et un infini.
De même, le Père est tout-puissant, le Fils est tout-puissant, le Saint-Esprit est tout-
puissant.
Et cependant ils ne sont point trois Tout-puissants, mais un Tout-puissant.
Ainsi le Père est Dieu, le Fils est Dieu, le Saint-Esprit est Dieu.
Et cependant ils ne sont point trois Dieux, mais un Dieu.
Ainsi le Père est Seigneur, le Fils est Seigneur, le Saint-Esprit est Seigneur.
Et cependant ils ne sont point trois Seigneurs, mais un Seigneur.
Car comme la vérité chrétienne nous oblige à reconnaître que chacune des Personnes, prise à part, est Dieu et Seigneur.
De même, la Religion Catholique nous défend de dire qu’il y a trois Dieux ou trois Seigneurs.
Le Père n’est fait de personne : il n’est ni créé, ni engendré.
Le Fils est du Père seul : ni fait, ni créé, mais engendré.
Le Saint-Esprit est du Père et du Fils : ni fait, ni créé, ni engendré, mais procédant.


Il y a donc un Père, et non trois Pères ; un Fils, et non trois Fils ; un Saint-Esprit, et non trois Saint-Esprit.
Et dans cette Trinité, il n’y a ni priorité, ni postériorité : l’un n’est pas plus grand, ni moindre que l’autre ;
Mais toutes les trois Personnes sont coéternelles et égales entre elles.

De sorte qu’en toutes choses, comme il a déjà été dit ci-dessus, il faut adorer l’Unité dans la Trinité, et la Trinité dans l’Unité.


Quiconque veut donc être sauvé doit avoir ces sentiments de la Trinité.
De plus, il est nécessaire pour le salut éternel qu’il croie fidèlement aussi à l’Incarnation de notre Seigneur Jésus-Christ.
Or c’est ici la vraie Foi, que nous croyons et confessons : que notre Seigneur Jésus-Christ, Fils de Dieu, est Dieu et Homme ;
Dieu, engendré de la Substance du Père avant tous les siècles : et Homme, né dans le temps, de la Substance de sa Mère ;
Dieu parfait, Homme parfait : consistant en une âme raisonnable et en chair humaine ;
Egal au Père selon sa Divinité et inférieur au Père selon son Humanité.
Lequel, bien qu’il soit Dieu et Homme n’est cependant pas deux, mais un seul Christ ;
Un : non par conversion de la Divinité en chair mais par l’assomption de l’Humanité en Dieu ;
Tout à fait un ; non par confusion de Substance mais par unité de Personne.
Car comme l’âme raisonnable et la chair sont un seul homme de même Dieu et l’Homme sont un seul Christ ;
Lequel a souffert pour notre salut : il est descendu aux enfers ; le troisième jour il est ressuscité des morts.
Il est monté aux cieux ; il est assis à la droite de Dieu le Père tout-puissant d’où il viendra pour juger les vivants et les morts.
A la venue duquel tous les hommes ressusciteront avec leur corps et auront à rendre compte de leurs œuvres.
Et ceux qui auront bien fait iront à la vie éternelle et ceux qui auront mal fait iront au feu éternel.
Telle est la Foi Catholique : laquelle quiconque ne croira pas fidèlement, ne pourra être sauvé.

Vox turturis audita : expression latine qui signifie « on entend la voix de la tourterelle ».

Chanterelle (n.f.) : de chanter.  Corde la plus fine et la plus aiguë dans un instrument à cordes et à manche. Appuyer sur la chanterelle : insister sur un point délicat, pour convaincre. Oiseau que l’on met en cage, et dont le chant attire d’autres oiseaux (appeau). Chasser à la chanterelle.

Un seul Dieu en trois personnes :

  1. Le Père

Dans un sens absolu, Jésus nous révèle que son Dieu et Père est «le seul vrai Dieu» Jean 17:3, parce qu'il est plus grand que tous, Jn.10:29 et au-dessus de tous, Fils et Saint-Esprit inclus, Ep.4:6, 1:17, 1Co.15:27-28, il est le Dieu du Fils Ep.1:17, Ap.3:12 et il connaît toutes choses Mt.24:36, Ro.16:27. Il est assis sur le trône, Ap.22:1. Il est le seul non généré (agennetos) et le seul non créé (agenetos).

  1. Le Fils

Dans un sens naturel, Jésus est Dieu Jn.1:1, parce qu'il partage la nature divine avec le Père, il est consubstantiel (homoousios) Jn.10:30 avec le Père, Dieu engendré de Dieu (gennetos), serviteur de Dieu Ac.4:27 et Dieu des hommes Jn.20:28, il est déclaré Seigneur de tous par le Père, Ph.2:11, 1Co.8:6. Il est assis sur son trône à la droite du Père Mt.26:64.

  1. Le Saint-Esprit

Dans un sens logique, le Saint-Esprit est Dieu sans avoir été généré (Jésus est le seul à l'avoir été - monogenès) ou créé. Dans un sens logique parce que seul un être divin peut faire ce que le Saint-Esprit fait 1Co.2:11-12, Mt.1:18, Ro.8:10-11. Dans un sens logique, parce que le Saint-Esprit ne parle pas de lui-même, Jn.16:13, lui qui a inspiré les Écritures, n'y a laissé que peu d'indices sur sa personne, au point que plusieurs ont fini par douter de sa personnalité. Étant envoyé par le Père et par le Fils, cela fait qu'il est subordonné aux deux, Jn.13:16, 15:26. On le retrouve non sur le trône mais devant celui-ci, prêt à accomplir la volonté de Dieu le Père et de Jésus-Christ Ap.1:4.

Vélin (n.m.) : de veel, « veau ». Peau de veau mort-né, plus fine que le parchemin ordinaire. Papier vélin ou tout simplement vélin : papier très blanc et de pâte très fine.

Mis à jour ( Lundi, 01 Février 2010 22:00 )