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LES SAINTS CEPHALOPHORES (français)

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                  Le saint céphalophore Denis de Paris

 

LES SAINTS CEPHALOPHORES

 

I.

 

La fine, la lumineuse écriture des libellules

Sur le parchemin ambré de la nuit !

 

Des chuchotements qui voguent dans l’obscurité,

Tels de toutes petites barques de cire blanche !

 

Rester immobile !

Respirer plus haut que l’étoile du Berger !

Ecouter le sifflement analphabète des insectes

Qui taillent à vif la solennelle diction des herbes !

 

II.

 

Toute la  tristesse des autres, c’est toi et toi !

Rien et tout,

Toi !

 

Les noms des saints céphalophores,

C’est ton âme

Ciselée sur les nervures du ciel !

C’est la mémoire de ce que l’éternité,

Qui jamais ne s’éteint,

Donne à voir,

Le ruissellement des origines,

La flamme récluse dans la flamme des mots !

 

III.

 

Nuage toujours porteur de vie,

Rivage léger d’une île de soleil

Qui est ma langue,

Elle qui érige, en souriant, les cités du futur,

Elle, le foyer de lumière

Où se rassemblent tous les rayons !

 

L’âme ! Tout reste au repos

Entre la montagne flottante de l’air

Et la respiration blanche des camélias !

 

IV.

 

Ce chant pacifique ! Partout !

Partout !

Ce lac heureux

Qui se tait pour dire l’essentiel !

 

V.

 

Le silence !

Mais y a-t-il chose qui se tait ?

Les têtes coupées des hommes de Dieu

Face à même

De la vie

Vivante, charnelle,

Indispensable

Comme le tintement des campanules !

 

VI.

 

Ces petits mots, si lourds parfois,

Qui font vibrer et croître la poitrine

Qui donnent un visage à l’impalpable,

A l’invisible, à l’irréversible simplicité !

 

VII.

 

Saints féconds en chacun de vos gestes,

Palpitant, adossés chaque nuit

A mon cœur !

Là, derrières les touffes de sureaux !

 

La nuit !

La voix de la vie froissée

Au-delà des murs,

Le collet de la douleur

Autour des tempes,

La musique des nombres !

 

Les saints céphalophores !

Oublier ?

Non !

Je n’oublie pas,

Je ne dois pas oublier !

 

            Athanase Vantchev de Thracy

 

Paris, le 10 mai, Anno Christi MMX

Glose :

Céphalophore (n.m. et adj.) : du grec képhalê, « tête » et phorein,  « porter ». Un saint personnage décapité se relevant et prenant sa tête entre ses mains avant de se mettre en marche.

C'est un thème courant de l'hagiographie chrétienne. Les saints céphalophores :

Grande-Bretagne :

•          Devon : saint Nectan

•          Dorset : saint Juthwara

France : 

•          Auvergne : saint Principin

•          Bourgogne (Nièvre) : saint Révérien

•          Bretagne : sainte Noyale, saint Gohard, sainte Tréphine

•          Champagne : saint Nicaise

•          Languedoc-Roussillon : saint Aphrodise de Béziers

•          Limoges : sainte Valérie

•          Lorraine: saint Élophe, sainte Libaire, saint Livier

•          Midi-Pyrénées : saint Gaudens, saint Aventin, saint Frajou, saint Hilarian d'Espalion

•          Normandie : saint Clair de Beauvaisis

•          Paris : saint Denis de Paris

•          Picardie : saint Juste de Beauvais

Cette liste n’est pas exhaustive.

Bien d'autres saints céphalophores sont ou étaient célébrés en France. On peut citer sainte Quitterie, princesse wisigothe ou portugaise, selon les versions, dont le culte était particulièrement important à Aire-sur-Adour, ou encore saint Nicaise évangélisateur du Vexin. Ce dernier décapité près de l'Epte aurait ensuite traversé cette rivière et donné son nom à la petite ville de Gasny dans l'Eure (Gué de Nicaise).

De nombreux saints céphalophores faisaient l'objet d'un culte. Leurs reliques, et en particulier leur chef, étaient réputées guérir les maladies mentales.

Espagne :

•          Jaca (Aragon) : sainte Orosia

•          Saragosse (Aragon) : saint Lambert

Suisse :  

•          Valais : saint Maurice

On appelle ce phénomène céphalophorie.