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LA MISERICORDE (français)

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Pierro Della Francesca - Notre-Dame de la Miséricorde

 

LA MISERICORDE

« A nous, il n’est pas permis de vivoter ; vivre est notre devoir !
Trêve donc à toute mélancolie ! »

            Pier-Giorgio Frassati

Des fruits mûrs qui palpitent
Sous le vent léger comme des cœurs !

Des herbes qui chantent d’antiques mélopées
Et des feuilles qui disent d’une voix d’or
Qu’infinie est toute route.

Et ton âme qui reste sans poids
Dans la main cristalline du jour.

Dans l’air bleu tacheté d’ailes blanches
Tout semble équilibre et paix
Jusqu’à ce qu’un mot, jadis aimé,
Un vieux mot évanoui, presque oublié,
Enfoui dans les  profonds replis des années
Vient frapper, avec une douceur poignante
Contre le cœur accablé !

Ô Miséricorde, Miséricorde,
Toi, sœur jumelle de l’Amour !

Toi qui est le plus tendre cri de l’âme,
Le lac de lumière où elle vient se dévêtir
Avant de prendre un bain de larmes
Et tendre les trésors de sa divine bonté
Au monde !

Toi, Divine Miséricorde
Qui fait dans le temps
Ce que le temps ne fait jamais –

Rester douce et belle
En face des disgrâces de la vie !


            Athanase Vantchev de Thracy

Rueil-Malmaison, ce lundi 4 août, Anno Domini MMVIII

J’ai écrit ce poème pensant à Pier-Giorgio Frassato, cette grande âme, ce jeune Italien frappé, dès son enfance, par la grâce divine, cette grâce qui consistait à lui donner un cœur sculpté dans le diamant de la plus pure miséricorde.

Glose :

Miséricorde (n.f.) : du latin miser, « le malheureux » et cor, cordis, « le cœur ». Le cœur qui bat pour et avec le malheureux, le coeur qui tressaille et s'ouvre pour celui qui souffre, celui qui éprouve la misère, celui qui se met dans une condition « misérable ».Ce mot que j’aime tant, est le plus souvent réservé à Dieu, au Christ. Il se trouve le plus souvent employé dans l’expression Miséricorde Divine.

A l'origine, la miséricorde est une bonté qui incite à l’indulgence et au pardon envers une personne coupable d'une faute. Le Miséricordieux est l’un des 99 noms de Dieu.

Pier-Giorgio Frassati (1901-1925) : Italien, né à Turin le 6 avril 1901 de Alfredo Frassati et Adelaide Ametis (épouse Frassati). À part quelques années passées à Berlin entre 1919 et 1922 où son père avait été nommé ambassadeur d’Italie, Pier-Giorgio demeura dans la capitale piémontaise Turin. Il partait régulièrement en vacances en montagne, à Pollone. 

Son père était agnostique et s'irritait que son fils refusait de le suivre dans sa carrière : devenir propriétaire et directeur du quotidien La Stampa. Pier-Giorgio était comme lui profondément anti-fasciste. Ambassadeur depuis 1918, Alfredo Frassati avait envoyé sa démission à Mussolini en 1922. En 1921, Pier-Giorgio s'inscrivit au Parti populaire italien (Partito Popolare Italiano) de don Sturzo qui se réclamait des idées de la Démocratie italienne. 

Pier-Giorgio étudia à l'École Royale Polytechnique de 1918 à 1925 pour devenir ingénieur des Mines (il avait choisi cette profession afin de côtoyer les ouvriers).

Le 4 septembre 1924, avec de jeunes catholiques malmenés par des gardes à cheval, il fut mis en prison pour avoir défendu la bannière de son cercle d’étudiants de la FUCI (Fédération des universitaires catholiques italiens).

Avec ses amis, il créa la Compagnie des types louches, groupe d'amis remuants et chahuteurs.
« A nous, il n’est pas permis de vivoter ; vivre est notre devoir ! Trêve donc à toute mélancolie ! » était son leitmotiv.

Sa famille ignorait qu'il prenait sur son temps pour aller visiter les pauvres dans leurs taudis (il allait jusqu'à récupérer les fleurs des réceptions pour les porter sur les cercueils des misérables). « Autour des malades, autour des malheureux, je vois une lumière que nous n’avons pas » disait-il.

En 1918, il devint membre actif des Conférences Saint-Vincent-de-Paul.

En 1919, alors qu'il avait 18 ans, il prit contact avec l'ordre de saint Dominique. Il en étudia le Charisme et, à 21 ans, entra dans le laïcat dominicain : « Dans l'état de laïc, j'aurai plus facilement des contacts quotidiens avec le peuple, je pourrai plus facilement assister mes frères ». L'année suivante, il fit profession comme laïc dominicain sous le nom de frère Jérôme, par estime et imitation du grand Savonarole qu'il aimait lire.

Il attrapa la poliomyélite lors de ses visites chez les pauvres, maladie alors inguérissable, et mourut en 6 jours le 4 juillet 1925 à l'âge de 24 ans. Lors de ses obsèques, plus d'un millier de personnes furent présentes : en majorité des gens qu'il avait secourus. Ce fut une énorme surprise pour sa famille qui ignorait tout de ses activités.