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LA LISEUSE (français / anglais)

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                                    Vermeer - La Liseuse

LA LISEUSE

A Gerard ter Borch

« Que l’essence même des choses, qui est la véritable nature des êtres, ne saurait être, par nous, atteinte en sa pureté. Tous les philosophes l’ont cherchée; aucun ne l’a trouvée. Plus profondément nous serons instruits de cette ignorance, plus nous approcherons de la vérité même. »

             Nicolas de Cuse, Docta ignorantia

 

Tu ne connais pas, âme, la tendre Scolastique,

Ni son éthique céleste, ni les abîmes émeraude

De sa pensée brûlante comme la musique d’une ode

Où la Beauté exalte le savoir mystique !

 

Âme, tu ignores Hermès, son nom de Trismégiste,

Le livre hermétique d’Hermias d’Alexandrie,

La délirante Cabale, les lois de l’alchimie,

Les Corpus magnifiques, les dits des humanistes !

 

Mais tu connais, ô âme, l’amour quotidien,

Les humbles frémissements du cœur silencieux,

La joie des mots sincères, profonds et vertueux

 

Qui coulent avec le jour sur ton visage serein.

Que disent à tes doigts, ma sœur, ma belle liseuse,

Le calme de ce lieu, la lettre lumineuse ?

            Athanase Vantchev de Thracy

Glose :

La Liseuse: tableau peint vers 1657. Huile sur toile, 83 x 64,5 cm, Dresde, Staatliche Gemäldegalerie, Trace de la signature.

Gérard ter Borch ou Terborch ou Geritt ter Borch ou encore Gerard Terburg (Zwolle 1617 – Deventer 1681) : un des peintres les plus originaux de la Hollande du XVIIe siècle. Il inventa son propre style dans le domaine de la représentation des scènes de genre. Il peignit avec un amour tendre et délicat des intérieurs tout simples peuplés de peu de figures. En 1640, il adopta le portrait à pied. Ancien artiste, son père avait séjourné à Rome, puis, à partir de 1621, avait travaillé comme percepteur. En 1632, Gerard ter Borch se rendit à Amsterdam. En 1634, il étudia chez Pieter de Molyn à Haarlem. Il séjourna tour à tour en Angleterre (1635) et à Rome (1640). Il passa deux ou trois ans en Westphalie. Il y peignit son chef-d’œuvre Le Traité de Münster (1648) où sont représentés les délégués de la Hollande et de l’Espagne. Après un séjour à Madrid, il retourna, en 1650, dans son pays et s’établit, à partir de 1655 à Deventer. Je ne citerai que quelques œuvres de cet éminent peintre : La leçon de musique ; Chanteuse et joueur du luth théorbe ; Le Galant militaire ; Le Concert ; La leçon de lecture ; La leçon de musique, etc.

Nicolas de Cuse ou Nicolas de Kues, Nicolas Cusanus ou Nicolas Le Cusain (Kues 1401 – Todi en Ombrie 1464) : théologien, savant et philosophe allemand. Docteur en droit de l’Université de Padoue, il avait également étudié la médecine. Ordonné prêtre, il devint cardinal, évêque de Brixen, Légat du Pape en Allemagne, vicaire général Rome. Il fut le philosophe le plus important du XVe siècle. Il est l’auteur du célèbre ouvrage Docta ignorantia (1440). La Docte (ou savante) ignorance  est celle qui est consciente de ses limites : l’homme ne peut penser Dieu, l’infini où les contraires coïncident, que par une méthode analogique : les conséquence de cette affirmation consistent en une critique de la  cosmologie d’Aristote. Nicolas de Cuse fut un précurseur de Copernic.

Hermès Trismégiste : dieu grec, identifié au dieu égyptien Thot. Hermès passait pour l’inventeur de l’alchimie. Il fut le premier à réaliser le Grand œuvre.  Le Grand œuvre est, en alchimie, la réalisation de la Pierre philosophale dure, ou la Pierre philosophale en poudre, dite « poudre de projection », ou « poudre de l'élixir philosophale », teinture active aux mêmes propriétés que la pierre. Cette pierre, selon les alchimistes, était susceptible de transmuter les métaux et d'apporter l'immortalité. À la base de la théorie de l'existence d'une telle pierre, il y avait la tradition alchimique qui voulait que les métaux divers fussent, dans le sein de la Terre, en lente maturation pour aller vers l'état métallique idéal, l'or. Le Grand Œuvre apportait l'accélération de cette maturation. Tous les corps, selon cette tradition, sont composés du soufre (principe physique) et de mercure (principe spirituel), en diverses proportions. Cette vision prévalut jusqu'à René Descartes, qui nia que la matière renferme de l'esprit, mais ce fut Antoine Lavoisier qui fit le plus pour l'enterrement de l'alchimie.

Selon les ésotéristes, les travaux d’Hermès datent de la plus haute Antiquité. L'Europe les découvrit au XIIe siècle, grâce aux Arabes. On dépeignit alors le dieu sous des traits humains et l'on parla de son tombeau dans lequel on aurait trouvé, tenue entre ses mains, la fameuse Table d'émeraude, devenue le texte fondateur de l'hermétisme. Le Trismégiste, c’est-à-dire le «Trois fois grand», serait aussi l'auteur, entre autres textes, du Discours parfait et de l'Asclepius, traduits au XVe siècle par le grand humaniste italien Marsile Ficin. Selon la légende rapportée par Hermias d'Alexandrie dans ses Scolies, Hermès aurait vécu en Egypte trois vies: la première, avant le Déluge, comme inventeur de l'astronomie; la deuxième, comme le grand constructeur de Babel et comme médecin et philosophe; la troisième, récapitulant les deux premières, en tant qu'expert en alchimie et propriétaire de fabuleux trésors dans son palais de Kamtar, cité des magiciens perdue dans le désert - d'où son triple savoir et sa triple sagesse. Les doctrines ésotériques répandues sous son nom ont été réunies dans une compilation, établie du VIe au Xe siècle, sous le titre de Corpus hermeticum.

La Cabale : doctrine secrète des Juifs, dans laquelle on enseignait : 1. une théologie mystique dont le fond était le dogme de l'émanation divine et une explication allégorique des Écritures;  2. une théurgie par laquelle on prétendait soumettre à la volonté humaine les puissances surnaturelles en prononçant certains mots, et opérer avec leur secours toutes sortes de miracles. La Cabala (mot qui veut dire tradition) est en quelque sorte l'antithèse de la philosophie rationaliste: autant celle-ci tend à diminuer la part du surnaturel, autant celle-là tend à l'exagérer, à en scruter les profondeurs et à l'introduire partout, même dans la pratique journalière.

Les origines lointaines de cette théosophie mystique se relient en philosophie aux spéculations de l'école philosophique d'Alexandrie fondée par Ammonius Saccas et comprenant Plotin, Porphyre, Jamblique, Proclus et Damascius ; dans la Bible, elle a pour points d'attache le tableau de la création et les visions d'Ezéchiel. Le Livre de la création (Sefer Yézira) existait déjà au temps de Joseph  ben Saadia ou Seadiah (892-942) ; on connaissait aussi de bonne heure la Cabale notarique, fondée sur la manipulation des caractères hébraïques et l'équivalence de mots ayant la même valeur numérique. Les trois systèmes d'exégèse hébraïque constitutifs des fondements de la Cabale et fréquemment employés dans l'écriture même de la Torah sont :

  1. la Gematria (Guematria), dans laquelle des lettres sont remplacées par la valeur des nombres.
  2. le Notarikon (mot grec) : procédé semblable à la sténographie romaine, dans laquelle les lettres initiales, centrales ou finales des mots dans une phrase forment de nouveaux mots et réciproquement.
  3. la Temura (ou Themurah) : procédé d'échange des lettres selon divers systèmes de combinatoire.

La nouvelle Cabale prit naissance au XIIIe siècle dans le Midi de la France autour d'Ahraham ben Daoud de Posquières (Montpellier 1110 – Narbonne 1179) par réaction contre les tendances ultra-rationalistes qui gagnaient la société; de là, elle gagna l'Espagne, l'Italie, l'Allemagne. Son bréviaire fut le Zohar, ouvrage faussement attribué à Rabbi Siméon ben Yokhaï (IIe siècle ap. J.-C.), et qui fut lancé dans les milieux rabbiniques par le charlatan Moïse de Léon (mort à Grenad en 1305). Le goût de la Cabale se répandit non seulement parmi les plus doctes rabbins, mais parmi les savants chrétiens (Pic de Ia Mirandole, Reuchlin). Au XVIe siècle, les études cabalistiques eurent leur siège principal en Palestine (école de Safed) où Isaac Louria, Moïse Cordovero, Hayim Vital dépassèrent les extraordinaires divagations du Zohar.

Au XVIIe, la Porte du ciel de Alonso de Herrera (mort en 1639) vulgarisa « les sottises de ces charlatans » suivant l'expression de Spinoza. Au XVIIe siècle, l'hérésiarque Frank, en Pologne, voulut substituer le Zohar au Talmud comme code du judaïsme. Un synode de rabbins polonais dut interdire l'étude des livres cabalistiques avant l'âge de trente ans.

ENGLISH :

Girl Reading a Letter at an Open Window


to Gerard ter Borch

 

'My contention is that human beings can never reach the pure essence of things, the true nature of Being. Every philosopher has attempted to do this but none has succeeded. The more we let our ignorance teach us, the closer we will come to truth itself.'

           Nicholas of Cusa, De Docta Ignorantia

 

Soul, you know nothing of the tenderness of the Scholastics,

their celestial ethics, the emerald abysses

of their philosophy as incendiary as the music of an ode

where Beauty raises mystical knowledge to new heights!

 

Soul, you know nothing of Hermes or why he was named Trismegistus,

of the hermetic book of Hermias of Alexandria,

of the spiritual frenzy of the Kabbalah, of the laws of alchemy

and its majestic ancient texts, of the maxims of the humanists.

 

But, Soul, you do know everyday love,

the humble trembling of a shy heart,

the joy of words spoken honestly, seriously, virtuously,

 

flowing now with the daylight across your tranquil face.

My sister, my lovely reader, what are they saying to your fingers,

this calm place, this luminous letter?

Athanase Vantchev de Thracy


Translated into English by Norton Hodges
Mis à jour ( Samedi, 03 Juillet 2010 20:12 )