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LA GROTTE DE KHOUMARA (français)

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LA GROTTE DE KHOUMARA

A Ali Hustieev

 

Qui, qui, mon Prince tcherkesse, grava sur la pierre,

D’une main illuminée, guidée par le Génie,

Les deux cavaliers et leurs chevaux exquis,

Le chien, le renne, les lignes des silhouettes solaires.

            Athanase Vantchev de Thracy

Paris, le 19 août 2009

Glose :

La grotte de Khoumara se trouve sur la rive droite du fleuve Kouban, près de la ville de Tcherkessk. Une grande partie des dessins gravés est inaccessible à la suite de l'éboulement des roches. Les dessins représentent une scène de chasse (deux cavaliers accompagnés d'un chien poursuivant un renne) et quelques silhouettes d'animaux (chiens, rennes). Datation de l'ensemble : VIe-VIIIe siècles ap. J.-C. Il semble qu'il s'agisse de dessins à caractère magique, analogues aux grottes à offrandes des chasseurs svanètes du Moyen Age.

Svanètes (n.m.pl.) : peuple habitant la Svanétie. La Svanétie est une haute vallée du Caucase culminant à 2000 mètres, au pied de l'Elbrouz. Aujourd'hui, perdue entre la Géorgie, la Tchétchénie, le Daghestan et l'Ossétie. Perdue entre des guerres civiles résultant de la décomposition de l'Union Soviétique. Perdue entre ces pays où les seigneurs de la guerre sont toujours aussi présent qu'il y a mille ans. La Svanétie, au carrefour de l'Orient asiatique, de l'Orient musulman, de l'Occident orthodoxe et païen, est la pointe avancée de l'Europe dans un monde chaotique. La seule route construite le fut dans les années vingt, par des hommes voulant exporter la Révolution aux confins de la civilisation. Mais, en voyant la civilisation arriver, les hommes montèrent plus haut, toujours plus haut.

Et ceux qui arrivent en Svanétie voient quantités de petits villages, d'où s'élèvent de hautes tours où se recueillent les hommes avant de partir à la chasse. Car avant de prélever leur tribut sur la nature, les hommes doivent entrer en communion avec elle. Ce pays, d'où est originaire le mythe de la Toison d'Or, n'est recouvert que d'un mince vernis chrétien. On sacrifie des béliers et on fait des voeux sur les branches des arbres, on communie grâce aux animaux. Le Cerf est considéré comme une force élémentaire de la nature.

Les Svanètes sont des êtres fiers. Ils ne vivent pas à notre époque. Ils ne vivent même pas dans le passé. Ils vivent dans une enclave d'espace et de temps, rythmée par le cycle des saisons, par les récoltes et par la chasse. Ils n'ont été domptés ni par Alexandre, ni par le christianisme, ni par les Grands Russes, et encore moins par les bolcheviks. Les conquérants et les croyances passent, mais toujours restent les Svanètes, ce peuple humble, resté près de la terre nourricière et de ses croyances originelles. Les Svanètes sont des gens pieux. Ils possèdent beaucoup d'églises, placées sur des hauteurs ou dans la forêt. Régulièrement, les Svanètes s'y rendent à pieds, par de petits sentiers de terre serpentant le long des pentes, et ils sacrifient un animal au saint du lieu. Ils ont leurs propres saints. Et, parfois, ils sortent des églises où de certaines tours leurs icônes.

Leurs icônes. Ce sont de fines feuilles d'or ou d'argent travaillées par un poinçon, et décrivant en relief les récits éternels de la chrétienté, la geste des héros du christianisme : la Vierge et le Christ, saint Georges et les saints locaux. Chaque église, chaque tour où sont gardées les icônes a son propre gardien, qui ne sort les icônes qu'une fois l'an, pour les exposer au soleil. Ce soleil auquel les Svanètes vouent un culte particulier, et qui fit resplendir jadis la fameuse Toison d'Or. Car chaque mythe, chaque symbole a un écho dans la réalité. Ici, on raconte qu'il y a bien longtemps, on trempa une toison de bélier dans une rivière. Et, quand on vint la chercher, elle était d'or, car les pépites véhiculées par la rivière s'étaient prises dans les poils de la toison. Depuis, tremper la peau des béliers sacrifiés est devenu une tradition. Au-dessus de la Svanétie, il y a l'Elbrouz, recouvert de neiges éternelles.

L'Elbrouz, le toit de l’Europe, est un lieu de légendes. Les Svanètes racontent qu'il y a fort longtemps un gigantesque oiseau de feu se posa sur cette montagne, et s'y endormit. Ils croient qu’un jour il se réveillera et s'envolera, laissant derrière lui une longue traînée de feu.