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LA GRÂCE (Natasha) - (français / anglais)

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                                       Raphael

LA GRÂCE 

(ή χάρις)

À Natacha Dassault

 

“Beauty is truth, truth beauty,

- that is all Ye know on earth

and all ye need to know” 

 

(« La beauté est vérité, la vérité beauté.

C'est tout ce que vous savez sur terre.

Et c'est tout ce qu'il vous faut savoir ! »)

 

            John Keats

 

Tu viens aérienne et tendre comme l’aurore,

La lumière attique chantant dans tes cheveux,

Clair, dans tes mains de neige frémit le temps heureux

Antique comme l’histoire gravée sur les amphores.

 

Toi, ma belle vestale, née des calices nacrés

Et de la brise d’iris qui gonfle les voiles !

Ô corps plus élancé que l’âme des cathédrales

Et plus harmonieux qu’un vers du grand Alcée !

 

Caché dans les roseaux, j’admire tes pas limpides

Qui font trembler d’amour les herbes silencieuses

Et le velours des fleurs dans leur candeur splendide.

 

Ainsi jadis Vénus fendit l’écume laiteuse

Illuminant la terre de ses prunelles émeraude

Changeant la mort en vie et le ciel en ode !

 

            Athanase Vantchev de Thracy

 

A Paris, ce dimanche 28 juin, Anno Domini MMIX

Glose :

John Keats (Finsbury Pavement 1795 – Rome 1821) : un des plus grands poètes anglais. Thomas Keats, son père, était palefrenier chez un loueur de chevaux dont il épousa une des filles, Frances Jennings. Ils eurent cinq enfants. John était l'aîné. En 1804, son père meurt d'une chute de cheval. John n'a que 9 ans. Remariée, sa mère quitte cependant son nouvel époux et s'installe chez la grand-mère de Keats, Alice Jennings, avant de mourir de la tuberculose en 1810. John se retrouve orphelin à 15 ans dans cette Angleterre décrite par harles Dickens où les enfants de cette condition, proche du servage, n'ont guère de perspective d'avenir. Nulle part dans la correspondance du poète, on ne trouve de mention, voire d'allusion à ses parents.

Keats est placé par son tuteur à l'école d'Enfield. Grâce à l'amitié et la protection du fils du directeur, il peut passer des heures dans la bibliothèque dévorant tout ce qu'il y trouve. Le dictionnaire classique de Lamprière est son livre de chevet. Il apprend seul le latin et le français et s'essaie même à une traduction de l’Enéide.  

Le tuteur du jeune Keats, un certain Richard Abbey, grossiste en thé et en café, ne voit pas d'un bon œil cet engouement pour les lettres. Il place son pupille en apprentissage auprès d'un chirurgien d'Edmonton (banlieue de Londres) Thomas Hammond. Mais Keats ne se détache pas de son goût pour la littérature. Il écrit des sonnets et consacre tous ses moments de liberté à la lecture des classiques. En 1815, il décide d'abandonner la chirurgie pour se vouer totalement à l'écriture.

Fréquentant les cercles littéraires, il rencontre alors très rapidement des écrivains de renom comme Leigh Hunt, Percy B. Shelley ou encore Benjamin Robert Haydon. Il commence par publier un premier recueil, intitulé Poems, qui ne parvient pas à toucher le public. Trop de préciosité, d'épithètes, de descriptions, trop peu de sincérité. On y décèle l'influence des élisabéthains, des lakistes, de Leigh Hunt en particulier. Mais il se fait beaucoup d'amis dans les cercles londoniens où l'on apprécie sa discrétion, son humour sans acrimonie, sa délicatesse. Il aime le bordeaux, les matches de boxe, les balades champêtres. Cette année sera peut-être la seule période de bonheur de sa trop brève existence. Il travaille à sa première grande oeuvre, Endymion, qui paraîtra en 1818. Il s'agit d'un poème narratif en quatre parties, inspiré de la mythologie grecque. Craignant les atteintes de la vieillesse et de la mort, Endymion obtient de Zeus la singulière faveur d'un sommeil éternel. Mais la vierge Artémis vient chaque soir visiter sous sa forme lunaire de Séléné le bel adolescent dont elle est éprise. L'œuvre comporte des maladresses, trop redevable aux Métamorphoses d’Ovide, elle sent l'imitation. Mais elle comprend de nombreux passages d'une authentique fraîcheur comme celui qui débute sur le vers célèbre d'une musicalité intraduisible : « A thing of beauty is a joy for ever... » (« Une chose de beauté est une joie éternelle »)

Alors que son frère George est parti s'installer aux Amériques, John Keats doit se charger de son cadet Tom atteint de tuberculose. Ce dernier finit cependant par mourir en 1818. C'est durant cette période que le poète ressent les premiers signes de la maladie qui va l'emporter.

Pour changer d'air, il entreprend un tour d'Ecosse avec son ami Charles Brown, dilettante à demi rentier et publiciste. Sac au dos, les deux amis logent dans des lieux de fortune, mangeant très mal, souffrant de la pluie. Keats découvre une société très différente de celle d'Angleterre et la décrit avec lucidité dans des lettres griffonnées sur des tables d'auberge. La religion presbytérienne qui censure tout divertissement a donné naissance à des hommes probes, mais ennuyeux, travailleurs, économes, mais dépourvus d'humour, insensibles à la beauté des choses. Composée dans ce cadre, la Ballade de Meg Merrilies est un chef-d'œuvre. Alors qu'il commence Hyperion, sa dernière grande œuvre, il rencontre chez des amis une jeune fille de dix-huit ans, mince, aux cheveux bruns, aux yeux bleus. Elle s'appelle Fanny Brown. Cultivée, parlant couramment le français et l'allemand, passionnée d'histoire, elle aime danser et briller en société. Elle ne devine pas le génie de Keats, mais s'éprend de son aspect d'adolescent fragile. Amoureux fou, il l'accable de sa jalousie maladive. À la Noël 1819, ils se fiancent. Ils n'iront pas jusqu'au mariage. La même année paraissent différentes ballades et odes, telles que Lamia, Isabella, Ode To A Nightingale, Ode to Psyche, Ode to a grecian Urn avec sa célèbre chute : « Beauty is truth, truth beauty,-that is all Ye know on earth and all ye need to know » (« Beauté est vérité et vérité beauté. Voilà tout ce qu'on sait sur terre et ce qu'il faut savoir »)

Sa maladie commence alors à s'aggraver sérieusement et, sur le conseil de ses médecins, il quitte l'Angleterre pour l'Italie, accompagné de son dernier ami, Joseph Severn. Après un séjour à Naples, il s'installe à Rome, dernière étape de sa courte vie. Il y rend le dernier soupir. On l'enterre au cimetière protestant où Shelley le rejoindra bientôt. Sur la stèle, on grave cette épitaphe qu'il a composée lui-même : « Here lies one whose name was writ in water » (littéralement: « Ici repose celui dont le nom était écrit sur l'eau »).

Alcée de Mytilène ou Alcée de Lesbos (en grec ancien Ἀλκαῖος / Alkaĩos, en latin Alcaeus) : immense poète lyrique grec. Il est né à Mytilène, tout comme Sappho dont il fut le rival et l'amoureux, la ville la plus importante de l’île de Lesbos, vers 630 av. J.-C. Pendant sa jeunesse, sa famille fut activement engagée dans la politique de sa ville natale. Nous savons qu’il a beaucoup voyagé, et qu’il a visité l’Egypte et la Palestine. Alcée est mort vers 580 av. J.-C.

 

ENGLISH (traduit par Norton Hodges) :

 

GRACE

For Natacha Dassault

‘”Beauty is truth, truth beauty” - that is all
Ye know on earth, and all ye need to know.’

            Keats

You come aery and tender as the dawn,
With Attic light singing in your hair,
Better times quiver brightly in your snow-white hands
Like ancient stories engraved on an amphora.


You, my beautiful Vestal, born of pearly calyxes
And iris-scented breezes which swell the sails!
O body more slender than the soul of cathedrals
And more harmonious than a line by great Alcaeus!

Hidden in the reeds, I admire your limpid steps
Which make the silent grasses and the velvet flowers
Tremble, majestic in their innocence!

Just as Venus in ancient times, split the milky foam
And lit up the earth with her emerald eyes
Changing death into life and the sky into poetry! 

Translated from the French of Athanase Vantchev de Thracy by Norton Hodges

30.06.09.

 

Mis à jour ( Samedi, 08 Mai 2010 07:05 )