Statistiques
Blogspot            ancien site - cliquer ici / old website - click here            Poetrypoem

LA DORMEUSE (français / anglais)

PDF
Imprimer
Envoyer

             Vermeer - La Dormeuse

 

LA DORMEUSE 

A Pierre Furnius

« Non seulement chaque étoile, mais chaque élément émet des rayons qui se modifient en fonction des rapports variables entre les étoiles ou les autres éléments, et les objets soumis à influence »

            Al-Kindi

           

Nous sommes de lumière, de l’énergie d’Amour,

Reflet d’un Dieu unique qui ne s’arrête jamais

De dire son savoir, de rendre plus parfait

Les êtres et les choses vibrant dans leurs contours.

 

Ainsi parlait, ô âme, les rayonnants écrits

Des sages intemporels scrutant la matière,

Oracles Caldaïques, Cantiques incendiaires

Glorifiant les astres, veilleurs de l’infini.

 

Mais tu ignores, ô femme, les noms céleste qu’Adam

L’Adolescent candide a insufflés aux choses
Et ton sommeil est doux et tendre comme une rose

 

Pliant sa tige fragile sous le murmure du temps.

Et chaste comme un poème, ton cœur évanoui

S’adonne aux mauves baisers d’un rêve indéfini.

 

            Athanase Vantchev de Thracy

 

Glose :

La Dormeuse: tableau peint vers 1657. Huile sur toile, 87,6 x 76,5 cm, New York, The Metropolitan Museum of Art. Signé “I. VMeer”.

Pierre Furnius ou Pierre Du Four (Liège vers 1540 – id. vers 1626): graveur, peintre portraitiste et religieux. La vie de cet éminent artiste est mal connue. Il était le fils de Lambert de Jalhea, dit du Four, orfèvre de la cité de Liège. Il entra très jeune à l’académie de Lambert Lombart (Liège 1505 - id. 1566) . Il est fort possible qu’il se soit perfectionné dans l’atelier de Frans Floris (Anvers 1516 – id. 1570) à Anvers. Après la mort de son maître Lambert Lombard, Furnius acquit une solide réputation dans la réalisation de plusieurs grands tableaux. C’est lui qui exécuta le monument funéraire du prince-évêque Gérard de Groesbeeck. On lui doit la table d’autel de l’abbaye de Saint-Jacques à Liège. Une Déposition de Croix, gravée, est considérée comme un chef-d’œuvre. Elle serait à la base du tableau La Déposition du Christ mort. 

Al-Kindi (Abu Yusuf Yaqub ibn Ishaq al-Sabah Al-Kindi, 801-873 ap. J.-C.) : le premier philosophe arabe. Il fut un penseur doué d'une connaissance véritablement encyclopédique qui bénéficia du mécénat de trois califats abbassides dont celui de Al-Ma'mun. Al-Kindi était un savant complet, dans des domaines très variés : philosophie, mathématiques, médecine, musique, physique, astronomie. Il écrivit 241 ouvrages, dont les principaux se répartissent dans les domaines suivants : géométrie – 32 ouvrages ; philosophie – 22 ; médecine – 22 ; astronomie – 16 ; physique – 12 ; arithmétique – 11 ; logique – 9 ; musique – 7 ; psychologie – 5.

Dans son ouvrage Philosophie première, il définit la métaphysique comme « la connaissance de la Réalité Première, Cause de toute réalité ». La connaissance de la métaphysique est la connaissance des causes des choses, la connaissance physique étant simplement la connaissance des choses. Il est l'auteur d'un ouvrage qui fit date : le Dialogue islamo-chrétien où dialoguent un tenant de la religion chrétienne (Al-Kindi était lui-même chrétien nestorien) et un de la religion musulmane. Le politiquement correct n'est pas à l'ordre du jour dans ce livre, et ce dialogue se fait avec beaucoup de franc-parler d'un côté comme de l'autre. Qu'on en juge : « Ne nomme pas Mohammed "Prophète" ! Un prophète réalise des prodiges afin de montrer qu'il est envoyé par Dieu, ou annonce des événements à venir. Il n'a fait ni l'un, ni l'autre ». Cette liberté de ton ne semble pas avoir nui au succès de l'ouvrage. Al-Kindi fut employé par Al-Ma'mun à la Maison de la Sagesse (Baït al-hikma). Avec ses collègues Al-Khwarizmi et les frères Banu Musa, il était chargé de la traduction de manuscrits de savants grecs. Il publia le premier ouvrage de cryptanalyse, dans lequel il présente la technique d'analyse fréquentielle des lettres du texte chiffré. Chryptanalyse (n.f.) : La cryptanalyse est tout simplement l'art de rendre clair un texte crypté sans avoir connaissance de la clef utilisée.

Nous somme de lumière : selon les croyances de la mystique égyptienne, nous sommes des êtres de lumière, faits d’une énergie d’Amour infini. Les prêtres des temples sacrés appelaient cette partie énergétique de nous-mêmes le Merkaba, Merkabah, Merkava ou Merkavah. Ce terme est composé de trois mots : mer, vocable qui renvoie à une lumière spécifique composée de deux champs à rotation inverse occupant le même espace ; ces champs sont générés quand l’homme respire selon des règles bien précises ; ka, désigne l’esprit ; ba est le corps. Le Merkaba est aussi le véhicule de la lumière divine utilisée par les grands Maîtres mystiques pour atteindre les esprits résidents dans des sphères célestes supérieures. C’est également le véhicule dont se servent les Anges situés au plus haut de la hiérarchie céleste pour se transporter d’un monde à l’autre.

Oracles Chaldaïques ou Oracles Chaldéens : ensemble de textes qui faisaient parties de la mystique des Grecs et des Romains. On a longtemps cru que la personne qui avait réuni en un recueil les croyances et les pratiques magiques décrits dans les Oracles Chaldaïques était Julien le Chaldéen, puis on a attribué cette compilation à son fils, Julien le Théurge, contemporain de l’empereur romain de la lignée des Antonins Marc-Aurèle (121-180, empereur de 161 à 180), auteur des fameuses  Pensées pour moi-même, un recueil de maximes inspirées par les principes du stoïcisme. Julien le Théurge prétendait tenir son savoir de son père.  Les Oracles Chaldaïques ont donné naissance à une série de légendes où les deux Chaldéens apparaissaient comme de véritables sorciers, des faiseurs de miracles, des mages qui pouvaient commander aux éléments, jeter des sorts, faire apparaître les dieux et détacher les âmes des corps.

Héritiers du néoplatonisme, les théurges chaldéens avaient formé un système à la fois religieux et philosophique où l’âme du fidèle devait s’arracher au monde sensible des apparences et à son enveloppe corporelle pour approcher la triade du Père : le nous patrikos, la puissance et l’Intellect. Si ces textes eurent une grande influence sur la spiritualité dans l’Antiquité, ils ne nous sont malheureusement pas parvenus dans leur totalité et nous ne les connaissons que par des fragments conservés à la fois par des auteurs païens et chrétiens.

L’influence des Oracles Chaldaïques se retrouve dans des écrits du philosophe grecs Proclus (412-485 ap. J.-C.), Extraits chaldaïques, de Damascius (470 - 544 ap. J.-C.) et du Byzantin  Michael Psellos (1017/18 – 1078), Esquisse sommaire des anciennes croyances des Chaldéens. Proclus définie la théurgie comme « une puissance plus haute que toute sagesse humaine, qui embrasse les bienfaits de la divination, les vertus lénifiantes de l’initiation et, en un mot, toutes les opérations de la possession divine ». Les Oracles Chaldaïque prêchaient un rituel de purification.  Les médiums et les participants aux séances médiumniques devaient êtres purifiés par l'eau et par le feu. Ils portaient des vêtements spéciaux et s’ornaient de guirlandes qui rappelaient le laurier delphique.  Les témoins de ces rites nous laissèrent des descriptions de deux sortes de transe : avec ou sans perte de conscience totale. Par la bouche du médium, les dieux révélaient le passé et l'avenir. Cependant, trait caractéristique de la théurgie, si l'on en croit les témoignages, ils (les dieux) manifestaient physiquement leur présence. En effet, au cours de la transe extatique, le corps du médium s'allongeait ou se gonflait, s'élevait dans les airs, des apparitions flamboyantes y entraient ou en sortaient, des visions lumineuses scintillaient dans l'obscurité. Un autre moyen utilisé par les adeptes de la théurgie pour communiquer avec les dieux fut celui des images oraculaires. Dans des statuettes magiques, on enfermait l'esprit divin sous la forme d'éléments naturels qui lui étaient attribués, plantes, pierres précieuses, parfums ou, plus curieusement, en prononçant des noms transmis secrètement et qui désignaient cet esprit. Dans la Grèce et la Rome antiques, les prêtres chaldéens, originaires de Babylone où naquit l'astrologie, étaient craints et respectés pour leurs connaissances magiques et divinatoires. Leur capacité de dialogue direct avec les dieux et la sphère des disparus, celle notamment de Platon, ainsi que leurs pouvoirs miraculeux contribuèrent à asseoir leur influence. Théurgie (n.f.) : du grec theourgia, « opération divine ». Magie faisant appel aux divinités célestes et aux esprits surnaturels dont l’homme utilise les pouvoirs.

LAAdam : dans la Bible (Genèse, I-IV) et dans les traditions juive, chrétienne et musulmane, le premier homme, créé par Dieu et installé dans le Paradis terrestre (Eden). A l’instigation d’Eve, il mangea le fruit interdit de l’arbre de la science du bien et du mal, faute pour laquelle il fut chassé du Paradis et qui, dans la tradition chrétienne, pèse sur tout le genre humain (le « péché originel »). Il eut trois fils : Abel, Caïn, Seth. Adam et Eve sont appelés protoplastes, « les premiers formés ». C’est Adam qui le premier donna un nom aux êtres et aux choses.

ENGLISH :

 

A Woman Asleep at a Table 



to Pieter-Jalhea Furnius

'Not only every star, but every element emits rays of light which change according to the variable relationships between the stars or the other elements and  the objects which fall under their influence.'

       Alkindus

We are made of light, of the energy of infinite Love,
we are reflections of the one God, who never ceases to
reveal his wisdom to us and to render more perfect
beings and things vibrating within their earthly forms.

This was spoken, O my soul, by the eternal sages who
cast inquisitive eyes over the world of matter,
in their radiant Chaldean Oracles, those passionate hymns
in praise of the stars sung by these watchmen of the infinite.

Woman, you do not know the holy names which the
naive young Adam breathed into the things of this world
and your sleep is as gentle and tender as a rose

bowing its fragile stem under the murmur of Time.
And, chaste as a poem, your heart in its unconscious bliss
abandons itself to the mauve kisses of an obscure dream.

Athanase Vantchev de Thracy

Translated into English by Norton Hodges
Mis à jour ( Samedi, 03 Juillet 2010 19:58 )