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LA DENTELLIERE (français / anglais)

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                                    Vermeer - La Dentellière

 

LA DENTELLIÈRE

A Cesar Boëtius van Everdingen

« … pictoribus atque poetis
Quodlibet audendi semper fuit equa potestas. »

(« … peintre et poètes
Ont en partage une égale audace de création. »)

            Horace
           Ars poetica

 

Non ! Je ne veux pas, âme, chanter comme les vates

La vaste cosmogonie qu’exalte le Stagirite,

Ni comme Pindare louer les somptueux mérites

Des valeureux stratèges, chorèges du dieu Arès.

 

Je veux, ce soir, mon âme, pleurer comme un enfant

Qui se réveille soudain au cœur de la nuit,

Devant cette humble femme penchée sur sa broderie,

Comme les épis de blé sous les baisers du vent !

 

Je veux aimer d’amour la douce dentellière,

La lumière qui tombe sur son corsage doré,

Baiser ses doigts qui donnent une âme à la beauté,

 

Ses mains mélodieuses comme une antique prière !

Chérir cet art intime, ce cœur où s’accomplit

La modestie divine d’une haute théologie !

 

            Athanase Vantchev de Thracy

Glose :

La Dentellière : tableau peint vers 1669. Huile sur toile, marouflée sur panneau, 23,9 x 20,5 cm, Paris, Musée du Louvre.

Cesar Boëtius van Everdingen (Alkmaar 1617- ib. 1678) : peintre baroque hollandais. Il appartenait à une grande famille d’artistes qui comptait dans ses rangs un autre éminent peintre, dessinateur et graveur,  Allart van Everdingen (1621-1675), frère cadet de Cesar. Ce dernier étudia à Utrecht en même temps que le peintre Jan van Bronchhort. Il travailla ensuite à La Haye, à Haarlem et à Amsterdam. Bien qu’il ait passé la plupart de son temps à Alkmaar où il fut membre de la Guilde Saint-Luc, les experts associent son œuvre à la peinture de l’école de Haarlem. Celle-ci était spécialisée dans le portrait, la représentation de scènes mythologiques et historiques ainsi que de scènes de genre. Il est l’auteur du célèbre petit Amour que l’on voit dans certains tableaux de Vermeer portant un arc dans sa main gauche et une carte dans sa main droite, œuvre inspirée d’un emblème d’Otto van Veen, Amorum emblemata, publiée à Anvers en 1608 et dont la devise était « L’amour exige la sincérité ». Parmi les grands tableaux du peintre il faut citer : L’Allégorie de l’Hiver ; Bacchus en compagnie de Cupidon et de deux nymphes ; Vertumne et Pomone, etc.

Horace (Quintus Horatius Flaccus - Venouse 65 – ib. 8  av. J.-C.) : poète latin. Fils d'un affranchi aisé, Horace fut instruit par les meilleurs maîtres à Venouse, à Rome, puis à  Athènes. Il se lia très tôt d’amitié avec Virgile, qui le présenta à Mécène, confident d’Octave, protecteur des arts et des lettres, poète à ses heures. Mécène le prit sous sa protection, l'introduisit dans les cercles politiques et littéraires, et lui offrit une propriété près de Tibur (aujourd'hui Tivoli) pour lui permettre de se ressourcer loin de l'agitation de la capitale. En 17 av. J.-C., sa réputation littéraire fut si bien établie que ce fut à lui que revint l’honneur de composer le « Chant Séculaire » (Carmen Saeculare) qu’interprétèrent solennellement, à l’occasion des Jeux Séculaires, des chœurs mixtes d’enfants choisis parmi l’élite de la noblesse romaine. Horace est l’auteur de plusieurs ouvrages : Satires ; Epîtres ; Art poétique ; Odes.

Vates, vatis (n.m. et f.) : mot latin signifiant « poète inspiré des dieux», « devin », « prophète », « oracle », « maître dans un art ».

Aristote le Stagirite (Stagire /auj. Stavro/, Macédoine 384 – Chalcis, Eubée 322) : philosophe grec. Naturaliste, Aristote écrivit de nombreux traités scientifiques. Certaines de ses observations, notamment en biologie, furent d’une réelle justesse. Orphelin à l’âge de 10 ou 12 ans, Aristote n’abandonna point ses études. Il continua à s’intéresser à de nombreuses disciplines. Son immense soif de connaissances l’obligea à partir pour Athènes, où enseignaient les plus illustres savants et philosophes de l’époque. Aristote trouva à l’Académie de Platon une source intarissable de connaissances en sciences naturelles, en mathématiques, en histoire, en éthique, etc. Il se distingua particulièrement en logique et surpassa rapidement son maître dans cette discipline. Platon en vint même à lui donner la charge de l’enseignement de la rhétorique, un cours de culture générale et de composition littéraire nécessaire aux jeunes élèves de l’Académie pour pouvoir suivre les cours magistraux. Parmi ses étudiants, Aristote compta le jeune Théophraste qui devint plus tard le premier botaniste de l’Antiquité. A cette époque, Aristote entama la rédaction de nombreux écrits comme les dialogues Sur la justice, Sur l’Education, Sur l’amitié. Il entreprit également d’importants travaux scientifiques. En 343 av. J.-C., Philippe de Macédoine le choisit comme précepteur de son fils, le futur Alexandre le Grand. Aristote est l’auteur d’un grand nombre d’ouvrages : Physique ; Du ciel ; De la génération et de la corruption ; Histoire des animaux ; Les Parties des animaux ; De la génération des animaux ; De l’âme ; Ethique à Nicomaque ; Ethique à Eudème ; Politiques ; Constitution d’Athènes ; La Poétique ; La Rhétorique.

Pindare (Cynocéphales, près de Thèbes 518 av. J.-C. – Argos vers 438) : poète lyrique grec. Issu d’une grande famille de descendance dorienne, il étudia l’art lyrique auprès de la poétesse Corinne, puis à Athènes. Son attitude pendant l’occupation perse lui vallut des critiques de la part des poètes Simonide et Bacchylide, mais, après la défaite perse, l’ardeur de ses dithyrambes patriotiques dépassa celle de ses rivaux. C’est entre les années 480 et 460 que se développa sa carrière : en 476, Hiéron de Syracuse s’adressa à lui pour célébrer la victoire qu’il venait de remporter à Olympie ; le poète glorifia les grandes victoires des tyrans de Sicile aux différents Jeux panhelléniques. La vieillesse de Pindare fut attristée par la défaite de sa ville soumise à la domination athénienne à partir de 457.  Il nous reste intacts ses quatre livres d’Epinicies (ode triomphales) dédiées aux vainqueurs des jeux et intitulées Olympiques, Pythiques, Néméennes et Isthmiques. 

Arès : dieu de la Guerre était fils de Zeus et de sa femme Héra. Cette dernière l'aurait enfanté selon Homère (Iliade, XV, 166) sans recours à la semence masculine. Agressif et assoiffé de sang, Arès personnifiait la nature brutale de la guerre; bagarreur par excellence, il se souciait fort peu de la cause à défendre et changeait de camp sans scrupule. Confondu avec le dieu romain Mars, dont il n’eut jamais la popularité, son culte ne fut guère important durant l’époque classique. Arès était escorté par la sanglante déesse de la Guerre Enyo, sa sœur Eris (la Discorde) et ses deux fils Deimos (la Crainte) et Phobos (l'Épouvante), qui l'accompagnaient lors des batailles. On le représentait portant une armure d'airain, un casque étincelant à la longue crinière, une lance et un bouclier de cuir. D'une très grande rapidité, il surprenait ses ennemis et les effrayait en hurlant son cri de guerre : alalè alala!

 

 ENGLISH :

The Lace Maker

To Cesar van Everdingen

'...pictoribus atque poetis
Quodlibet audendi semper fuit equa potestas.'

(...painters and poets
have always had an equal right to dare to do whatever they wanted.')

        Horace, Ars Poetica

 

No, my soul! I don't want to be like the vates and sing of

the vast cosmology which was Aristotle's passion,

nor, like Pindar, do I want to praise the all too abundant merits

of the doughty magistrates who paid for the choruses in the festivals of Ares.

 

Tonight, my soul, I want to cry like a child

who wakes suddenly deep in the night,

when I see this humble woman bent over her embroidery,

like ears of wheat bending to the wind's kiss!

 

I feel such love for this gentle lace maker,

the light which falls on her golden bodice,

I want to kiss her fingers which give beauty a soul,

 

her hands as melodious as an ancient prayer!

We should cherish her intimate art and the heart where she has perfected

the divine modesty beloved by a higher power!

 

translated from the French of Athanase Vantchev de Thracy by Norton Hodges

08/9.01.08.